Étude sur les affaires d'usage et de trafic de stupéfiants en France

Ministère de l'Intérieur | Décembre 2025

Décembre 2025, le service statistiques du Ministère de l’Intérieur dresse un premier état des lieux des infractions de trafic et d’usage de stupéfiants enregistrées par la police et la gendarmerie depuis 2016, en distinguant les substances impliquées, leurs évolutions, les profils des mis en cause, et plusieurs effets de structure, notamment liés à l’amende forfaitaire délictuelle (AFD) introduite en 2020 pour une partie des usages.

Sur la période récente, la dynamique globale est à la hausse. En 2024, 52.300 personnes sont mises en cause pour trafic de stupéfiants et 290.400 pour usage. Dans l’usage, 196.400 personnes, soit 68 %, relèvent d’une AFD, ce qui pèse fortement sur l’augmentation du volume d’affaires enregistrées et sur la composition socio-démographique des mis en cause. L’analyse insiste sur le fait que l’évolution agrégée masque des trajectoires très différentes selon les produits, et que le marché comme les produits se diversifient.

Le cannabis domine très largement les infractions enregistrées. En 2024, il est impliqué dans 78 % des mis en cause pour trafic (39.400 personnes) et 92 % des mis en cause pour usage (260.900). Après le cannabis, les produits qui concentrent le plus de mis en cause sont, dans l’ordre, la cocaïne, l’héroïne, puis l’ecstasy/MDMA. La cocaïne concerne 21.900 mis en cause pour trafic et 29.500 pour usage ; l’héroïne 3.900 pour trafic et 5.700 pour usage ; l’ecstasy/MDMA 3.200 pour trafic et 5.500 pour usage. Le crack, inclus dans l’ensemble « cocaïne », représente 900 mis en cause pour trafic et 1.600 pour usage. Des substances dites « de synthèse » (amphétamines/méthamphétamine, kétamine, cathinones type 3-MMC) restent minoritaires en effectifs, mais atteignent chacune plus d’1 % des mis en cause dans le trafic, et pèsent de plus en plus dans les tendances. Au total, au moins l’une des quatre substances principales (cannabis, cocaïne, héroïne, ecstasy/MDMA) est impliquée dans 99 % des mis en cause pour trafic et la quasi-totalité des mis en cause pour usage, des associations entre produits pouvant s’ajouter.

La période 2016-2024 est marquée par un changement relatif du « mix produits » dans le trafic. Le nombre de mis en cause pour trafic de cannabis augmente, mais plus lentement que d’autres produits : +35 % depuis 2016. En comparaison, le trafic lié à l’ecstasy/MDMA progresse de +118 % et celui lié à la cocaïne de +176 % sur la même période. L’héroïne augmente faiblement (+12 %), tandis que les opioïdes hors héroïne reculent. Les hausses les plus spectaculaires concernent des produits encore minoritaires : les mis en cause pour trafic de kétamine sont environ dix fois plus nombreux en 2024 qu’en 2016, et ceux liés aux cathinones environ trente fois plus nombreux. Cette dynamique tire mécaniquement vers le bas la part du cannabis dans le trafic total, qui passe d’environ 83 % en 2016 à 78 % en 2024, pendant que la part de la cocaïne passe de 23 % à 43 % et celle de l’ecstasy d’environ 4 % à 6 %.

Côté usage, les évolutions sont plus modérées en structure, mais l’enregistrement explose après 2020, en lien avec l’AFD pour le cannabis, la cocaïne et l’ecstasy/MDMA. Entre 2016 et 2024, le nombre de mis en cause pour usage de cocaïne a doublé, et l’usage enregistré de cannabis et d’ecstasy/MDMA progresse très fortement (respectivement +74 % et +78 % sur la période). À l’inverse, l’usage enregistré d’héroïne diminue nettement (-34 % depuis 2016), de même que celui des amphétamines/méthamphétamine (-26 %). Là encore, kétamine et cathinones progressent très vite en usage enregistré (multipliés respectivement par 5 et par 11 depuis 2016), mais à partir de bases faibles.

L’AFD devient un pivot du dispositif d’enregistrement de l’usage. Les substances éligibles (cannabis, cocaïne, ecstasy/MDMA) concentrent une part croissante des mis en cause pour usage : 94 % en 2019, 97 % en 2024. La concentration varie géographiquement : certains départements affichent une proportion notable d’usages portant sur des produits non éligibles (exemple mis en avant : les Vosges, 16 %), alors que cette part tombe à 1 % ou moins dans plusieurs départements très urbains et/ou très exposés (Rhône, Bouches-du-Rhône, et presque toute l’Île-de-France). Les amendes délivrées en 2024 portent très majoritairement sur le cannabis (95 %), dont une fraction notable correspond à des joints ; la cocaïne représente 4 % des AFD et l’ecstasy/MDMA 1 %, avec une progression de ces deux dernières depuis 2021. Des contrastes régionaux apparaissent aussi sur le « poids cannabis » dans les AFD : environ 82 % en Corse, 89 % en Bretagne, 98 % en Île-de-France, et des niveaux très élevés dans les outre-mer.

Les profils socio-démographiques varient fortement selon les produits, et l’étude insiste sur l’extrême jeunesse du trafic, particulièrement pour le cannabis. En 2024, la majorité des mis en cause pour trafic a moins de 30 ans. Pour le trafic de cannabis, 79 % ont moins de 30 ans, 22 % sont mineurs, et l’âge médian est autour de 21 ans. Pour le trafic de cocaïne, 74 % ont moins de 30 ans, 18 % sont mineurs, et l’âge médian baisse nettement depuis 2016 (de 25 à 22 ans). Pour le trafic d’héroïne, l’âge médian baisse aussi (de 28 à 24 ans).

La place des femmes reste très minoritaire, mais elle varie selon les produits. Globalement, la part de femmes parmi les mis en cause pour trafic passe d’environ 9 % à 10 % entre 2016 et 2024, avec des écarts importants : autour de 8 % dans le trafic de cannabis et de crack, mais environ 16 % dans le trafic d’amphétamines/méthamphétamine et de kétamine, et autour de 18 % pour les opioïdes hors héroïne. L’ecstasy/MDMA est le produit où la féminisation augmente le plus nettement dans le trafic (de l’ordre de 10 % à 14 % sur la période). Dans l’usage, les femmes représentent environ 8 % des mis en cause en 2024 (contre 9 % en 2016), et sont particulièrement sous-représentées dans l’usage de cannabis (autour de 7 %), tandis qu’elles pèsent davantage dans l’usage de cocaïne, d’ecstasy, d’héroïne, d’amphétamines et surtout de kétamine.

La nationalité est un autre marqueur de différenciation. Les étrangers représentent 22 % des mis en cause pour trafic (contre 12 % dans l’usage) en 2024, et la hausse est forte depuis 2016 (de 12 % à 22 % pour le trafic ; de 9 % à 13 % pour l’usage). La progression est observée sur plusieurs produits : cannabis (de 11 % à 21 % dans le trafic ; de 8 % à 12 % dans l’usage), cocaïne (de 18 % à 24 % dans le trafic), ecstasy/MDMA (de 9 % à 16 % dans le trafic ; de 6 % à 14 % dans l’usage). Le cas du crack est à part : il concentre des proportions d’étrangers très élevées, proches de la moitié des mis en cause, et la très grande majorité de ces étrangers est originaire d’un pays africain selon les répartitions indiquées.

Le document différencie ensuite les formes de cannabis, ce qui est central pour comprendre les pratiques et certains ancrages territoriaux. Quand la forme est identifiée, la résine domine : pour l’usage de cannabis, 78 % des mis en cause sont associés à de la résine et 26 % à de l’herbe ; pour le trafic de cannabis, 87 % sont associés à de la résine et 46 % à de l’herbe, les associations multiples étant possibles pour un même mis en cause. La connaissance de la forme est élevée en 2024 (88 % pour le trafic de cannabis, 94 % pour l’usage). La hiérarchie résine/herbe n’est pas uniforme : l’herbe est majoritaire dans des territoires comme la Guadeloupe et le Nord pour l’usage comme pour le trafic ; elle est majoritaire dans le trafic à La Réunion et en Martinique, et dans l’usage dans les Ardennes. Le trafic de « pieds » apparaît dans certains départements, parfois à des niveaux élevés (jusqu’à un mis en cause sur quatre à La Réunion pour le trafic de cannabis). Les profils diffèrent selon la forme : les mis en cause liés à la résine sont un peu plus jeunes, un peu plus masculins, et un peu plus souvent étrangers que ceux liés à l’herbe. Le trafic de pieds se distingue nettement avec un âge médian bien plus élevé (36 ans), davantage de femmes (15 %) et une part d’étrangers faible (6 %), ce qui rapproche ce profil de certains trafics de produits plus « adultes » (opiacés, kétamine) plutôt que du trafic de rue du cannabis.

La cocaïne est décrite comme la deuxième drogue par volume de mis en cause, avec une géographie très marquée, surtout pour le trafic. La Guyane apparaît comme le département le plus touché en intensité rapportée à la population, avec un taux très élevé de mis en cause pour trafic de cocaïne (de l’ordre de 300 pour 100.000 habitants), loin devant la moyenne nationale (32 pour 100.000). D’autres zones se détachent pour le trafic : Martinique, Haute-Garonne, plusieurs départements franciliens (Paris, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne), et de nombreux départements méditerranéens (Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Var, Alpes-Maritimes, Pyrénées-Orientales), qui dépassent des seuils élevés rapportés à 100 000 habitants. Pour l’usage, la moyenne nationale est à 44 mis en cause pour 100.000 habitants, mais des départements dépassent nettement 80, avec une présence notable de départements du Sud-Est, et des pics mentionnés dans certains territoires métropolitains.

Un focus spécifique est consacré au crack, présenté comme une forme transformée de la cocaïne avec des dynamiques distinctes. En volume, il représente une petite fraction de l’ensemble cocaïne, mais il se singularise par une hyper-concentration géographique : Paris regroupe plus de la moitié des mis en cause pour trafic et usage de crack chaque année depuis 2016, avec en complément des contributions régulières de la Seine-Saint-Denis, ainsi que de départements comme l’Oise et la Guadeloupe. Les profils s’écartent de ceux de la cocaïne « simple » : proportion d’étrangers très élevée, part féminine faible (environ 8 % dans le trafic, 12 % dans l’usage), et âges médians plus élevés (environ 28 ans pour le trafic de crack, 35 ans pour l’usage), soit plus âgés que l’ensemble des mis en cause cocaïne.

L’héroïne apparaît comme un produit en recul sur l’usage enregistré, mais avec une implantation territoriale nette. Les zones les plus concernées sont surtout le Nord et l’Est. Pour l’usage, plusieurs départements dépassent 25 mis en cause pour 100.000 habitants, et un département atteint un niveau très élevé (plus de 100 pour 100.000 habitants, soit de l’ordre d’un habitant sur 1.000). Les faits sont aussi concentrés dans un nombre limité de communes : une cinquantaine de communes regroupent plus de la moitié des mis en cause pour usage d’héroïne, et les communes citées comme les plus contributrices en volume sont Lille, Amiens et Calais, devant Paris malgré des populations inférieures. Pour le trafic d’héroïne, les intensités les plus élevées se situent également dans le quart Nord-Est ; dans certains départements, le trafic d’héroïne dépasse même celui de la cocaïne en nombre de mis en cause.

Les drogues dites « de synthèse » sont abordées comme un ensemble en hausse structurelle, avec un élargissement des produits observés (dont certains très peu fréquents). En 2024, l’usage de drogues de synthèse concerne 7.400 mis en cause et le trafic 4.300. Sur 2016-2024, les mis en cause pour trafic de drogues de synthèse doublent, et ceux pour usage augmentent de plus de 40 %. Le poids relatif de ces produits dans le trafic progresse (environ 8 % en 2024 contre 6 % en 2016), alors qu’il reste faible et stable dans l’usage (autour de 3 %). À l’intérieur du groupe, l’ecstasy/MDMA devient de plus en plus dominante : dans l’usage de drogues de synthèse, elle concerne environ trois mis en cause sur quatre en 2024, contre environ 60 % en 2016 ; dans le trafic de drogues de synthèse, sa part progresse également (de l’ordre de deux tiers à près de trois quarts). Les progressions les plus rapides, mais sur faibles effectifs, concernent kétamine et cathinones, avec des rythmes annuels très élevés et une croissance plus marquée dans le trafic. En termes de profils, ces produits s’alignent sur des âges médians jeunes dans le trafic (autour de 23-24 ans) et un peu plus élevés dans l’usage (environ 25-30 ans), avec des parts de femmes et d’étrangers variables mais généralement supérieures à celles observées pour le cannabis. L’usage de ces produits est aussi décrit comme très concentré géographiquement, Paris apparaissant comme un pôle majeur en proportion, et un nombre limité de communes regroupant l’essentiel des mis en cause.

Un autre axe analytique porte sur les associations de produits, en distinguant le polyusage et le trafic multi-produits. En 2024, un mis en cause trafic est associé en moyenne à 1,4 produit, contre 1,1 pour l’usage ; hors AFD, l’usage monte à 1,2. Environ 31 % des mis en cause trafic relèvent de plusieurs produits, contre 6 % dans l’usage, et 18 % dans l’usage hors AFD. La contrainte procédurale de l’AFD est rappelée : l’usage sanctionné par AFD ne peut, dans ce cadre, porter que sur un seul produit à la fois (cannabis, cocaïne ou ecstasy/MDMA).

Tous les produits ne s’associent pas de la même manière. Le cannabis est celui qui s’associe le moins en proportion : parmi les mis en cause pour usage de cannabis hors AFD, environ un cinquième est relié à un autre stupéfiant, et dans le trafic de cannabis, un peu plus d’un tiers. La cocaïne est beaucoup plus souvent associée : environ deux tiers des mis en cause pour usage de cocaïne hors AFD ou pour trafic de cocaïne sont reliés à un autre produit. Les drogues de synthèse et hallucinogènes sont les plus « associatives » : l’ecstasy/MDMA est associée à un autre stupéfiant pour l’écrasante majorité des mis en cause, aussi bien en usage hors AFD qu’en trafic ; la kétamine, le LSD et les champignons hallucinogènes suivent des niveaux comparables, avec des associations qui dépassent souvent 80 % en usage et 90 % en trafic. En volume, l’association la plus fréquente est celle du duo cannabis/cocaïne, parce que ces deux produits dominent l’ensemble des procédures : elle concerne une part majoritaire des mis en cause liés à la cocaïne, en trafic comme en usage hors AFD. D’autres couples ressortent en proportion, par exemple l’association héroïne/cocaïne est très fréquente chez les mis en cause liés à l’héroïne, et certaines associations « synthèse/synthèse » sont particulièrement marquées, notamment autour de l’ecstasy/MDMA. À l’inverse, certaines combinaisons avec l’héroïne restent rares dans des trafics de synthétiques (kétamine, cathinones), ce qui suggère des segments de marché et des milieux de revente partiellement distincts malgré l’existence d’offres multi-produits.

Voir l’étude ici
ou https://www.interieur.gouv.fr/Interstats/Actualites/Interstats-Analyse-n-78-Caracteristiques-des-infractions-de-trafic-ou-usage-de-stupefiants-selon-le-type-de-substance-impliquee-depuis-2016-premier-etat-des-lieux

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