Étude sur les répercussions de la guerre en Ukraine sur le marché des drogues dans le sud-est européen

Global Initiative against Transnational Organized Crime | Juillet 2023

L’ONG Global Initiative against Transnational Organized Crime (GI-TOC) s’est interrogé sur l’impact de la guerre en Ukraine sur les marchés de la drogue en Europe du Sud-Est.
– Pour le cannabis :

Le cannabis était largement cultivé dans l’Ukraine avant le conflit, tant en mode in-door qu’out-door, pour le marché intérieur et des pays voisins. Mais les basses températures hivernales et les conséquences de la guerre (coupures d’électricité et pénurie d’engrais) ont entraîné une baisse de la production et, logiquement, une hausse des prix. Ainsi, le gramme de cannabis était vendu entre 2 et 4 euros en 2020, mais entre 4,50 et 6,50 euros depuis le début des hostilités. La consommation d’herbe de cannabis reste élevée en Ukraine, avec une demande accrue chez les militaires. D’autres réseaux ont pu suppléer cette baisse de la production intérieure : en décembre 2022, la police espagnole a démantelé un réseau (composé d’Ukrainiens, d’Espagnols, d’Allemands et de Marocains) qui exportait du cannabis du sud de l’Espagne vers l’Ukraine, via des « colis humanitaires ».
Dans les autres pays du sud-est européen, la production de cannabis ne semble pas avoir été impactée. Les observateurs estiment d’ailleurs qu’il y a eu une augmentation des cultures dans les Balkans, avec des prix relativement stables en Albanie et Kosovo : 1.400 à 1.500 euros le kilo en 2021, à 1.700-1.800 euros en 2022. L’offre locale dépassant la demande locale, une partie de l’herbe de cannabis est destinée aux marchés d’Europe centrale et occidentale. Les réseaux balkaniques (notamment albanophones) sont également implantés en Europe occidentale (Belgique, Espagne, Royaume-Uni,…) où ils gèrent des plantations in-door.

– Pour la cocaïne :

Avant guerre, l’Ukraine était une zone de transit pour la cocaïne, notamment via le port d’Odessa. La drogue est ensuite acheminée via la Roumanie et la Pologne pour les marchés de consommation dans l’est, le centre et l’ouest de l’Europe. D’autres ports de la Mer Noire, en Roumanie et en Bulgarie, servent de points d’entrée de la cocaïne sud-américaine en Europe, notamment en liens avec les réseaux balkaniques voire calabrais. En 2021, le prix du gramme de cocaïne en Ukraine se situait autour de 120 euros. Les frappes russes sur le port d’Odessa ne permettent plus l’importation de cocaïne, entraînant une augmentation des prix : entre 140 et 170 euros le gramme. Les autres ports de la Mer Noire en profitent et les prix de gros et de détail sont restés relativement stable dans le reste des pays de la région : 30.000 à 45.000 euros le kilo et de 75 à 100 euros le gramme, avec une pureté élevée (jusqu’à 60%) dans la partie occidentale et plutôt faible (20-25%) dans la partie orientale (Bulgarie et Roumanie).

– Pour l’héroïne :

L’héroïne afghane arrive en Europe occidentale par deux routes majeures : la « route du nord » (passant soit par l’Asie centrale, soit par l’Iran et le Caucase du sud, puis la Russie et l’ouest) ou la « route des Balkans » (passant par l’Iran et la Turquie, puis la Bulgarie, la Macédoine du Nord et la Serbie). L’Ukraine était une zone de transit possible pour les deux routes, mais aussi un important marché de consommation (350.000 usagers d’héroïne par injection uniquement, plus les consommateurs par inhalation). Cependant, la consommation d’opiacés de synthèse est en augmentation.
Les opérations militaires russes dans l’est de l’Ukraine et les bombardements sur Odessa laissent à penser que les flux d’héroïne vont sans doute se diriger, via la Mer Noire, vers d’autres ports (Roumanie et Bulgarie) pour ensuite gagner la « route des Balkans ». En matière de prix, ils ont légèrement augmenté entre la période 2020/2021 et 2022/2023 : de 30-40 euros le gramme à 40-50 euros en Ukraine ; de 30-40 euros à 30-50 euros le gramme en Roumanie ; de 25-30 euros à 30-40 euros dans les Balkans occidentaux.

– Pour les drogues de synthèse :

Ces dernières années, l’Ukraine est devenue un pays producteur d’amphétamine et de méthamphétamine pour son marché domestique et celui des pays voisins. Ces drogues sont distribuées dans l’ensemble du pays, y compris sur la ligne de front, à l’est. Des produits de synthèse proviennent également de l’étranger : captagon du Moyen-Orient ou MDMA des Pays-Bas. Malgré la guerre, les prix sont restés stables : 8-15 euros le comprimé d’amphétamine ; 10 à 11 euros le comprimé de MDMA (ou 33 à 39 euros le gramme de poudre). La baisse du nombre des consommateurs dans la population générale serait compensée par l’augmentation chez les personnes souffrant du stress de la guerre, et notamment les militaires.
Dans les autres pays de la sous-région, le prix de la MDMA en comprimé est de 8 à 10 euros en Bulgarie et en Roumanie ; et de 10 à 15 euros dans les Balkans occidentaux : des prix inchangés avant et après le début de la guerre. L’éphédrine et la pseudo-éphédrine nécessaires à la production de MDMA empruntent les mêmes voies que l’héroïne, depuis l’Afghanistan. D’autres précurseurs sont commandés en ligne, notamment en Chine.

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