Les marchés de la drogue dans l'Union Européenne

Europol + OEDT | Mars 2024

Europol et l’Observatoire Européen des Drogues et des Toxicomanies (OEDT) a publié une synthèse sur les marchés des stupéfiants en Europe. Quelques enseignements :
– la valeur du marché des stupéfiants au détail est estimée en Europe à au moins 31 milliards d’euros (12,1 milliards pour le cannabis ; 11,6 milliards pour la cocaïne ; 5,2 milliards pour l’héroïne ; 1,6 milliard pour les amphétamine ; 600 millions pour l’ecstasy/MDMA). Ce marché se distingue par une interdépendance entre les différentes drogue et une poly-criminalité (trafic d’armes, blanchiment,…).
– La disponibilité reste élevée pour les principales drogues utilisées en Europe. Le marché des drogues se caractérise également par la diversification des produits de consommation et la large disponibilité d’une gamme plus large de drogues, y compris de nouvelles substances psychoactives, souvent d’une grande puissance ou d’une grande pureté. L’émergence récente d’opioïdes très puissants, en particulier les nitazènes, constitue une menace particulièrement complexe pour la santé publique.
– L’utilisation des plates-formes de logistique, notamment pour les conteneurs maritimes, a entraîné une augmentation de la quantité de drogues saisies, et une diminution du nombre de saisies. Cela s’explique également par une pression moindre sur les infractions liées à l’usage et à la simple possession.
– L’Union Européenne est au centre de le production d’herbe de cannabis et de drogues de synthèse, pour les marchés nationaux et internationaux. La transformation à grande échelle de la cocaïne a désormais lieu également au sein de l’Union Européenne. L’Europe est également une zone de transit importante pour les flux mondiaux, en particulier la cocaïne en provenance d’Amérique latine et l’amphétamine sous forme de comprimés de captagon en provenance de Syrie et du Liban.
– Les réseaux font preuve d’un haut niveau d’adaptabilité, capitalisant sur les progrès technologiques et les changements sociétaux plus larges, exploitant les structures juridiques des entreprises et tirant parti des opportunités offertes par les économies traditionnelle et numérique.
– Le marché européen de la drogue a fait preuve de résilience face aux crises mondiales, à l’instabilité et aux changements politiques et économiques importants (pandémie de COVID-19, guerre contre l’Ukraine, retour au pouvoir des Talibans en Afghanistan). Les réseaux criminels se sont adaptés, modifiant les itinéraires du trafic et diversifiant leurs méthodes. Ces évolutions ont influencé l’émergence de nouveaux marchés et semblent parfois avoir modifié les préférences des consommateurs.
– Les marchés des drogues et l’économie régulière se recoupent parfois : les infrastructures de transport commercial pour faire le trafic de drogues ; les failles de la législation pour accéder aux produits précurseurs ; la culture industrielle légale de CBD pour fabriquer des produits non autorisés ;…
– Certains pays connaissent des épisodes violents, liés aux marchés de la cocaïne et du cannabis, notamment au niveau des centres de distribution et sur les marchés de détail concurrentiels.
– Les réseaux innovent dans les productions, permettant  des rendements plus élevés, une puissance ou une pureté accrue et une gamme plus large. Ils exploitent également les opportunités technologiques pour leurs communications illicites, leurs modèles de distribution,…

Pour les produits :
– Le cannabis reste le plus grand marché de drogue illicite en Europe. La plus grande partie de l’herbe de cannabis consommée en Europe est produite en Europe, notamment en Espagne et dans la région des Balkans occidentaux. Le Maroc reste le principal fournisseur de résine de cannabis mais une part croissante (mais encore modeste…) de la résine est désormais produit en Europe. La production de cannabis a un impact environnemental important en raison de la consommation d’énergie et d’eau, ainsi que de la pollution chimique. On constate une augmentation de la puissance du cannabis (herbe et résine), alors que se développe la diversification des produits (huiles, extraits, produits comestibles, produits de vapotage,…). Les cannabinoïdes synthétiques continuent également d’émerger sous diverses formes de produits de consommation. L’évolution constante du paysage juridique et réglementaire des pays européens sur le statut du cannabis entraîne des défis supplémentaires aux forces de sécurité.

– la cocaïne est le deuxième marché en Europe, tant au niveau de la consommation que des revenus générés. Le produit est largement disponible, à un faible coût et d’une grande pureté. L’Union Européenne est de plus en plus utilisée comme zone de transit pour des cargaisons destinées à d’autres régions ; certaines étapes de la production de cocaïne ont également été délocalisées sur le sol européen, grâce à une collaboration des réseaux sud-américains et européens. Il s’agit de l’importation de pâte de coca et de cocaïne base vers l’Europe pour y être transformées en chlorhydrate de cocaïne (le produit fini). L’importation de cocaïne base augmente le risque de plus grande diffusion du crack.

– Si l’héroïne reste l’opioïde le plus consommé en Europe, la part des autres opioïdes est en augmentation. L’interdiction des drogues par les Talibans en Afghanistan a entraîné une baisse significative de la culture du pavot et donc de la production d’héroïne, qui pourrait entraîner une baisse de la disponibilité du produit en Europe. Cela pourrait provoquer un détournement des consommateurs vers des opioïdes synthétiques, avec des répercussions notamment sur le plan sanitaire. Le trafic d’héroïne se fait de plus en plus par les routes maritimes (conteneurs et ferries) au départ de Turquie. Les réseaux turcs continuent de dominer le trafic en Europe, avec également des réseaux des Balkans occidentaux. Sur la route inverse, d’importantes quantités d’anhydride acétique (principal précurseur de l’héroïne) partent de l’Union Européenne vers la Turquie.

– L’Union Européenne est un marché important pour les amphétamines. On trouve des amphétamines de haute pureté et peu coûteuses en Belgique et aux Pays-Bas, les principaux centres de production en Europe. Une certaine production d’amphétamine a également lieu en Allemagne et en Pologne, et occasionnellement ailleurs. Les réseaux e production s’adaptent constamment aux renforcements des contrôles sur les différents produits précurseurs. L’impact environnemental de la production d’amphétamine est considérable en raison des grandes quantités de déchets chimiques générés. Des cargaisons de captagon transitent par les ports européens, depuis les centres de production en Syrie et au Liban, vers la péninsule arabique.

– Le marché de la méthamphétamine dans l’Union Européenne, bien que relativement petit à l’échelle mondiale, pourrait être en croissance. La pureté moyenne de la méthamphétamine a augmenté, notamment depuis l’implantation de laboratoires en Europe (surtout aux Pays-Bas, un peu moins en Belgique, grâce à la collaboration avec des réseaux mexicains), alors que les prix ont légèrement baissé. En dehors de la production régionale, la méthamphétamine provient notamment d’Iran, du Mexique et du Nigeria. La production afghane de cette drogue représente une autre menace pour l’Europe.

– La MDMA connait une situation assez stable en Europe, même s’il existe de fortes différences selon les marchés nationaux. La production se concentre essentiellement aux Pays-Bas, pour la consommation européenne et l’exportation, notamment vers l’Australie et les Amériques. On relève l’émergence de nouveaux produits MDMA, comestibles ou liquides, pouvant attirer de nouveaux consommateurs. Des cachets de MDMA coupés avec d’autres substances, comme les cathinones, sont apparus en Europe, tout comme la « cocaïne rose » (ou « tucibi »), de la MDMA mélangée avec de la kétamine ou de la cocaïne.

– Les nouvelles substances psychoactives (NPS)  évoluent constamment pour échapper aux restrictions légales. Le numérique a facilité leur distribution. Les NPS viennent principalement de Chine puis d’Inde suite à des mesures de contrôle en Chine, et leur faiblesse en Inde… Les cathinones en provenance d’Inde transitent par les Pays-Bas et l’Espagne pour leur re-distribution ultérieure dans l’UE.

Voir le rapport ici
ou https://www.emcdda.europa.eu/publications/eu-drug-markets/analysis-key-insights-policy-and-practice_en

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