Rapport d'Interpol : trafic d'êtres humains pour leurs organes en Afrique du Nord et de l'Ouest
Interpol | Juillet 2021
Interpol, dans le cadre du projet ENACT (Enhancing Africa’s Response to Transnational Organised crime) a publié un rapport sur le trafic d’êtres humains en Afrique du Nord et de l’Ouest, afin d’enlever leurs organes (Trafficking in Human Beings for Organ Removal ou THBOR).
Déjà, le cadre juridique en Afrique du Nord et de l’Ouest semble insuffisant pour assurer la mise en œuvre des normes de qualité pour la transplantation d’organe. Les lois de plusieurs pays qui ont des programmes des donneurs vivants d’organe stipulent qu’il doit exister une certaine relation entre le donneur et le receveur de l’organe. En Égypte par exemple, la transplantation d’organe est interdite pour les étrangers, à l’exception des étrangers mariés avec des nationaux. Pourtant, des groupes criminels falsifient des documents officiels afin de faire des fausses relations apparaissant comme légales.
La transplantation d’organe se fait soit en Afrique du Nord avec des organes obtenus illégalement dans la région soit ailleurs avec des organes obtenus illégalement sur des ressortissants de l’Afrique du Nord ou de l’Ouest.
Les groupes criminels impliqués dans le THBOR en Afrique du Nord et de l’Ouest ont souvent des liens étroits avec le secteur médical. Par ailleurs, il s’agit surtout de groupes transnationaux utilisant Internet pour se mettre en contact avec les demandeurs d’organe. En fait, en 2020, Interpol avait signalé une hausse des services illégaux fournis en ligne en raison de la Covid-19 et ces services se poursuivront probablement même après la pandémie.
Selon le rapport, la pénurie mondiale d’organes est l’une des raisons principales pour lesquelles le THBOR est devenu un marché rentable pour les groupes criminels organisés. La pénurie a été aggravée par la Covid-19.
Les criminels visent comme victimes du THBOR des personnes vulnérables, à savoir des migrants illégaux, des mineurs migrants non-accompagnés, des demandeurs d’asile, des réfugiés, des personnes très pauvres et non-éduquées, des personnes des communautés où le chômage des jeunes est élevé. Souvent, les criminels attirent les victimes en leur promettant des opportunités de travail à l’étranger mais qui sont ensuite exploitées sexuellement ou au niveau de travail, et, à la fin, leurs organes sont prélevés.
Afin de “recruter” une victime les criminels utilisent Facebook, Instagram, Twitter, WhatsApp, courriels, Instagram, Haraj, 4Sales,… Le prix est négocié en ligne ou, en Égypte par exemple, dans des restaurants et café.
En outre, en Égypte, la transplantation illégale d’organe est effectuée dans des hôpitaux, surtout privés, où sont effectuées des transplantations légales. Selon le rapport, il n’y a pas de preuve de cliniques ou de salles d’opération clandestines établies en Afrique du Nord ou de l’Ouest pour la transplantation illégale d’organe.
Les acteurs clés identifiés dans les cas de THBOR en Afrique du Nord et de l’Ouest sont les courtiers mettant en contact les victimes avec les demandeurs d’organe, les recruteurs locaux des victimes, les professionnels médicaux, les établissement de santé, les receveurs d’organe (souvent des personnes riches qui ignorent la procédure exacte de l’achat de l’organe donné, bien qu’elles connaissent la nature illégale de leurs actions), les victimes-donneurs d’organe et, enfin, d’autres facilitateurs tels que des agences de voyage, des compagnies aériennes, des fonctionnaires et des traducteurs.
Selon le rapport, il y a 4 modes opératoires de THBOR :
– le receveur de l’organe voyage du pays A au pays B où se trouve la victime ainsi que les établissements de santé (tourisme de transplantation : en Égypte, on a vu beaucoup de cas de personnes riches et éduquées des États-Unis et de l’Arabie Saoudite qui y ont voyagé pour transplantation ou achat d’organes ;
– la victime voyage du pays A au pays B où se situent les établissements de santé et le receveur d’organe, initialement pour une autre raison d’exploitation (sexuelle, travail) ;
– les deux parties voyagent dans un autre pays où se trouvent les établissements de santé ;
– le receveur d’organe voyage du pays A au pays B où se trouve la victime et l’établissement de santé, mais la victime dans ce cas n’est pas un national du pays B mais un réfugié, un migrant ou un demandeur d’asile. Dans ce dernier cas, par exemple, ont été constaté des cas de migrants amenés illégalement en Égypte ou au Liban depuis des pays subsahariens et y ont été contraints de donner leurs organes afin de financer la suite de leur trajet, souvent vers l’Europe.
La corruption est un autre facteur facilitant le THBOR en Afrique du Nord et de l’Ouest. En effet, le trafic d’êtres humains se fait souvent avec la collusion de groupes criminels organisés et d’agents publics corrompus.
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