Rapport de l'OICS pour 2023
Organe International de Contrôle des Stupéfiants | Avril 2024
L’Organe International de Contrôle des Stupéfiants (OICS) vient de publier son rapport pour l’année 2023.
Quelques enseignements :
– pour l’Afrique :
Le continent, surtout l’Afrique de l’Ouest, mais également de plus en plus l’Afrique centrale, a accru son rôle de région de transit pour la cocaïne. La consommation de Tramadol (opioïde de synthèse) pose un problème important dans certains pays. En 2024, 12 pays africains autorisent la culture de cannabis à des fins médicales ou scientifiques, parfois uniquement pour l’exportation. La culture de résine de cannabis se concentre dans le nord du continent : surtout (et toujours) au Maroc, mais également en Algérie et en Égypte. En 2022, 32 pays africains ont signalés des saisies de cocaïne, allant de quelques grammes à plusieurs tonnes. Les pays les plus concernés par les saisies sont situés sur le Golfe de Guinée : la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Nigeria. Les saisies concernent essentiellement du fret maritime, mais également du fret aérien. La cocaïne en provenance du Brésil et à destination de l’Europe utilise les aéroports d’Éthiopie et du Kenya comme zones de rebonds. Le trafic par fret postal, constaté notamment lors de la pandémie du Covid, est toujours relativement importante, la aussi avec comme destination finale l’Europe.
Une grande partie des opioïdes de synthèse saisie ce dernières années l’ont été en Afrique : il s’agit principalement de Tramadol dont la consommation est très répandue sur le continent. En 2022, 14 pays africains ont signalé des saisies de Tramadol. L’ensemble du continent est utilisé pour le transit de l’héroïne en provenant du Croissant d’Or, notamment l’Afrique de l’Est. En 2022, 14 pays ont indiqué des saisies d’héroïne, notamment l’Afrique du Sud : une cellule de coopération contre le trafic d’héroïne a d’ailleurs été mise en place entre l’Afrique du Sud, le Mozambique et la Tanzanie.
Plusieurs pays de la région ont déclaré avoir saisi des amphétamines, de la kétamine, du khat, de la MDMA, de la méthaqualone ou de la méthamphétamine au cours de l’année 2022.
– Pour l’Amérique Centrale et les Caraïbes :
La région est en proie à une violence armée et à une insécurité marquées, souvent liées aux cartels de la drogue et aux gangs
de rue. Zone stratégique de transit entre les pays producteurs et les pays de consommation (États-Unis et Canada), le trafic de cocaïne y est de plus en plus corrélé avec les trafic d’armes, et la violence qui va avec. Ces dernières années, on a constaté une évolution du trafic de cannabis, avec de nouveaux produits comme l’huile ou la cire (wax) de cannabis. La Jamaïque a observé une forte demande à l’international du cannabis cultivé localement et réputé de meilleure qualité… Il semblerait que les pays de la région ne soient pas touchés par la culture illicite du pavot, à l’exception du Guatemala (près de 10 millions de plants de pavot éradiqués en 2022).
– Pour l’Amérique du Nord :
La « crise des opioïdes » continuent de sévir dans la région, provoquant de nombreuses overdoses mortelles à cause du fentanyl. Au Mexique, les activités des cartels et des bandes criminelles provoquent des niveaux élevés de violence, en particulier des homicides. Au Canada, les groupes criminels sont impliqués dans l’importation et le trafic de cocaïne, ainsi que la production et le trafic de méthamphétamine et de fentanyl.
– Pour l’Amérique du Sud :
Dans le bassin amazonien (Brésil, Colombie et Pérou), outre le trafic de stupéfiants, les organisations criminelles investissent le secteur de l’exploitation illégale minière et forestière, et au trafic d’espèces protégées. Les cultures de cocaïers sont en augmentation dans les pays producteurs (Colombie, Pérou et Bolivie). Le cannabis est également largement cultivé, notamment au Brésil, au Chili et au Paraguay ; la variété « creepy », plus forte, se répand dans plusieurs pays de la zone. La région connaît des affaires d’assassinats politiques (comme le candidat à la présidence équatorienne) ou de corruption politique (comme l’ancien directeur des services secrets de l’armée vénézuélienne.
– Pour l’Asie de l’Est et du Sud-Est :
La culture de l’opium et la fabrication de méthamphétamine sont les principaux problèmes de drogue de la sous-région, ainsi que, de plus en plus, la fabrication et le trafic de kétamine. L’État Shan, au Myanmar (ex-Birmanie), concentre ces problématiques et les cultures de pavot y sont en forte progression.
– Pour l’Asie du Sud :
Il apparaît de plus en plus que l’Asie du Sud, et notamment l’Inde, le Sri-Lanka ou les Maldives, est une zone de transit pour la méthamphétamine et l’héroïne produites en Afghanistan et expédiée vers les marchés d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Océanie. L’argent des trafics de drogues est utilisé pour financer le terrorisme et des groupes armés, attisant la violence politique dans la région : des trafics mixtes armes/stupéfiants ont été signalés. Une grande partie de l’héroïne transitant par la région est expédiée vers l’Afrique, zone rebond.
– Pour l’Asie occidentale :
L’année 2023 a connu une forte baisse (-95%) de la production d’opium en Afghanistan, suite à la stricte interdiction de la part des Talibans en avril 2022. Par contre, la fabrication de méthamphétamine a augmenté dans ce même pays depuis quelques années. Le Moyen-Orient demeure gravement touché par le trafic et l’usage de Captagon, problème exacerbé par
l’instabilité politique et les conflits en cours dans certaines
parties de la sous-région.
La « route des Balkans » (Iran/Turquie/Balkans) reste la voie la plus utilisée pour acheminer l’héroïne vers les marchés d’Europe occidentale et centrale. La « route du Sud » (Iran/Pakistan puis l’Europe soit directement, soit via l’Inde ou l’Afrique) est cependant en développement, au détriment de la « route du nord » qui passe par l’Asie centrale pour alimenter les marchés russes.
La fabrication de méthamphétamine a augmenté en Afghanistan et les saisies sont en hausse en Iran. La Turquie a constaté un développement du trafic d’huile de méthamphétamine, et la présence sur son territoire de labo de transformation d’huile en cristaux. La production et le trafic de (faux) Captagon est en augmentation dans l’ensemble de la sous-région. Si l’Asie du Sud-Ouest est la zone où se trouve une grande partie de la production régionale de cannabis, la Turquie s’inquiète du développement de la production du « skunk » (variété de cannabis très forte).
– Pour l’Europe :
L’émergence rapide de nouveaux produits de synthèse, et de modes de consommation, pose un problème pour les autorités sanitaire pour le traitement et la prise en charge des usagers. Depuis 2021, l’Union Européenne fait face à un afflux de cocaïne, touchant notamment les « petits ports », mais aussi d’opioïdes de synthèse, de kétamine et de cannabinoïdes de synthèse. En 2021, 12 pays européens ont recensé le démantèlement d’un total de 261 laboratoires de production de méthamphétamine. Les saisies de cocaïne, de cannabis, de drogues de synthèse, d’amphétamine/méthamphétamine atteignent des niveaux record dans l’ensemble de l’Europe.
– Pour l’Océanie :
Les états insulaires du Pacifique ne sont plus seulement des points de transit, mais aussi des marchés de destination pour les drogues synthétiques, ce qui pose de sérieuses difficultés aux communautés et à leurs systèmes de santé publique. En Australie, la méthamphétamine reste la principale substance sur le marché des drogues illicites, mais le crime organisé tente de faire entrer de grandes quantités de cocaïne dans le pays. 70% de la méthamphétamine saisie en Australie provient du Myanmar, et, dans une moindre mesure, du Mexique. En Nouvelle-Zélande, pour la première fois, une cargaison de méthamphétamine venant d’Afrique du Sud a été saisie ; de la méthamphétamine venant directement d’Afghanistan par fret postal a également été interceptée dans le pays.
Voir le rapport ici
ou https://www.incb.org/documents/Publications/AnnualReports/AR2023/Annual_Report/E_INCB_2023_1_fre.pdf
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