Le coût estimé du crime organisé en Australie
Australian Criminal Intelligence Commission | Novembre 2025
Le rapport « Opening the Books » de l’Australian Criminal Intelligence Commission dresse un constat alarmant de l’évolution et de l’impact du crime organisé et grave en Australie en 2025, en soulignant que ces réseaux constituent désormais l’une des menaces criminelles et sociétales les plus lourdes pour le pays. Selon les estimations consolidées de l’Australian Institute of Criminology, le coût annuel du crime organisé atteindrait jusqu’à 82,3 milliards de dollars australiens (50,2 milliards d’euros), un niveau supérieur au budget annuel de la Défense australienne. Cette estimation agrège des coûts directs et indirects, économiques, sociaux, sanitaires et sécuritaires, liés à l’ensemble des activités criminelles structurées. En 2024, ce coût était estimé à 68,7 milliards de dollars australiens (41,9 milliards d’euros).
ne sont plus seulement locales ou hiérarchisées, mais transnationales, décentralisées, numérisées et souvent imbriquées dans l’économie légale. Elles fonctionnent comme de véritables entreprises multinationales, capables d’externaliser des segments entiers de leurs activités, y compris la violence, dans un modèle qualifié de « crime-as-a-service ». Cette évolution rend leur détection et leur démantèlement plus complexes, d’autant plus qu’une partie importante de leurs dirigeants opère depuis l’étranger, dans des juridictions protectrices, tout en ciblant directement l’Australie.
Le document souligne plusieurs tendances structurantes. La criminalité organisée devient plus visible et plus violente, avec une multiplication des attaques en espaces publics, des homicides par erreur d’identification et des règlements de comptes impliquant parfois des tiers innocents. Les réseaux criminels recrutent de plus en plus de mineurs, considérés comme une main-d’œuvre moins coûteuse, plus facilement manipulable et pénalement moins exposée. La technologie joue un rôle central, avec l’usage généralisé de communications chiffrées, de cryptomonnaies, de plateformes numériques dédiées et, de plus en plus, d’armes imprimées en 3D dont les capacités létales progressent rapidement.
Les drogues constituent la principale source de coûts et de dommages. L’activité liée aux stupéfiants représenterait à elle seule environ 19 milliards de dollars australiens (11,6 milliards d’euros) par an. Le rapport met en avant l’augmentation continue de la consommation, confirmée par les analyses des eaux usées, ainsi que la dangerosité croissante des substances. La méthamphétamine, largement importée du Mexique et d’Asie du Sud-Est, et les opioïdes de synthèse émergents, parfois plus puissants que le fentanyl, posent un risque sanitaire majeur. Des substances comme les nitazènes ont déjà causé des décès en Australie, parfois après avoir été ajoutées à l’insu des consommateurs dans des drogues ou des liquides de vapotage. Le rapport attribue près de 42 % des homicides à l’usage de méthamphétamine et souligne que la conduite sous l’emprise de drogues est désormais une cause de mortalité routière plus importante que l’alcool.
Au-delà des drogues, le crime organisé affecte directement les citoyens par les escroqueries en ligne et les centres de fraude offshore, notamment en Asie du Sud-Est. Ces structures siphonnent les économies de particuliers, provoquent des vols d’identité souvent irréversibles et engendrent des conséquences psychologiques et financières durables. Le rapport décrit également l’essor de réseaux en ligne décentralisés impliqués dans l’extorsion sexuelle de mineurs, l’exploitation sadique, l’extrémisme violent et l’incitation à des violences physiques, avec des cas documentés de suicides de jeunes victimes.
Les entreprises et les secteurs économiques légitimes sont également fortement touchés. Les groupes criminels infiltrent les marchés, faussent la concurrence et utilisent des sociétés écrans pour recycler leurs profits. Le marché du tabac illicite illustre cette dynamique. Estimé à environ 4 milliards de dollars australiens (2,4 milliards d’euros) par an, il est devenu un champ de bataille violent entre groupes criminels, avec plus de 200 incendies criminels, au moins trois homicides, dont un innocent, et de nombreuses attaques non mortelles depuis 2023. La perte fiscale liée aux droits d’accise non perçus est évaluée à plus de 3,3 milliards de dollars (2 milliards d’euros) pour la seule année 2023-2024, privant l’État de ressources essentielles.
Le rapport met également en lumière la fraude massive aux programmes publics, notamment le National Disability Insurance Scheme, où des réseaux criminels détournent des fonds destinés aux personnes vulnérables, parfois en exerçant un contrôle coercitif direct sur les bénéficiaires. Ces pratiques aggravent la défiance envers les institutions et génèrent des dommages humains importants, tant pour les victimes que pour leurs familles.
À l’échelle nationale et géopolitique, le crime organisé est présenté comme une menace directe à la sécurité nationale. Les réseaux criminels collaborent de plus en plus entre eux, mais aussi avec des acteurs étatiques ou para-étatiques, fournissant des services logistiques, financiers ou violents dans le cadre d’arrangements opportunistes. Les flux de drogues, de précurseurs chimiques et d’argent transitent par de multiples régions, notamment le Pacifique, affectant la stabilité régionale et l’image internationale de l’Australie.
Le rapport insiste enfin sur la nécessité d’une réponse globale. Si les autorités australiennes disposent de capacités d’enquête et de répression solides, le crime organisé dépasse désormais le cadre strictement policier. Il affecte la santé publique, la cohésion sociale, l’économie et la souveraineté. Les auteurs plaident pour une approche coordonnée impliquant les forces de l’ordre, les agences de renseignement, les autorités de régulation, le secteur privé et la société civile, afin de rendre l’Australie plus hostile à ces réseaux et de renforcer la résilience collective face à une criminalité en constante mutation.
Voir le rapport ici
ou https://www.acic.gov.au/sites/default/files/2025-11/Opening%20the%20books.PDF
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