Cartographie d'Europol sur les réseaux criminels en Europe
Europol | Avril 2024
Europol vient de publier un rapport intitulé « Décoder les réseaux criminels les plus menaçants de l’UE » (Decoding the EU’s most threatening criminal networks). Ce document inédit dresse un tableau de la criminalité organisée en Europe, révélant l’existence de 821 réseaux criminels d’importance, regroupant plus de 25.000 membres de 112 nationalités différentes (dont 85 hors de l’Union Européenne).
Sur les 821 réseaux identifiés, une grande partie (295, soit 36%) est impliquée uniquement dans le trafic de stupéfiants, ce chiffre monte même à 50% si on prend en compte les réseaux impliqués aussi dans d’autres activités. Les réseaux sont également impliqués dans les fraudes (125, soit 15%), les atteintes à la propriété (63, soit 8%) le trafic de migrants (48, soit 6%), le trafic d’êtres humains (36, soit 4%), la contrefaçon (13, soit 2%), la cybercriminalité (9), le crime environnemental (7), l’extorsion (5), les armes (5) et les autres activités (68, soit 8%). 147 réseaux (18%) sont polycriminels.
86% des réseaux identifiés utilisent des structures commerciales légales (pour dissimuler leurs activités illégales et/ou pour le blanchiment) ; 34% (environ 280 réseaux) existent depuis au moins 10 années ; le plus souvent, les réseaux comptent entre 8 et 38 membres ; 68% des réseaux ont des membres de plusieurs nationalités, contre 32% d’une seule ; 76% de ces réseaux sont présents dans entre 2 et 7 pays différents ; 82% des leaders de ces groupes sont implantés dans les pays où se déroulent leurs activités ou dans le pays d’origine des principaux membres ; 96% pratiquent eux-mêmes le blanchiment des revenus de leurs activités ; 71% pratiquent la corruption ; 68% utilisent la violence et/ou l’intimidation. Plus de 50% des réseaux identifiés ont une structure hiérarchique comme les organisations mafieux, les gangs de motards, les cartels ou les Vory’v’Zakone.
Les principales nationalités représentées dans ces réseaux sont : les Albanais, les Français, les Belges, les Allemands, les Italiens, les Néerlandais, les Polonais, les Espagnols, les Turcs et les Ukrainiens. Beaucoup de réseaux comptent des membres de nationalités de l’Union Européenne et hors Union Européenne ; d’autres, moindre, comptent uniquement des ressortissants de l’Union Européenne ; enfin, une poignée est composée de nationalités hors Union Européenne. Pour les réseaux de plusieurs nationalités, il s’agit surtout de personnes origines de pays voisins. Ainsi, on relève les réseaux belgo-néerlandais (avec aussi des membres albanais, turcs, marocains, italiens ou britanniques), surtout impliqués dans l’importation de cocaïne via les ports d’Anvers et de Rotterdam ; les réseaux d’Europe de l’Est (composé de Biélorusses, de Tchèques, d’Hongrois, de Moldaves, de Pologne, de Russie, de Slovaquie et de Russie), souvent dominés par des Polonais et des Ukrainiens, et actifs dans la contrebande de tabac, les fraudes fiscales et douanières, les fraudes en ligne, le trafic de migrants ; les réseaux baltes avec des Estoniens, des Lituaniens et des Lettons, mais aussi des Russes, notamment impliqués dans le trafic de stupéfiants, la contrebande de tabac, le blanchiment, le trafic d’êtres humains.
Il existe également des réseaux homogènes en terme de nationalité : les organisations mafieuses italiennes, actives dans plus de 45 pays et notamment présentes dans le trafic de stupéfiants, l’extorsion, la contrebande de tabac, le trafic de déchets et le blanchiment ; les groupes roumains, surtout actifs dans les vols, le proxénétisme et la fraude à la TVA ; les réseaux criminels polonais (trafic de cannabis et de drogues de synthèse, contrebande de tabac, vols de voiture) ; les réseaux français, actifs dans le trafic de cocaïne et de cannabis, les extorsions, le proxénétisme (implantés principalement en France, ils « travaillent » également dans plus de 15 pays).
Les réseaux composés de membres originaires de pays hors-Union Européenne (Albanie, Bosnie, Chine, Géorgie, Islande, Nigeria, Serbie, Turquie, Ukraine et Royaume-Uni) comme : les groupes ukrainiens, surtout actifs dans la fraude online et le trafic d’êtres humains ; les réseaux albanais, présents dans le secteur du trafic de stupéfiants et actifs en Europe et en Amérique du Sud ; les réseaux géorgiens, surtout spécialisés dans les vols et cambriolages.
En matière d’activités criminelles, sur les 821 réseaux identifiés :
– 113 sont impliqués dans le trafic de cocaïne, composés d’Albanais, de Belges, de Néerlandais, d’Italiens et d’Espagnols ;
– 44 dans le trafic de cannabis, composés d’Albanais, de Belges, de Néerlandais, d’Allemands, d’Espagnols et de Turcs ;
– 9 dans les drogues de synthèse, composés d’Arméniens, de Néerlandais, de Lettons, de Lituaniens et de Slovaques ;
– 111 sont poly-stupéfiants, avec des Néerlandais, des Français, des Allemands, des Espagnols, des Turcs ;
– 50 dans les escroqueries en ligne, composés d’Allemands, d’Italiens, de Portugais et d’Ukrainiens ;
– 34 dans la contrebande, avec des Néerlandais, des Lettons, des Polonais, des Slovaques, des Espagnols et des Ukrainiens ;
– 18 dans la fraude à la TVA, avec des Tchèques, des Polonais, des Portugais et des Espagnols ;
– 23 dans d’autres fraudes, avec des Chinois, des Italiens, des Polonais, des Portugais et des Espagnols ;
– 33 dans des vols et des cambriolages, avec des Géorgiens, des Croates, des Italiens et des Roumains ;
– 19 dans le vol de véhicules, avec des Allemands, des Italiens, des Roumains, des Serbes et des Ukrainiens ;
– 11 dans d’autres atteintes à la propriété, avec des Français, des Néerlandais et des Allemands ;
– 48 dans le trafic de migrants, avec des Irakiens, des Moldaves, des Roumains, des Syriens, des Turcs et des Ukrainiens ;
-18 dans le proxénétisme, avec des Bulgares, des Roumains, des Ukrainiens et des Serbes ;
– 13 dans l’exploitation de travailleurs, avec des Géorgiens, des Roumains, des Russes, des Ukrainiens et des Ouzbeks ;
– 31 dans la contrefaçon, avec des Grecs et des Moldaves ;
– 9 dans les cyber-attaques, avec des Russes et des Ukrainiens ;
– …
En matière de blanchiment : 49% des opérations sont effectuées en Union Européenne ; 32% dans et hors UE et 19% seulement hors Union. Les structures commerciales légales facilitant les activités criminelles et/ou le blanchiment sont situées à 70% seulement dans l’UE, 20% dans et hors UE, 10% uniquement hors UE.
Europol souligne également la capacité d’adaptation et l’habileté technologique de ces réseaux. Ils exploitent internet et les outils de pointe pour commettre leurs crimes, se montrant particulièrement habiles à contourner les mesures de sécurité et à s’adapter aux évolutions législatives.
L’étude d’Europol met en lumière des tendances inquiétantes qui amplifient la menace. La mondialisation et l’essor d’internet facilitent la coopération transnationale entre les réseaux criminels, leur permettant d’étendre leur champ d’action et de mutualiser leurs ressources. Ces organisations adoptent de plus en plus des structures hybrides, combinant des aspects traditionnels de la mafia avec des méthodes innovantes issues du cybercrime. Cette hybridation rend ces réseaux plus difficiles à infiltrer et à démanteler pour les forces de l’ordre.
De plus, les réseaux criminels s’aventurent de plus en plus sur de nouveaux terrains, se lançant dans des activités telles que la cybercriminalité, qui peut déstabiliser des infrastructures critiques et porter atteinte à la vie privée des citoyens. Les atteintes à l’environnement figurent également parmi les nouveaux domaines d’activité des réseaux criminels, ce qui soulève des inquiétudes quant à la protection de l’environnement et de la santé publique.
Europol appelle à une action collective et déterminée. L’agence souligne l’urgence de renforcer la coopération entre les forces de l’ordre nationales et européennes. Un meilleur échange d’informations et de renseignements est crucial pour une lutte plus efficace contre ces organisations criminelles. Le développement d’outils et de technologies d’enquête plus performants, permettant de suivre les activités des réseaux et de mener des investigations transfrontalières, est également une priorité. Le rapport souligne l’importance de s’attaquer aux racines socio-économiques qui favorisent la criminalité. La pauvreté, le manque d’opportunités et l’exclusion sociale peuvent constituer des facteurs propices au recrutement par les organisations criminelles. Mettre en place des politiques sociales robustes et investir dans l’inclusion sont des actions essentielles pour endiguer le recrutement de nouveaux membres au sein des réseaux criminels. Enfin, Europol met l’accent sur la sensibilisation du public : informer les citoyens des dangers posés par les réseaux criminels et les encourager à signaler toute activité suspecte aux autorités compétentes est crucial pour une meilleure prévention. Une population informée et vigilante constitue un puissant outil de lutte contre la criminalité organisée.
Ce rapport révèle l’étendue et la complexité de la menace que représentent les réseaux criminels en Europe. Seule une action concertée et multidimensionnelle, associant renforcement de la coopération policière, lutte contre les causes profondes de la criminalité et sensibilisation du public, permettra de démanteler ces organisations et de garantir la sécurité des citoyens européens. L’Europe doit faire preuve de fermeté et d’imagination pour contrer cette menace et préserver la sécurité et la prospérité de l’Union.
Voir le rapport ici
ou https://www.europol.europa.eu/cms/sites/default/files/documents/Europol%20report%20on%20Decoding%20the%20EU-s%20most%20threatening%20criminal%20networks.pdf
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