Rapport sénatorial sur le trafic de cocaïne entre la Guyane et la métropole

Sénat | Septembre 2020

Le Sénat vient de publier un rapport d’information sur le trafic de stupéfiants en provenance de Guyane. Cette route guyanaise s’est développé à partir de 2012, en parallèle du renforcement des contrôles à l’aéroport de Schiphol-Amsterdam sur les vols en provenance du SUrinam, leur ancienne colonie. Quelques enseignements sur le trafic (avant la crise sanitaire qui a bloqué le trafic aérien, et donc le trafic) :
– en temps ordinaires, il y a 13 vols par semaine à Orly : 20 à 30 passeurs veulent prendre le vol et 8 à 10 y parviennent, permettant d’acheminer 15 à 20% de la totalité de la cocaïne entrant en France, soit environ 4 tonnes. Environ 30% de la cocaïne est ingérée, 30% dissimulée près du corps et 40% dans les bagages. En moyenne les passeurs dissimulent 1,9 kilo sur eux.
– en 2019 : il y a eu 1.200 passeurs d’interpeller et 2,5 tonnes de cocaïne saisies. Le passeur peut être payé entre 2.000 et 10.000 euros.
– il y a eu 814 interdictions d’embarquer en 2019 et 4.521 personnes qui ne se sont pas présentées à l’embarquement (dans les 6 premiers mois de 2020 il y a eu 138 arrêtés de refus d’embarquement et 3.253 non-présence à l’embarquement (« no show »).
– en général la drogue est récupérée à Albina (ville surinamienne face à Saint-Laurent-du Maroni) ou directement en Guyane. Les passeurs prennent ensuite, souvent en taxi collectif, la route RN1, le long de la côte, mais certains choisissent la voie fluviale ou la forêt pour éviter les nombreux contrôles routiers vers Cayenne et son aéroport.
– depuis 5 ans, les réseaux locaux sont en cours d’autonomisation face aux réseaux surinamiens et brésiliens, ce qui risque de provoquer des actes de violences. Preuve de cette professionnalisation, le trafic de cocaïne de fret express et postal est en augmentation (93,2 kilos saisis en 2019.
– selon une étude universitaire, les passeurs arrêtés viennent à 25% de Saint-Laurent-du Maroni, 4% de Cayenne, 6% de Kourou, 12% des Pays-Bas, 18% de France métropolitaine, 12% du Surinam,… Beaucoup de passeurs viennent de la communauté bushinenguée et prennent des « bains d’invisibilité » avant d’embarquer.
– les passeurs sont des hommes à 58% ; 40% ont moins de 25 ans ; 70% sont célibataires.
– 10% de la cocaïne arrivant à Orly est réacheminée vers les Pays-Bas. Les réseaux guyanais réacheminent la cocaïne vers des villes secondaires de province, évitant ainsi de se confronter avec des acteurs traditionnels dans les grandes villes. On commence aussi à voir apparaître un trafic de retour de résine de cannabis, échangée contre de la cocaïne en Amérique du Sud/Caraïbes sur la base d’un contre un.
Le rapport sénatorial recommande donc : de renforcer la répression (en intensifiant les contrôles) ; de favoriser un volet social ambitieux (prévention et réinsertion) ; et de renforcer la coopération internationale.

Voir le rapport ici

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