Étude de l'Inserm sur la cocaïne en France

INSERM - France | Janvier 2026

L’expertise collective conduite par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) à la demande de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) et du ministère de la Santé s’inscrit dans un contexte d’urgence marqué par la progression continue de la consommation de cocaïne en France et par la transformation rapide des usages. Cette dynamique s’insère dans un phénomène global d’expansion du marché, alimenté par l’augmentation de la production dans les pays andins et par la diversification des routes d’approvisionnement, ce qui complexifie fortement les réponses publiques.

La substance se présente sous deux formes principales, poudre et base, communément appelée crack ou free-base, chacune associée à des contextes d’usage spécifiques. Les modes de consommation varient également, avec une prédominance de l’usage par voie nasale, mais une présence significative de l’inhalation et de l’injection. Cette dernière place désormais la cocaïne parmi les principales substances injectées en France, ce qui traduit l’ancrage du produit dans des pratiques à haut risque sanitaire.

Chez les adolescents, les niveaux d’expérimentation, après une hausse dans les années 2000, connaissent un recul relatif mais restent significatifs. Les écarts entre garçons et filles tendent à se réduire, tandis que des différences marquées apparaissent selon les parcours scolaires, les jeunes les plus éloignés du système éducatif étant les plus exposés. Cette consommation précoce s’inscrit dans des trajectoires où interviennent des facteurs sociaux, familiaux et des usages concomitants d’autres substances.
À l’inverse, la diffusion chez les adultes s’accélère nettement. L’expérimentation et l’usage récent progressent de manière continue, avec des niveaux particulièrement élevés chez les 25-34 ans. Cette progression traduit une banalisation relative du produit, désormais présent dans des milieux variés. Les motivations associées aux usages dépassent le cadre festif et incluent des logiques de performance, de gestion du stress, de sociabilité ou de régulation émotionnelle. Dans certains cas, la consommation s’inscrit dans des pratiques maîtrisées, peu visibles statistiquement, qui ne correspondent pas aux formes les plus problématiques mais participent néanmoins à l’extension du phénomène.

Les milieux professionnels apparaissent comme des espaces de consommation non négligeables, notamment dans des secteurs soumis à des rythmes soutenus ou à une forte pression. La cocaïne y est mobilisée pour maintenir l’endurance, améliorer la concentration ou renforcer les interactions sociales. Dans les environnements festifs, les niveaux d’usage sont particulièrement élevés et s’accompagnent fréquemment de polyconsommations, augmentant les risques associés.

La cocaïne basée constitue un autre axe majeur d’évolution. Longtemps associée à des situations de grande précarité, elle connaît une diffusion plus large, y compris parmi des publics insérés. Ce phénomène est particulièrement visible dans certaines zones urbaines, où se structurent des espaces de consommation marqués par des vulnérabilités sociales fortes, des dynamiques d’exclusion et une stigmatisation importante. Ces usages restent étroitement liés à des parcours de vie fragilisés, mais ne se limitent plus à ces seuls contextes.

Dans les dispositifs de prise en charge, la progression des consommations de cocaïne est nette. La part des usagers concernés augmente, tout comme les demandes de soins. Les profils observés sont majoritairement caractérisés par la polyconsommation, associant notamment alcool et opioïdes. Certains patients sous traitement de substitution aux opiacés recourent à la cocaïne pour retrouver des effets psychoactifs jugés insuffisants, ce qui souligne l’imbrication des différentes dépendances.

L’ensemble de ces éléments met en évidence une recomposition du phénomène cocaïne autour de trois dynamiques principales. La première est une diffusion élargie dans la population adulte, qui dépasse les cadres sociaux traditionnellement associés à cette substance. La deuxième est une diversification des contextes d’usage, allant du festif au professionnel, en passant par les situations de précarité et les parcours de soins. La troisième est une montée des usages problématiques, marquée par la polyconsommation, le recours à l’injection et l’augmentation des prises en charge.

Ce paysage traduit un déplacement du phénomène, désormais ancré dans des réalités sociales multiples et difficilement appréhendable par des approches uniformes. La cocaïne s’impose ainsi comme un produit structurant des dynamiques contemporaines des drogues, au croisement des transformations des marchés, des pratiques sociales et des enjeux sanitaires.

Voir l’étude ici
ou https://www.inserm.fr/wp-content/uploads/2026/02/Inserm_ExpertiseCollective_Cocaine_V2.pdf

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