Publication du rapport 2019 de l’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies
OEDT | Novembre 2019L’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies (OEDT) vient de publier son rapport 2018 concernant la situation des drogues dans les 28 pays de l’Union Européenne, plus la Norvège et la Turquie. Quelques enseignements :
– Marché du cannabis :
La drogue la plus consommée en Europe avec environ 25 millions de consommateurs annuels, représentant un marché estimé à 116 milliards d’euros par an. Le marché est plutôt stable mais on constate des signes de hausse dans certains pays. L’herbe puis la résine de cannabis sont les produits les plus consommés mais d’autres substances sont également proposés : de l’huile fortement dosée ou des produits de bien-être faiblement dosés en THC.
Les Balkans de l’Ouest et l’Albanie sont les principales sources de production d’herbe ; le Maroc est le principal pays producteur de résine, avec des nouvelles souches et de nouvelles méthodes de production, entraînant des risques accrues pour l’écologie (érosion des sols, déforestation, consommation d’eau). Les productions in-door en Europe comportent également des risques de pollution et sanitaires. Les principaux groupes criminels impliqués sont la « moccro-mafia » (pègre d’origine marocaine), les néerlandais et les vietnamiens. L’Espagne reste la principale porte d’entrée du cannabis en Europe mais la Libye a été identifiée comme une zone de transit importante à destination de l’Europe. L’Espagne et les Pays-Bas restent des hubs importants du trafic en Europe. Le trafic en ligne demeure encore modeste mais semble prendre de l’importance.
– Marché de l’héroïne et des opioïdes :
Ce marché est le plus problématique en matière de santé publique. Ce marché représente 7,4 milliards d’euros par an en Union Européenne. La disponibilité de ce produit semble en augmentation. La disponibilité des opioïdes de synthèse (méthadone, buprénorphine, tramadol, fentanyl) est également plus importante, posant des problèmes sanitaires, de règlementation et de répression.
Le crime organisé turc est le principal responsable de l’importation en gros de l’héroïne en Europe mais un rôle non négligeable est attribué aux groupes criminelles balkaniques, britanniques, néerlandais, iraniens et pakistanais. L’anhydride acétique, principal précurseur de l’héroïne, coûtant beaucoup moins cher dans l’UE, il existe des preuves d’un détournement et d’un trafic croissants du précurseur en provenance de l’UE le long de la route des Balkans vers les zones de production d’héroïne.
Il semble que le trafic d’héroïne sur la route du Sud augmente, en particulier via le canal de Suez, provoquant des nouveaux problèmes de santé publique dans certains pays africains.
– Marché de la cocaïne :
Deuxième marché en volume en Europe : environ 9,1 milliards d’euros pour 4 millions de consommateurs au cours de l’année écoulée, notamment dans l’ouest et le sud du continent, mais en progression ailleurs. La production en Amérique Latine (et les saisies en Europe) a atteint un niveau record, avec une meilleure efficacité des procédés de fabrication. Ces cas de détournements et de tentatives de produits chimiques (comme le permanganate de potassium) ont été observés en Europe.
Les mafias italiennes et les cartels colombiens sont toujours les principaux acteurs du trafic de cocaïne dans l’UE mais on note une progression d’autres groupes criminels : albanophones, britanniques, néerlandais, français, irlandais, marocains, serbes, espagnols et turcs. Dans le même temps, certains organisations criminelles européens ont établi une présence dans les pays d’Amérique Latine en développant un nouveau modèle économique « de bout en bout » pour la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Cela pourrait provoquer une concurrence violente entre groupes. L’utilisation de conteneurs entraîne des saisies de volumes importants de drogue dans les ports et que la cocaïne saisie en gros est d’une grande pureté, souvent supérieure à 85%. La Belgique, les Pays-Bas et l’Espagne restent les principaux points d’entrée et centres de distribution de cocaïne dans l’UE. L’Afrique du Nord semble devenir un point de transit plus important pour les envois de cocaïne et les envois maritimes de cocaïne destinés au marché européen et éventuellement à d’autres marchés. Le marché mondial de la cocaïne semble se développer et l’UE semble être de plus en plus utilisée comme zone de transit de la cocaïne destinée à d’autres marchés tels que l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Russie, la Turquie et vers le Moyen-Orient et l’Asie.
Le numérique (Darknet, médias sociaux, applications de téléphonie,…) est de plus en plus utilisé dans la revente de la cocaïne.
– Marché des drogues de synthèse (amphétamine, MDMA et méthamphétamine) :
Le marché européen pour ces substances sont en augmentation, prenant des « parts de marché » à la cocaïne. Le marché de l’amphétamine et de la méthamphétamine est estimé à au moins 1 milliard d’euros et à 500 millions pour la MDMA. La production se fait essentiellement dans les pays européens et les méthodes de production ont permis de réduire les coûts et d’accroître les bénéfices. La puissance et la pureté de ces drogues sont également en augmentation. Les amphétamines sont surtout produites aux Pays-Bas et en Belgique, avec le rôle majeur des organisations néerlandaises. La production de méthamphétamine a principalement lieu en Europe centrale, en particulier en République Tchèque, mais une production de méthamphétamine a également été détectée aux Pays-Bas, avec la possible implication de groupes criminels vietnamiens opérant auparavant en République Tchèque. Au premier semestre de 2019, trois installations de production à grande échelle de méthamphétamine ont été découvertes aux Pays-Bas et en Belgique : des mexicains y travaillaient avec des groupes criminels locaux.
Le déversement de déchets provenant de la production de drogues synthétiques entraîne des dommages pour l’environnement, des risques pour la santé et des coûts de nettoyage élevés. L’utilisation de nouveaux produits chimiques pour la production de précurseurs a exacerbé ce problème. Les groupes criminels néerlandais collaborent de plus en plus avec des criminels d’origine turque pour fournir des drogues synthétiques en Turquie et au-delà. On note une tendance des gangs de motards à participer non seulement à la distribution mais également davantage à la production. Les organisation criminelles européennes jouent de plus en plus un rôle majeur sur le marché mondial de l’amphétamine, de la méthamphétamine et de la MDMA. Une partie de l’amphétamine produite dans l’UE fait l’objet d’un trafic au Moyen-Orient pour être vendue sous forme de comprimés de captagon. Des européens ont été impliqués dans la production d’amphétamine au Moyen-Orient. La méthamphétamine produite en Afrique et au Moyen-Orient, et plus récemment au Mexique, transite par l’Europe, généralement vers une destination finale en Asie ou en Océanie.
– Marché des « Nouvelles Substances Psychoactives » (NPS) :
Les politiques relatives aux NPS, prises dans l’UE et dans les pays sources comme la Chine, semblent avoir un impact. Ainsi, il y a eu un ralentissement du nombre de premières détections de NPS en Europe : environ 50 nouvelles substances, soit un total de plus de 730 signalées. Malgré cela, les NPS continuent de représenter une menace transfrontalière grave pour la santé en raison du nombre d’opioïdes puissants, de cannabinoïdes synthétiques et de benzodiazépines apparaissant sur le marché.
Les problèmes imputables aux cannabinoïdes de synthèse semblent s’aggraver : leur coût relativement bas, leur disponibilité et leur grande puissance étant des facteurs d’utilisation accrue parmi les groupes marginalisés. Les nouveaux opioïdes de synthèse suscitent de plus en plus d’inquiétudes, avec une augmentation rapide du nombre de dérivés du fentanyl. Les principaux pays de production sont la Chine et, dans une moindre mesure, l’Inde. Mais un petit nombre de laboratoires illicites (notamment de cathinones de synthèse) ont été détectés dans des pays européens comme les Pays-Bas et la Pologne.
Les prix et la pureté :
– Herbe de cannabis : 7 à 13 euros le gramme ; 9 à 12% de THC
– Résine de cannabis : 9 à 13 euros le gramme ; 15 à 22% de THC
– Héroïne : 28 à 58 euros le gramme ; 15 à 31% de pureté
– Cocaïne : 55 à 82 euros le gramme ; 49 à 71% de pureté
– Amphétamine : 7 à 13 euros le gramme ; 17 à 29% de pureté
– MDMA : 6 à 10 euros le gramme ; 84 à 160 mg de puissance active par dose
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