Publication du rapport de la Direction des Enquêtes Antimafia pour le 2ème semestre 2022

Direzione Investigativa Antimafia | Septembre 2023

La Direction des Enquêtes Antimafia (Direzione Investigativa Antimafia, DIA) a publié son rapport semestriel pour la deuxième moitié de 2022.
Au sujet de la ‘Ndrangheta, le rapport confirme sa mondialisation croissante et la « colonisation » des tissus économiques perméables, et étendant progressivement ses projections sur tout le territoire national et également à l’étranger. Elle continue d’infiltrer les marchés publics et de s’impliquer dans l’importation de cocaïne à large échelle (le rapport cite la Côte-d’Ivoire, la Guinée-Bissau et le Ghana comme bases opérationnelles pour le trafic). Le boss de la Camorra, désormais collaborateur de justice, Raffaelle « Pasta » Imperiale, a affirmé que certains dirigeants de Cosa Nostra, dont Matteo Messina Denaro, « avaient conclu un pacte avec les dirigeants de la ‘Ndrangheta pour travailler ensemble et devenir qu’une seule famille« …
Pour Cosa Nostra, l’arrestation de Messina Denarco est une nouvelle importante, privant l’organisation mafieuse d’une figure de référence historique et pertinente, augmentant ainsi ses difficultés persistantes à trouver un leadership faisant autorité. Cette arrestation n’affecte pas les opérations de l’organisation dans son ensemble. ni la pression criminelle exercée sur le territoire sicilien. Cosa Nostra évite, lorsque cela est possible, de mener des actions sensationnelles voire violentes pour mieux s’infiltrer dans le tissu de l’économie légale, avec l’aide d’agents publics corrompus. Si dans le centre-est de la Sicile, la structure mafieuse est plus complexe, en raison de la coexistence de familles de la Cosa Nostra et de groupes de la Stidda, les autres Familles des autres régions siciliennes ont une formation plus homogène.
La Camorra reste caractérisée par une pluralité d’associations, chacune avec ses propres zones d’influence territoriale, typiquement marqué par une propension marquée à la flexibilité et à une interaction étroite avec la société, avec la politique et avec les institutions. Ces particularités ont également permis aux organisations de la Camorra de se camoufler facilement et d’acquérir un contrôle croissant de l’appareil économico-financier (notamment la collecte et la gestion des déchets, ou les chaînes d’approvisionnement des marchés agroalimentaires). On assiste, notamment à Naples, à une résurgence de la violence entre groupes criminels.
Pour les organisations mafieuses des Pouilles (de Foggia, Bari, Brindisi, Lecce,…), il existe une aspiration à l’ascension de la part de certains membres, jeunes mais déterminés et donc plus dangereux. Les organisations des Pouilles contrôlent les territoires grâce notamment à l’infiltration dans l’entrepreneuriat et dans les administrations locales. Plus « col blanc », les Mafias des Pouilles attirent moins l’attention du public et continuent leur expansion territoriale vers d’autres régions : les voisines Abruzzes et Molise, ou plus centrales comme l’Émilie-Romagne et le Latium. Le trafic de drogue, du fait de sa forte rentabilité, reste la principale activité criminelle des Pouilles, grâce aux relations avec les autres organisations mafieuses italiennes ou les réseaux albanais. EN novembre 2022, les autorités antimafia italiennes ont sollicité l’échange d’informations avec leurs collègues d’Allemagne, de Belgique, de Roumanie, de Lituanie et de Hongrie.
Le crime organisé de Basilicate (ou « Mafia Lucanienne ») est apparu grâce aux liens des criminels locaux avec la ‘Ndrangheta et la Camorra. La « Mafia Lucanienne » se présente particulièrement enclins à se régénérer par des activités de recrutement, de diversification des activités criminelles, des attitudes d’ouverture à de nouvelles alliances ou formes de coopération surtout dans le secteur des stupéfiants.

Pour les organisations criminelles étrangères :
– les groupes albanais présentent un niveau de dangerosité élevé et un fort impact sur les activités illégales, notamment les stupéfiants et les armes. Ils sont également très actifs en France, en Allemagne et en Suisse.
– les confréries nigérianes ont reproduit sur le continent européen les modèles établis au Nigeria. Elles sont présentes dans toutes les régions de l’Italie, avec des présences plus ou moins actives : proxénétisme, trafic d’êtres humains, immigration clandestine, trafic de drogue, fraude informatique et blanchiment d’argent.
– les groupes chinois sont structurés hiérarchiquement, principalement axées sur les relations familiales et de solidarité, et donc difficilement pénétrables. Ils se livrent à des vols et des extorsions au détriment de leur communauté, mais aussi au proxénétisme, aux délits financiers, aux transferts illégaux d’argent, le trafic de méthamphétamine,…
La criminalité roumaine s’articule autour de deux formes : d’une part, des groupes mal structurés s’occupant de délits de prédation, donnant naissance à des poches de petite délinquance qui amplifient la perception d’insécurité au sein de la population ; d’autre part, des formes plus complexes et articulées, similaires aux organisations mafieuses.
Le crime organisé sud-américain opère surtout dans le nord de l’Italie, et dans une moindre mesure , dans le Latium. Il est impliqué dans des délits contre la propriété, le proxénétisme et dans le gestion de l’importation de cocaïne, en liaison avec d’autres groupes criminelles, italiens ou étrangers.
Les groupes des Balkans et de l’ex-Union Soviétique : crimes contre la propriété, trafic de drogue et d’armes, immigration clandestine, proxénétisme, contrebande, vol de métaux,…
Les groupes criminels du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud-est : immigration illégale, travail illégal, proxénétisme, trafic de drogue.

Voir le rapport ici
ou https://direzioneinvestigativaantimafia.interno.gov.it/wp-content/uploads/2023/09/DIA_secondo_semestre_2022Rpdf.pdf

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