Étude sur les gangs en Haïti

Global Initiative against Transnational Organized Crime | Octobre 2022

Depuis plusieurs années, avec une accélération ces derniers mois, la violence des gangs armés explosent en Haïti. Les « dysfonctionnements politiques », conjugués à la crise économique, la pandémie, les catastrophes naturelles,… ont affaibli la réponse de l’État face à ces gangs. Ces cinq dernières années, les gangs ont vu leur nombre augmenter rapidement, étendant leurs territoires et renforçant leur contrôle sur l’infrastructure politique et économique d’Haïti. Ils se sont imposés comme les partenaires mercenaires des hommes politiques et des administrateurs de l’État et comme les coordinateurs locaux de réseaux criminels internationaux.Il existerait actuellement en Haïti 200 gangs en Haïti, dont 95 dans la seule capitale, Port-au-Prince. Cette présence est à relier à la grande violence contre les communautés, les hommes politiques, les policiers, les journalistes,… avec des homicides, des enlèvements massifs, des déplacements forcés,… Parmi les gangs les plus importants :
– l’Alliance G9 : Il s’agit d’une alliance souple, formée en 2020, de 9 gangs de Port-au-Prince (gang Delmas 6, Baz Krache Dife, Baz Pilate,Nan Ti Bwa, le gang de Simon Pelé, Baz Nan Chabon, Waf Jérémie, Nan Boston et le gang Belekou). Plus largement, elle s’allie également avec des plus petits gangs (alliance appelée « G20 ») pour contrôler les communes de Delmas, Petion Ville et une partie de Carrefour. L’Alliance, appelée également « Forces Révolutionnaires », perturbe l’économie en interrompant les livraisons de carburant et de nourriture, permettant d’extorquer les entreprises utilisant le port. Le chef du G9 serait Jimmy Chérizier, ancien policier et chef du gang Delmas 6. Le gang affirme être du côté du peuple et opposé à la corruption du gouvernement, mais les membres de la coalition sont connus pour leurs actes de violence brutaux (viols, assassinats arbitraires, démembrement des corps,…) ainsi que pour le pillage et l’incendie d’abris de fortune et d’étals de marché.
– le gang « 400 Mawozo » : considéré comme le plus grand du pays, il y a une liste d’attente pour le rejoindre. Le gang est principalement basé dans la périphérie de la commune de Ganthier, dans l’est de l’arrondissement de Croix des Bouquets, et dans des communes de Port-au-Prince, comme Tabarre, et des quartiers résidentiels de Pétion Ville. Il possède des antennes à Gros Morne, dans le nord d’Haïti, et en République Dominicaine. Leur chef, emprisonné en Haïti, a été extradé aux États-Unis en mai 2022 à la suite de l’enlèvement de 17 missionnaires américains en octobre 2021. Depuis le gang s’est aligné sur la coalition G-Pep.
– l’Alliance G-Pep, basée dans le quartier de Cité Soleil à Port-au-Prince et créée pour contrer le G9. Elle a été fondée par Jean Pierre Gabriel, alias Ti Gabriel, chef du gang Nan Brooklyn.
– Les gangs Grand Ravine et 5 Secondes sont basés dans le secteur de Martissant à Port-au-Prince. Ils sont constitués de jeunes issus des bidonvilles. A partir de 2014, avec l’appui de certains parlementaires proches du gouvernement et de l’opposition, ces deux gangs ont amassé une fortune grâce aux enlèvements et au détournement de véhicules de transport de marchandises. Ils ont conclu des alliances avec des agents de police corrompus et établi des partenariats avec des hommes d’affaires pour assurer leur protection.
– Baz Pilate (membre du G9) : composé d’anciens et de policiers en service, parfois issus des forces spéciales, il  contrôle une grande partie du territoire de Port-au-Prince, mais également des villes du nord d’Haïti. Le gang est spécialisé dans le trafic de stupéfiants, les cambriolages, le racket et les meurtres sur commande. Baz Pilate contrôle l’administration de Port-au-Prince, a infiltré le système judiciaire et se serait associé à des groupes économiques sur des missions de sécurisation.

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