Rapport sur le commerce illicite 2024 de l'Organisation Mondiale des Douanes
Organisation Mondiale des Douanes | Février 2026
L’Organisation mondiale des douanes (OMD) a publié début 2025 son Illicit Trade Report 2024, rapport annuel de référence compilant les données de saisies soumises volontairement par ses membres (plus d’un million de dossiers issus de plus de 185 administrations douanières). Le rapport couvre six domaines stratégiques : lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, narcotrafic, criminalité environnementale, droits de propriété intellectuelle et sécurité sanitaire, fraude fiscale et contrebande, et sécurité.
Tendances générales et statistiques de saisies
Le rapport enregistre une augmentation globale du taux de réponse des membres par rapport à l’année précédente. L’analyse croisée des volumes saisis et du nombre de cas révèle quatre dynamiques : hausse simultanée des cas et des volumes pour l’or, l’alcool, le cannabis, les précurseurs d’explosifs et les biens culturels ; hausse des cas mais baisse des volumes pour les précurseurs chimiques, les nouvelles substances psychoactives (NPS), les contrefaçons, l’héroïne, les espèces et la cocaïne ; baisse des cas mais hausse des volumes pour les substances psychoactives, les méthamphétamines et les espèces protégées; et baisse simultanée des deux pour les engins explosifs improvisés, les pièces d’armes, les munitions, le fentanyl et les armes à feu.
Les drogues constituent la priorité absolue des administrations douanières membres, suivies par le tabac et la fraude commerciale. Le transport routier demeure le vecteur le plus surveillé, suivi par les voies maritimes et aériennes.
Narcotrafic
Le cannabis est la substance la plus saisie, représentant près de la moitié de l’ensemble des cas déclarés, suivi des substances psychotropes et de la cocaïne. L’Amérique du Nord est la région la plus fréquemment citée comme source, transit ou destination pour les stupéfiants. Les saisies de cocaïne ont baissé de 351 tonnes en 2023 à 282 tonnes, mais restent très supérieures aux niveaux de 2021 (185 tonnes) et 2022 (207 tonnes). Les saisies de fentanyl ont légèrement reculé de 11 à 9 tonnes, avec des détections documentées dans les régions Amériques-Caraïbes, Europe, Afrique occidentale et centrale, Afrique orientale et australe, et Asie-Pacifique : hors États-Unis, la moyenne saisie en 2024 est de 13 kilos par administration.

Une section inédite de cette édition est consacrée aux opioïdes de synthèse. Le rapport souligne trois dangers convergents : leur présence non détectée comme adultérant dans d’autres drogues (des tests conduits dans une salle de consommation à Brême ont révélé la présence de nitazène dans de l’héroïne, confirmée en laboratoire en décembre 2024) ; l’exploitation du régime de franchise douanière pour les petits colis qui facilite les importations discrètes (l’Australian Border Force a détecté 64 importations de nitazènes entre janvier 2023 et septembre 2024, provenant de Hong Kong, du Royaume-Uni et du Canada via le flux postal international) ; et la rentabilité extrême de ces substances du fait de leur puissance : le fentanyl est environ 100 fois plus puissant que la morphine et 50 fois plus que l’héroïne, rendant les petits envois très lucratifs.
Blanchiment et financement du terrorisme

Plus de 22.600 cas liés à la contrebande de devises et de métaux précieux ont été soumis sur la période 2023-2024. La contrebande de devises reste la typologie la plus fréquente. La majorité des cas se concentre dans la tranche 10.000-50.000 dollars, seuil délibérément choisi pour éviter les obligations déclaratives. Les saisies de valeur élevée (au-delà de 500.000 dollars) ne représentent que 0,5% des cas mais comptent pour près de la moitié de la valeur totale confisquée. Les aéroports et les frontières terrestres sont les principaux points de saisie. La messagerie express et le transport corporel sont identifiés comme vecteurs stratégiques : 67% des saisies de barres d’or et 100% des bijoux en or interceptés dans les canaux messagerie ont été identifiés grâce à un ciblage spécifique. Près de 19 tonnes de métaux précieux, principalement de l’or en barres et en bijoux, ont été saisies sur la période, signalant une diversification des méthodes de blanchiment vers les matières précieuses. Des corridors émergents de blanchiment sont identifiés impliquant l’Asie du Sud-Est, l’Afrique de l’Ouest et le Moyen-Orient. Les opérations « Project TENTACLE » et « Project OCTAGON » ont contribué à améliorer les capacités de détection et de reporting. Un cas illustratif est présenté impliquant une organisation basée en Colombie ayant blanchi plus de 6 millions de dollars via le Black Market Peso Exchange, en utilisant des porteurs de fonds pour déposer des espèces dans de multiples comptes bancaires à travers les États-Unis, les Caraïbes et l’Europe.


Complicités internes dans les chaînes logistiques maritimes
Un point saillant de cette édition est la section sur les « internal conspirators« , les complices insérés dans les chaînes d’approvisionnement maritimes. Le rapport WCO sur l' »Infiltration des chaînes logistiques du fret maritime« , publié en juin 2025, estime qu’environ 68% des détections observées en 2023-2024 ont impliqué un degré quelconque de complicité interne dans la chaîne logistique maritime, représentant la saisie d’au moins 548.500 kilos de cocaïne. Les méthodes principales sont : le rip-on/rip-off (378,4 tonnes), les dissimulations dans les structures de conteneurs (66,4 tonnes), les fixations sous la coque (12,2 tonnes) et les largages en mer (71,5 tonnes). Le commerce de bananes est cité comme exemple de vulnérabilité systémique : sur 2.252 détections dans des conteneurs, 564 impliquaient des expéditions déclarées « bananes », dont la majorité avec une origine équatorienne.
Criminalité environnementale

Le trafic d’espèces fauniques a légèrement augmenté de 5% en nombre de cas mais enregistre une hausse spectaculaire de 3.049% en volume de spécimens interceptés. Le trafic d’espèces floristiques a baissé de 14% en nombre mais augmenté de 25% en volume. Le trafic de déchets a progressé de 23% en nombre de cas. Les saisies de substances appauvrissant la couche d’ozone (ODS) et de HFC ont augmenté de 5% en nombre, avec une hausse notable de 96% en volume. Les matières toxiques ont connu une baisse de 19% des saisies mais une hausse de 118% des volumes, tirée par les produits chimiques et pesticides. Les opérations « DEMETER X », « THUNDER 2024 » et « PRAESIDIO III » ont structuré l’action douanière dans ce domaine.

Propriété intellectuelle et sécurité sanitaire
103 membres de l’OMD ont déclaré des saisies liées à la propriété intellectuelle et/ou aux produits médicaux en 2024. Les membres ont signalé 30.842 cas liés à la propriété intellectuelle et 97.806 saisies, aboutissant à la confiscation d’environ 48,6 millions de pièces contrefaites. Pour les produits médicaux, 8.188 cas et 10.312 saisies ont été déclarés, totalisant 148,6 millions de pièces de médicaments illicites. Le e-commerce représente désormais 72,1% des saisies liées à la propriété intellectuelle et 64,7% des saisies de produits médicaux, confirmant sa domination comme vecteur du commerce illicite de contrefaçons. Une tendance à la hausse exponentielle est documentée depuis 2019.
Fraude fiscale et contrebande
109 membres ont déclaré environ 85.000 cas liés au commerce illicite d’alcool et de tabac en 2024, dont plus de 46.000 cas liés au tabac (hausse de 21% par rapport aux 38.000 cas de 2023) et près de 2.900 cas liés à l’alcool (hausse de 28%).

Sécurité : armes légères et explosifs
90 membres de l’OMD ont contribué aux données de sécurité. Une tendance marquée est documentée sur la hausse du trafic de composants critiques d’armes à feu permettant l’assemblage ou la modification illicite d’armes à feu, souvent trafiqués séparément via les services de messagerie et postaux pour compliquer la détection. La production par impression 3D de ces composants est identifiée comme un défi croissant. Les saisies de munitions ont également augmenté nettement en volume. Les armes complètes et les munitions en vrac transitent principalement par voie terrestre (véhicules privés), tandis que les composants de petite taille empruntent les voies aériennes, messageries et postales. Deux opérations majeures sont documentées : « Operation Calypso » dans les Caraïbes, aboutissant à plus de 234 cas incluant armes, munitions, stupéfiants, espèces et or ; et « Operation Secure Horizon » en Europe du Sud-Est et dans la région baltique, avec plus de 153 cas incluant des précurseurs d’explosifs.
Voir le rapport ici
ou https://www.wcoomd.org/-/media/wco/public/global/pdf/topics/enforcement-and-compliance/activities-and-programmes/illicit-trade-report/itr_2024_en.pdf?db=web
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