Les citoyens moins honnêtes dans les pays touchés par le crime organisé

Pieuvre.ca - Canada | 28.07.23

La revue Social Psychological and Personality Science (des scientifiques rattachés à la Royal Holloway University de Londres, l’Université de Palerme et l’Université de Southampton) affirme que le crime organisé peut saper le fonctionnement civique des citoyens normalement respectueux des lois… Ce fonctionnement civique est le fait d’adhérer aux normes sociales face à l’évasion fiscale, la corruption ou la fraude. Cette honnêteté est essentielle, affirment les chercheurs, « puisqu’elle forme un pilier d’une démocratie robuste et vivante« . « Les gens suivent les règles non pas par peur des conséquences, mais en raison de leurs convictions morales. Cela, à son tour, réduit la nécessité d’appliquer une surveillance intensive et d’imposer des mesures punitives coûteuses« . Habituellement, cette honnêteté est alimentée par la confiance envers les institutions publiques comme le gouvernement et la police : le « contrat social ».
Les cherchent se sont appuyés sur un index mondial du crime organisé qui mesure l’influence des différents groupes criminels dans divers pays et régions, sur une échelle de 1 à 10. Cet index a été combiné à des données d’une enquête menée auprès de plus de 128.000 personnes vivant dans 83 pays différents (8 en Afrique, 13 en Amérique, 26 en Asie, 34 en Europe et 2 en Océanie), sur la confiance politique (envers la police, la fonction publique, le gouvernement, les partis politiques et la justice) et l’honnêteté civique (sondage sur le côté justifiable, ou non, d’accepter un pot-de-vin, de frauder l’impôt, de ne pas payer son billet de transport et de frauder le système d’aide sociale).
Les chercheurs ont constaté que les citoyens tendaient à être moins portés à faire preuve d’honnêteté civique dans les pays où les groupes criminels sont plus répandus. Dans les pays moins touchés par le crime (Danemark, Finlande et Singapour), les citoyens avaient davantage tendance à faire preuve de plus d’honnêteté civique, entre autres parce qu’ils jugeaient que les institutions politiques et sociales étaient plus légitimes. Au Mexique et en Russie, cependant, l’association entre honnêteté civique et confiance envers le politique était quasiment inexistante, voire absente. Selon les chercheurs, cela veut dire que dans les pays touchés par le crime, les institutions perdent leur rôle de référence morale.
En conclusion : « la croissance sans limites du crime organisé ne fait pas qu’entraîner une augmentation des activités illégales et saper la sécurité publique, cela menace le fondement même de nos démocraties. Cela peut entraîner une acceptation plus importante des comportements illégaux en limitant subtilement, ou même en sabotant, la capacité des autorités politiques et judiciaires de faire la promotion d’une culture de légalité et de coopération« .

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