Le Tren de Aragua, gang vénézuélien affaibli ?

| 04.10.23

Le 20 septembre dernier, les forces de l’ordre vénézuéliennes reprennent le contrôle de la prison de Tocorón (État d’Aragua), fief historique du plus puissant gang du pays, le Tren de Aragua. L’annonce officielle de cette opération visant à démanteler le gang a été « gâchée » par l’évasion de plusieurs de ses dirigeants dont le chef suprême, Héctor Rusthenford Guerrero Flores, dit « Niño Guerrero » : ils auraient été avertis et/ou auraient négocié leur fuite… C’est en tous cas un nouveau chapitre qui s’ouvre pour le Tren de Aragua, au Venezuela, mais aussi dans les pays d’implantation (Colombie, Pérou, Chili,…). Spécialisée dans l’analyse du crime organisé en Amérique Latine, l’ONG InSight Crime vient de publier une étude sur le sujet.
Créé comme un « simple » gang de prison à Tocorón par « Niño Guerrero », le Tren a bénéficié de la politique (non officielle) des autorités vénézuéliennes de déléguer la gestion des prison à des criminels appelés « pranes ». A ce titre, « Niño Guerrero » a su tisser des liens avec d’importants hommes politiques, notamment Iris Varela, un proche du président Hugo Chávez, nommé responsable des prisons en 2011. Petit à petit, le Tren a réussi à créer des cellules à l’extérieur de la prison et dans l’ensemble de l’État d’Aragua. Le gang a progressé puisqu’on estime désormais qu’il est présent (directement ou via des gangs satellites) dans au moins 6 des 24 États vénézuéliens, et a également étendu ses activités criminelles : du racket des détenus à l’exploitation aurifère et à la cybercriminalité… Largement autonomes, les chefs de cellules obéissent tout de même, au final, à « Niño Guerrero » et ses lieutenants de la prison de Tocorón.
En parallèle de l’expansion criminelle du gang, le Venezuela s’enfonçait dans la crise économique et l’autoritarisme, parfois violent, provoquant une émigration massive. Au milieu de ces migrants, le Tren a su s’infiltrer et s’implanter dans les pays d’accueil voisins. Les premières informations sur cette implantation remontent à 2018, en Colombie voisine, première destination (et souvent destination finale…) des immigrés vénézuéliens. Depuis, le gang s’est également implanté au Pérou et au Chili et font leur apparition en Équateur, au Brésil et en Bolivie. D’abord considéré comme une expansion criminelle opportuniste, celle-ci est devenue plus organisée et coordonnée. Les cellules doivent s’adapter au contexte local  mais chacune a le même mode opératoire et la même structure pyramidale, avec un chef clairement identifié. Le trafic de migrants et la traite des êtres humains nécessitent une coordination entre les cellules qui forment un réseau intégré ayant des liens opérationnels et financiers directs avec les dirigeants du gang au Venezuela. Ainsi, les autorités judiciaires péruviennes ont identifié 4 cellules du Tren dans le pays : tous ses chefs étaient passés par la prison de Tocorón puis envoyés au Pérou par la direction du gang. En cas d’arrestation, la direction vénézuélienne est en capacité d’envoyer d’autres leaders en remplacement. A l’inverse, les flux financiers remontent jusqu’à Tocorón…

Les activités du Tren et sa réussite criminelle ont sans doute été des facteurs qui ont incité les pays latino-américains à faire pression sur les autorités vénézuéliennes pour qu’elles interviennent dans la prison de Tocorón. Cette opération a entraîné pour le Tren de Aragua la perte de son quartier général et de sa principale base opérationnelle, mais aussi le symbole de la fin de son impunité quasi-totale et de sa protection par les autorités. Le centralisme d’Héctor Rusthenford « Niño Guerrero » Guerrero Flores pourrait donc en souffrir avec la disparition de son QG et, par ricochet, les cellules pourraient devenir de « simples » gangs locaux ou développer des « franchises » portant le nom de Tren de Aragua et servant de sous-traitants criminels. Autre hypothèse : la répression contre le Tren dans les pays sud-américains pourrait offrir l’opportunité de revenir à ses racines, un gang de prison. Une possibilité qui inquiète déjà les autorisés pénitentiaires colombiennes, péruviennes ou chiliennes… Dernière hypothèse : les cellules locales pourraient développer leurs activités pour aider le gang à se reconstruire. En plus, chaque pays d’implantation est désormais considéré comme un possible lieu de refuge et d’accueil pour  le fugitif « Niño Guerrero ».

Voir le rapport ici
ou https://insightcrime.org/wp-content/uploads/2023/08/Tren-de-Aragua-From-Prison-Gang-to-Transnational-Criminal-Enterprise-InSight-Crime-Oct-2023-1.pdf

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