Augmentation de l'usage du "gaz hilarant" en Europe
OEDT | Novembre 2022L’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies (OEDT) a publié une étude sur l’usage récréatif et l’offre croissants du protoxyde d’azote (ou « gaz hilarant », utilisé en cuisine dans les siphons à chantilly, à l’hôpital comme anesthésiant, dans des aérosols d’air sec ou des bonbonnes pour l’industrie). L’utilisation festive des ballons de gaz hilarant provoque une certaine euphorie comparable à une ivresse, souvent accompagnée de rires incontrôlables, de distorsions visuelles et auditives ou de modification de la voix. En fonction de la dose consommée, son usage peut provoquer des effets indésirables qui disparaissent généralement 15 minutes après l’arrêt de l’inhalation mais qui peuvent persister quelques heures, voire quelques jours : nausées et vomissements, maux de tête, crampes abdominales, diarrhées, somnolence et légère baisse de la vigilance dans les 30 minutes qui suivent la prise, vertiges, acouphènes, confusion, désorientation, difficultés à parler et à coordonner ses mouvements, faiblesse musculaire. Le plus gros risque est le manque d’oxygène pouvant entraîner la mort : les cartouches sont très concentrées en protoxyde d’azote, et des inhalations répétées peuvent conduire à la mort par asphyxie. L’usage régulier entraîne des pertes de mémoire, des troubles de l’érection, des troubles de l’humeur de type paranoïaque, des hallucinations visuelles, des troubles du rythme cardiaque, une baisse de la tension artérielle.
Le produit est désormais disponible, bon marché et populaire auprès de certains jeunes. Depuis plus de 200 ans, il fait l’objet d’un usage détourné pour ses effets psychoactifs, notamment dans la recherche d’euphorie, de relaxation et de détachement. Mais au cours de la dernière décennie, son usage récréatif a fortement augmenté dans de nombreuses régions du monde. Dans certains pays européens, des préoccupations particulières ont été exprimées depuis 2017–2018, lorsque ce produit est devenu plus largement disponible et en plus grandes quantités (les réseaux sociaux jouant un rôle important dans cette popularité et la « bonne opinion » des consommateurs sur le protoxyde d’azote). Une chaîne d’approvisionnement rentable et en expansion s’est également développée, avec des boutiques spécialisées sur internet qui font la promotion directe du gaz pour son usage récréatif ou qui le proposent sous couvert de son utilisation pour fabriquer de la crème fouettée.
Le nombre d’utilisateurs de protoxyde d’azote ayant augmenté (mais aussi sa consommation plus fréquente et en dosages plus forts), on observe logiquement une augmentation des intoxications. Au Danemark, le nombre de cas est passé de 16 en 2015 à 73 en 2021. En France, 134 cas ont été signalés en 2020, contre 10 en 2017. Aux Pays-Bas, le nombre de cas est passé de 13 en 2015 à 144 en 2020. Ces incidents vont de lésions du système nerveux (neurotoxicité) dues à l’inactivation irréversible de la vitamine B12 dans l’organisme (une vitamine essentielle pour un fonctionnement nerveux sain), aux gelures graves (brûlures causées par l’exposition au gaz de congélation émis par le conteneur) et lésions pulmonaires. Les accidents de voitures impliquant l’usage de « gaz hilarant » semblent avoir considérablement augmentés, au moins aux Pays-Bas.
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