Cannabis thérapeutique : très faibles bénéfices pour les traitements psychiatriques
The Lancet - Royaume-Uni | Avril 2026Une vaste méta-analyse publiée dans la revue scientifique The Lancet Psychiatry remet en question l’efficacité des cannabinoïdes dans le traitement des troubles psychiatriques et des addictions. Les chercheurs ont passé en revue 54 essais cliniques randomisés publiés entre 1980 et 2025, regroupant 2.477 participants, afin d’évaluer les effets du cannabidiol (CBD), du tétrahydrocannabinol (THC) ou de leurs associations sur un large éventail de pathologies psychiatriques et de troubles liés à l’usage de substances. Les auteurs soulignent que, malgré une forte progression des prescriptions de cannabis médical dans de nombreux pays, les preuves scientifiques disponibles demeurent limitées et souvent de faible qualité.
L’analyse conclut que les cannabinoïdes n’apportent aucun bénéfice clinique démontré dans la prise en charge de nombreux troubles pour lesquels ils sont pourtant parfois prescrits. Aucun effet significatif n’a été observé dans le traitement des troubles anxieux, de la schizophrénie et des autres troubles psychotiques, du syndrome de stress post-traumatique (PTSD), des troubles obsessionnels compulsifs (TOC), des troubles bipolaires, du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), de l’anorexie mentale, de la dépendance aux opioïdes, du tabac ou de la cocaïne. Les auteurs relèvent également qu’aucun essai clinique randomisé n’a évalué les cannabinoïdes dans le traitement de la dépression, alors que cette affection constitue aujourd’hui l’un des principaux motifs invoqués pour obtenir une prescription de cannabis médical dans plusieurs pays.
Quelques résultats favorables apparaissent néanmoins dans un nombre restreint d’indications. Les traitements associant CBD et THC réduisent les symptômes du sevrage chez les personnes souffrant d’un trouble lié à l’usage de cannabis et permettent de diminuer les quantités consommées. En revanche, ils ne favorisent pas de manière significative l’abstinence complète ni la diminution du craving (envie compulsive). Les auteurs estiment que ces résultats s’apparentent davantage à un traitement de substitution qu’à une véritable stratégie de sevrage.
La méta-analyse met également en évidence une réduction de la sévérité des tics chez les personnes atteintes du syndrome de Gilles de la Tourette, principalement avec des traitements combinant CBD et THC. Le CBD administré seul ne montre pas d’efficacité démontrée. Chez les patients souffrant d’insomnie, les cannabinoïdes entraînent une augmentation modeste mais mesurable de la durée totale du sommeil, objectivée par des examens du sommeil, sans amélioration convaincante de la qualité subjective du repos. Deux études portant sur des personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme suggèrent par ailleurs une légère amélioration de certains symptômes comportementaux, mais les auteurs insistent sur le caractère très limité des données disponibles.
À l’inverse, les chercheurs mettent en évidence un résultat préoccupant chez les personnes dépendantes à la cocaïne : les cannabinoïdes sont associés à une augmentation du craving, c’est-à-dire de l’envie irrépressible de consommer la substance, ce qui pourrait s’avérer contre-productif dans le cadre d’une prise en charge des addictions.
Sur le plan de la sécurité, les cannabinoïdes n’augmentent pas la fréquence des événements indésirables graves par rapport au placebo. En revanche, ils provoquent significativement davantage d’effets secondaires bénins, notamment une sécheresse buccale, des nausées, des vertiges, de la somnolence et des troubles digestifs. Les auteurs estiment qu’un effet indésirable supplémentaire survient en moyenne pour sept patients traités.
Les auteurs concluent qu’il existe aujourd’hui un décalage important entre l’essor du cannabis médical dans plusieurs pays et le niveau réel des preuves scientifiques disponibles. Selon eux, les cannabinoïdes ne peuvent actuellement être considérés comme des traitements de référence pour les troubles psychiatriques ou les addictions. Leur utilisation pourrait se justifier dans quelques indications spécifiques, notamment le traitement du syndrome de Gilles de la Tourette, certains troubles du sommeil ou le sevrage du cannabis, mais les données restent insuffisantes pour recommander leur emploi de manière systématique. Les chercheurs soulignent enfin que le recours aux cannabinoïdes ne devrait pas conduire les patients à renoncer aux traitements psychothérapeutiques ou médicamenteux dont l’efficacité est aujourd’hui solidement démontrée.
Voir l’étude ici
ou https://www.thelancet.com/action/showPdf?pii=S2215-0366%2826%2900015-5
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