Opinions françaises sur les drogues : entre normalisation du cannabis et inquiétude persistante
Observatoire Français des Drogues et des Tendances Addictives | Juillet 2025
Le rapport EROPP 2023 (Enquête sur les représentations, opinions et perceptions sur les psychotropes) de l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Tendances Addictives) propose une analyse des perceptions, connaissances et attitudes des Français face aux drogues, aux usagers et aux politiques publiques associées. L’étude repose sur un échantillon représentatif de 2.718 adultes de 18 à 75 ans interrogés entre mars et juillet 2023. Les données montrent un paysage d’opinions en évolution, marqué par une meilleure connaissance des substances, une perception différenciée de la dangerosité selon les produits et un rapport ambivalent aux politiques de réduction des risques.
Les drogues les plus citées spontanément restent le cannabis et la cocaïne, respectivement mentionnées par 85 % et 74 % des répondants, ce qui confirme la progression spectaculaire de la notoriété de la cocaïne depuis vingt-cinq ans (53 % en 1999). L’héroïne est citée par 46 %, la MDMA par 28 %, l’alcool par 24 % et le tabac par 20 %. La frontière entre drogues illicites et substances légales persiste dans les représentations : beaucoup de Français ne considèrent pas l’alcool et le tabac comme des drogues, mais les citent massivement comme addictions majeures. Lorsqu’ils évoquent spontanément les addictions, ils mentionnent l’alcool (83 %), les drogues illicites (70 %), le tabac (60 %), les jeux d’argent (29 %) et les usages numériques (28 %). La perception d’être bien informé a reculé après une progression continue : 63 % se disent bien informés en 2023, contre 68 % en 2018, avec des variations selon l’âge et le sexe.

La connaissance du niveau réel d’usage des drogues est contrastée. Environ 70 % identifient correctement le cannabis comme la substance illicite la plus consommée, mais seuls 41 % parviennent à classer correctement la cocaïne en deuxième position. La moitié des Français estime que « environ la moitié » des adultes ont déjà expérimenté le cannabis, une approximation réaliste. En revanche, la prévalence de la cocaïne est très largement surestimée par un tiers des répondants.
Concernant la dangerosité perçue, l’héroïne et la cocaïne restent unanimement considérées comme très dangereuses (près de 90 % d’opinions défavorables). Le cannabis, le tabac et l’alcool sont jugés dangereux de manière comparable, mais moins sévèrement. Un Français sur dix considère même le cannabis ou l’alcool comme relativement peu dangereux. Entre 1999 et 2023, la dangerosité perçue du cannabis baisse nettement : seuls 38 % estiment qu’il est dangereux dès l’expérimentation, contre 54 % en 1999. À l’inverse, la perception d’un danger lié uniquement à une consommation quotidienne progresse fortement. Le tabac et l’alcool, en revanche, sont perçus comme plus dangereux qu’en 1999, y compris pour des usages occasionnels. La croyance dans la théorie de l’escalade recule légèrement, passant de 70 % à 63 % d’adhésion.

La perception des usagers de drogues révèle une forte hiérarchisation sociale. Environ neuf Français sur dix jugent les usagers de cocaïne ou d’héroïne dangereux pour leur entourage, et plus de la moitié pensent qu’ils cherchent à entraîner les jeunes. Ces usagers sont de plus en plus souvent perçus comme des personnes malades, avec une progression marquée entre 2008 et 2023. À l’inverse, les usagers de cannabis bénéficient d’une image plus ambivalente : 53 % considèrent que le cannabis aide à se détendre, 40 % pensent que les usagers devraient être libres de consommer, et un tiers estime qu’il est possible de vivre normalement en consommant du cannabis. Le cannabis apparaît ainsi comme le produit le plus normalisé dans les représentations sociales françaises. L’usage excessif d’alcool, bien que licite, est perçu de manière très négative et proche des drogues illicites lorsque l’on évoque des consommations importantes.
Les opinions varient fortement selon la proximité à l’usage : ceux qui ont déjà consommé du cannabis ou connaissent des usagers expriment des représentations beaucoup plus positives que les non-expérimentateurs. Les non-usagers qui ne connaissent aucun consommateur sont les plus sévères : 82 % les jugent dangereux, contre 45 % chez les expérimentateurs. Les usagers actuels sont les plus tolérants, bien que certains expriment encore des réserves morales.

Concernant les politiques publiques, les Français soutiennent largement les mesures d’information et de prévention, notamment la mise en place de messages sanitaires sur l’alcool, l’interdiction de la publicité et la restriction de la vente aux adultes. En revanche, l’augmentation du prix de l’alcool est la mesure la plus rejetée. Les politiques de réduction des risques suscitent davantage d’adhésion qu’en 2018, avec 50 % des Français favorables à l’idée d’informer les usagers sur des pratiques de consommation moins dangereuses. Toutefois, la dépénalisation des drogues illicites, y compris du cannabis, continue d’être rejetée par une majorité.
Enfin, le rapport souligne que les opinions sont fortement influencées par l’expérience personnelle des drogues, le sexe, l’âge et les niveaux de consommation. Les plus jeunes, les hommes et les usagers actuels sont systématiquement plus tolérants que les personnes âgées ou éloignées des usages.
Cela compose un paysage d’opinions en transformation lente mais structurée, marqué par la banalisation du cannabis, la stigmatisation persistante des drogues dures, une perception renforcée du caractère pathologique de certains usages et une acceptation croissante des politiques de réduction des risques, malgré un maintien du rejet de la dépénalisation.
Voir l’étude ici
ou https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2025-08/rapport-eropp-opinions-2023.pdf
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