Rapport Europol sur le trafic de migrants
Publié le 08.12.25
Les passeurs et trafiquants de migrants exploitent l’instabilité géopolitique et les pressions économiques. Leurs modèles évoluent rapidement, leur permettant de recruter, transporter et exploiter des personnes vulnérables tout en maximisant leurs profits. Face à cela, l’Union Européenne est confrontée à un paysage criminel en mutation constante et devenu largement numérique. Le rapport annuel 2025 du Centre européen de lutte contre le trafic de migrants d’Europol établit les principaux chiffres relatifs au soutien apporté par l’Agence aux enquêtes menées par les États membres de l’Union européenne sur les réseaux de trafic de migrants et de traite des êtres humains. Ces formes de criminalité ont profondément changé ces dernières années, portées par l’essor des outils en ligne de recrutement, de publicité et d’exploitation. Parmi les éléments présentés figure le volume de messages transmis aux bases de données d’Europol : 43.000, soit plus du triple des informations communiquées en 2016.

Le trafic de migrants demeure alimenté par les conflits, les persécutions, les difficultés économiques et les changements environnementaux qui motivent les déplacements transfrontaliers. Ces pressions rendent les migrants particulièrement vulnérables aux réseaux criminels, qui proposent des « formules d’accompagnement » comprenant le transport, l’orientation, l’hébergement dans des centres de transit et des documents de voyage falsifiés ou obtenus frauduleusement. Les réseaux de traite des êtres humains ciblent eux aussi les personnes vulnérables, les trompant ou les contraignant par de fausses offres d’emploi ou des promesses de passage sûr avant de les exploiter. Les victimes se retrouvent alors soumises à la prostitution, au travail forcé, à la criminalité forcée ou à d’autres formes d’abus, au seul bénéfice des organisations criminelles qui orchestrent ces exploitations.
À titre d’exemple, Europol a récemment apporté son soutien à une opération menée en Espagne visant un réseau criminel de trafic de migrants du Sénégal et de Gambie vers les îles Canaries. En octobre 2025, des agents de la Guardia Civil espagnole ont arrêté trois suspects qui organisaient la traversée extrêmement dangereuse de migrants à bord de cayucos. Ces petites embarcations en bois, conçues pour la pêche côtière, ne sont pas adaptées aux traversées au long cours. Le voyage depuis les côtes africaines jusqu’aux îles Canaries peut durer jusqu’à quinze jours et est réputé pour sa dangerosité. Il arrive que des cayucos dérivent et soient retrouvés des semaines, voire des mois plus tard, en plein océan Atlantique ou jusque dans certaines régions d’Amérique centrale. L’identification des victimes s’avère souvent impossible, seuls les documents retrouvés à bord fournissant des indications sur le point de départ. Cette affaire est liée à un incident au cours duquel huit personnes, dont un enfant de quatorze mois, sont décédées des suites de violences infligées par les passeurs. Lors de ce dernier événement, 224 personnes ont été secourues par les autorités à bord d’une embarcation partie sept jours auparavant du Sénégal.

Du recrutement au contrôle, le numérique est omniprésent dans toutes les phases du trafic de migrants et de la traite des êtres humains. La prolifération de publicités générées par l’IA et de campagnes de recrutement multilingues diffusées sur les réseaux sociaux illustrent cette évolution. Les réseaux criminels utilisent des canaux de communication cryptés pour coordonner la logistique en temps réel, tandis que d’autres outils permettent une surveillance numérique destinée à contrôler les victimes. Ils recourent également à des systèmes de paiement en cryptomonnaie, souvent articulés avec des structures bancaires informelles (hawala) pour gérer les flux financiers. Dans ce contexte, les criminels imitent de plus en plus les stratégies des influenceurs et les « académies de créateurs de contenu » afin d’apprendre, d’adapter et d’amplifier leurs méthodes de recrutement et de manipulation en ligne.
Les réseaux de passeurs ont de plus en plus recours à la violence, notamment aux menaces, aux enlèvements, aux agressions sexuelles et à la torture, pour extorquer de l’argent aux migrants ou contraindre les familles à payer une rançon. La violence sert également à imposer un contrôle territorial face aux réseaux rivaux et, dans certains cas, à intimider les forces de l’ordre. Les réseaux criminels impliqués dans la traite des êtres humains opèrent de plus en plus selon des structures à deux cellules : l’une chargée du recrutement et du transit, l’autre de l’exploitation. Nombre de ces groupes se tournent vers la polycriminalité, combinant la traite des êtres humains avec la fraude documentaire, le blanchiment d’argent et d’autres infractions connexes. Dans certains cas, l’ensemble de la chaîne de la traite est externalisé auprès d’acteurs distincts qui fournissent des services spécialisés à la demande. Parallèlement, le spectre de l’exploitation s’élargit : les victimes sont contraintes à la prostitution, à l’exploitation par le travail et à diverses formes de délinquance de rue.

Les réseaux criminels sont aujourd’hui plus agiles et interconnectés que jamais, exploitant à la fois les individus vulnérables et les failles structurelles. Des opérations récentes montrent la rapidité avec laquelle la traite des êtres humains dans l’Union Européenne s’adapte à l’évolution de la situation, en réaction à l’instabilité, aux fluctuations des flux migratoires et à la connectivité numérique croissante. Il est nécessaire de cibler l’ensemble de la chaîne, du recrutement à l’exploitation, en passant par le transit et les flux financiers qui la sous-tendent. Face à l’évolution de cette menace, la Commission européenne a proposé en novembre 2023 un nouveau règlement visant à renforcer le soutien d’Europol aux autorités répressives des États membres de l’Union européenne dans leur lutte contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains. Cette proposition prévoit de renforcer le Centre européen de lutte contre le trafic de migrants, d’améliorer l’échange d’informations entre Europol et les États membres de l’UE, de consolider les capacités d’Europol en matière de traitement des données biométriques et de fournir des ressources supplémentaires afin de répondre à la demande croissante d’assistance dans les enquêtes portant sur le trafic de migrants et la traite des êtres humains.
Par Sandrine Le Bars
Voir le rapport ici
ou https://www.europol.europa.eu/cms/sites/default/files/documents/EMSC-9th-annual-report-2025.PDF
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