Le crime environnemental, un business à haut rendement et faible risque dans les Balkans

Global Initiative against Transnational Organized Crime | Décembre 2025

Le rapport du GI-TOC (Global Initiative against Transnational Organized Crime) consacré aux crimes environnementaux dans les Balkans occidentaux décrit une situation de dégradation environnementale massive et durable, alimentée par une combinaison de facteurs structurels : faiblesse de l’État de droit, capacités institutionnelles limitées, fragmentation des compétences administratives, corruption endémique et faible priorité politique accordée à l’environnement. Les crimes environnementaux y apparaissent comme des activités criminelles à haut rendement et à faible risque pénal, ce qui favorise leur diffusion et leur professionnalisation, parfois en lien avec des réseaux criminels plus larges.

L’ensemble des pays étudiés (Albanie / Bosnie-Herzégovine / Kosovo / Monténégro / Macédoine du Nord / Serbie) est concerné par toutes les grandes catégories de criminalité environnementale. La pollution, qu’elle soit industrielle, urbaine ou agricole, affecte l’air, les sols et les ressources en eau, avec des conséquences sanitaires directes pour les populations locales. Malgré l’ampleur des dommages, les enquêtes pénales sont rares et peinent à aboutir, notamment en raison de difficultés à établir l’intention criminelle, de lacunes dans l’expertise technique et de procédures longues et complexes. Les autorités privilégient souvent des réponses administratives ou des sanctions financières limitées, insuffisantes pour dissuader les acteurs industriels ou économiques impliqués.

La pollution de l’air est identifiée comme l’un des problèmes les plus graves, avec des niveaux élevés de particules fines et de métaux lourds dans plusieurs zones industrielles et urbaines. Cette pollution est associée à une mortalité prématurée significative et à une dégradation durable de la qualité de vie. Les mobilisations citoyennes sont fréquentes mais se heurtent à l’inertie des autorités, à des décisions judiciaires tardives ou à des classements sans suite, alimentant un sentiment d’impunité. La pollution de l’eau illustre également l’échec des mécanismes de prévention, avec des fleuves et des lacs transformés en réceptacles de déchets plastiques, industriels et domestiques, parfois retenus artificiellement par des infrastructures hydroélectriques, créant des accumulations visibles et symboliques d’une gestion défaillante.

Le trafic de déchets et le traitement illégal de substances dangereuses constituent un autre pan important de la criminalité environnementale régionale. Les déchets sont souvent abandonnés, enfouis ou brûlés illégalement, avec des effets à long terme sur les sols et les nappes phréatiques. Ces pratiques sont facilitées par un contrôle insuffisant des filières de gestion des déchets, par l’absence de traçabilité fiable et par des arrangements corruptifs permettant d’éviter inspections et sanctions.

Les atteintes à la faune sauvage et le trafic d’espèces protégées sont décrits comme profondément enracinés. Ils prennent la forme de braconnage, d’empoisonnement intentionnel, de capture et de commerce d’oiseaux et de reptiles, ainsi que de détention illégale d’animaux exotiques. L’empoisonnement illégal apparaît comme une pratique particulièrement destructrice, touchant des espèces menacées et perturbant durablement les écosystèmes. Longtemps non reconnu comme infraction pénale autonome dans certains pays, il demeure rarement poursuivi, faute de moyens d’enquête, de capacités médico-légales adaptées et de volonté judiciaire. Les réseaux impliqués peuvent être locaux, mais répondent aussi à une demande internationale, notamment européenne, ce qui confère à ces trafics une dimension transfrontalière.

La pêche illégale, non déclarée et non réglementée affecte gravement les écosystèmes aquatiques. Elle se développe dans des zones fluviales et lacustres sensibles, parfois transfrontalières, où les compétences se chevauchent et où les contrôles sont rares. Le braconnage de poissons protégés est souvent facilité par des pratiques de corruption et par la faiblesse des inspections. Malgré l’existence de cadres juridiques, leur application reste lacunaire et les sanctions peu dissuasives, contribuant à l’effondrement de certaines espèces locales.

Les crimes forestiers constituent l’un des piliers économiques de la criminalité environnementale dans la région. Les coupes illégales, la fraude sur les volumes de bois déclarés, l’exploitation de zones protégées et le trafic de bois sont largement répandus. Ces activités sont souvent structurées, impliquant des acteurs capables de contourner les contrôles et de bénéficier de complicités locales. La déforestation est aggravée par des incendies volontaires et par l’expansion de projets immobiliers ou touristiques, parfois soupçonnés de servir de vecteurs de blanchiment de capitaux issus d’autres activités criminelles. Les pertes environnementales, économiques et fiscales sont considérables, tandis que les mécanismes de contrôle et de reforestation restent insuffisants ou ponctuels.

Le rapport insiste sur le fait que les statistiques officielles sous-estiment largement la réalité. Les données sont fragmentées, difficilement accessibles et rarement comparables entre pays. Cette opacité renforce la dépendance à l’égard des ONG, des militants environnementaux et de certains médias pour documenter les atteintes et alerter l’opinion publique. Ces acteurs jouent un rôle central mais sont exposés à des pressions, à des campagnes de dénigrement et parfois à des menaces directes, ce qui limite encore la visibilité de ces crimes.

a réponse institutionnelle est jugée insuffisante à tous les niveaux. Les forces de l’ordre manquent de formations spécialisées, les procureurs et les juges disposent rarement d’une expertise environnementale approfondie, et les mécanismes de coopération inter-agences sont faibles. Les engagements internationaux et les cadres juridiques formels existent, mais leur mise en œuvre reste largement théorique. L’écart entre les normes adoptées et leur application concrète constitue l’un des principaux obstacles à une lutte efficace contre ces crimes.

En conclusion, le rapport souligne que les crimes environnementaux dans les Balkans occidentaux ne relèvent pas de faits isolés ou marginaux, mais d’un système criminel enraciné, durable et économiquement rationnel. Leur persistance repose sur l’impunité, la faiblesse des sanctions et l’absence de priorité politique claire. Sans un renforcement massif des capacités institutionnelles, une spécialisation réelle des acteurs judiciaires et policiers, une meilleure coordination régionale et un soutien accru à la société civile, ces crimes continueront de prospérer, avec des conséquences environnementales, sanitaires et sociales à long terme pour la région et au-delà.

Voir le rapport ici
ou https://globalinitiative.net/wp-content/uploads/2025/11/Anesa-Agovic%CC%81-Unveiling-green-crimes-Environmental-crime-in-the-Western-Balkans-GI-TOC-December-2025.pdf

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