L'offre de stupéfiants en France en 2024

Observatoire français des drogues et des tendances addictives | Février 2026

L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives a publié une note en février dernier sur l’offre des stupéfiants en France.

Expansion de l’offre mondiale de cocaïne et recomposition des flux européens

La production mondiale de cocaïne atteint un niveau record de plus de 3.700 tonnes en 2023, soit une hausse de 76 % des volumes saisis mondialement entre 2019 et 2023, la cocaïne étant la substance dont les saisies ont le plus fortement progressé parmi les principales drogues illicites. La Colombie porte l’essentiel de cette production, avec environ 2.700 tonnes en 2023 (+53 % en un an). Une extension des cultures est également observée au Venezuela, au Mexique, au Honduras et au Guatemala (+61 % entre 2020 et 2023), dans un contexte de recul marqué des politiques d’éradication, les surfaces éradiquées dans les pays andins ayant chuté de 62 % sur la même période.

En aval, les États membres de l’Union européenne déclarent 419 tonnes de cocaïne saisies en 2023, contre 323 tonnes en 2022, la Belgique, les Pays-Bas et l’Espagne concentrant 72 % de ces volumes. Le durcissement des contrôles dans les grands ports du nord de l’Europe entraîne en 2024 une réorientation des flux vers le sud : les saisies chutent à Anvers, passant de 121 à 44 tonnes, et à Rotterdam, de 45,5 à 25,9 tonnes. Parallèlement, les flux en provenance de la péninsule ibérique vers le nord de l’Europe s’intensifient, les saisies espagnoles atteignant 123,8 tonnes en 2024 contre 117,7 tonnes l’année précédente. Cette recomposition des routes contribue à expliquer la recrudescence du recours aux ports français.

L’Europe au cœur de l’approvisionnement mondial en MDMA

Les saisies mondiales de MDMA retrouvent en 2023 des niveaux comparables à 2020, après un recul lié à la pandémie de Covid-19. La reprise touche la plupart des régions : quadruplement en Asie de l’Est et du Sud-Est (+311 %), quintuplement en Afrique (+446 %), progression de près de 75 % en Europe et en Océanie. Les Amériques font exception, avec une baisse de 63 % en 2023. Sur la période 2019-2024, 82 % des pays identifiés comme lieux d’origine ou de départ des expéditions mondiales se situent en Europe, dont 32 % pour les Pays-Bas, 11 % pour l’Allemagne et 10 % pour l’Espagne, loin devant l’Asie (8 %) et les Amériques (7 %). Les Pays-Bas et la Belgique restent les principaux pôles de production, avec des laboratoires clandestins de plus en plus combinés, produisant simultanément MDMA et méthamphétamine et partageant équipements et procédés. Une diversification géographique de la production apparaît, avec des sites démantelés en Espagne et, dans une moindre mesure, en France, en Pologne et en Suède.

Un marché de la méthamphétamine géographiquement concentré et dynamique

L’Asie de l’Est et du Sud-Est ainsi que l’Amérique du Nord concentrent 83 % des saisies mondiales de méthamphétamine entre 2019 et 2023. En Asie du Sud-Est, les saisies atteignent un record de 236 tonnes en 2024 (+24 % en un an), l’approvisionnement reposant sur des groupes implantés dans le Triangle d’or, notamment en Birmanie, où le coup d’État militaire de février 2021 a affaibli les capacités d’intervention des forces de l’ordre et renforcé la dépendance de certains groupes armés aux revenus du trafic. En Afghanistan, la production se maintient malgré les restrictions talibanes de 2022, les saisies atteignant au premier trimestre 2024 un niveau supérieur de plus de 75 % à celui du troisième trimestre 2021. Le trafic de méthamphétamine demeure très majoritairement intrarégional (80 à 95 % des cargaisons entre 2019 et 2023).

Les ports français en première ligne du trafic de cocaïne

En 2024, 78 % des saisies de cocaïne en France transitent par voie maritime, soit 41,8 tonnes, réparties entre 20,8 tonnes lors d’arraisonnements en mer, 16,8 tonnes saisies dans les ports et 4,2 tonnes récupérées lors d’opérations de drop off (largage de ballots géolocalisés récupérés par de petits bateaux). Le fret conteneurisé reste le principal vecteur logistique. La méthode du rip on/rip off (introduction de marchandise illicite dans des conteneurs légaux) tend à être délaissée au profit de la dissimulation dans le fret de sociétés créées spécifiquement pour le trafic ou dont l’identité a été usurpée, les organisations multipliant les envois licites pour saturer les capacités de contrôle.

Le port du Havre, sécurisé depuis mars 2023 par le système TCT (token code for truckers), avait vu son usage temporairement diminuer cette année-là. En 2024, les réseaux ont adapté leurs modes opératoires et les saisies y bondissent de 5,3 à 14,4 tonnes. Le port de Dunkerque, troisième port français, apparaît de plus en plus vulnérable, illustré par la saisie en mars 2025 de près de 10 tonnes de cocaïne dans un conteneur en provenance de Guadeloupe, contre seulement 157 kilos interceptés en 2024. Les ports secondaires (Rouen, Nantes-Saint-Nazaire/Montoir-de-Bretagne, Gennevilliers) et certaines baies isolées propices aux largages en mer sont également pointés comme vulnérables.

Une diversification des provenances des mules

1.640 mules sont interpellées en 2024, portant sur une saisie totale de 6 tonnes de drogues. 60 % proviennent des Antilles et de la Guyane (3,2 tonnes de cocaïne saisies). L’axe aérien Cayenne-Paris, historiquement majeur, sert aussi à l’échange de résine marocaine contre de la cocaïne sud-américaine. Le dispositif « 100 % contrôle » à l’aéroport de Cayenne, en vigueur depuis fin 2022, fait chuter les interpellations à Paris en provenance de Cayenne de 334 (2022) à 120 (2024). En réponse, les réseaux réorientent leurs flux vers la Guadeloupe, la Martinique et Saint-Martin : les interpellations liées à la Martinique augmentent de 184 % en 2024. Les mules en provenance du Brésil se multiplient également (55 % des mules interpellées à São Paulo avaient la France pour destination en 2024), de même que celles en provenance du Pérou (liaison Lima-Paris) et d’Afrique de l’Ouest, les aéroports parisiens servant de hubs de redistribution vers d’autres pays européens.

Le transport par bus de voyage progresse aussi, pour des quantités plus modestes (10 à 15 kilos), reliant principalement Belgique et Pays-Bas à Paris via la gare routière de Lille, avec des flux retour depuis l’Espagne pour cocaïne, produits de synthèse et cannabis.

Les dark markets, un canal reposant sur des savoir-faire techniques

Les dark markets, accessibles via le dark web et le clear web, fonctionnent majoritairement en cryptoactifs et acheminement postal. Les plateformes les plus actives sont Abacus Market, Archetype, Dark Matter, Drughub et Cocorico Market, cette dernière se distinguant par une clientèle exclusivement française quand les autres visent un public international. On y trouve cannabis (résine, fleurs, liquides concentrés), cocaïne, opioïdes (héroïne, oxycodone, méthadone), psychédéliques (LSD, DMT, champignons) et une large gamme de synthèse (STA, kétamine, GHB, NPS). Des systèmes de réputation vendeur (retours d’expérience, historique, ancienneté) et des intermédiaires rémunérés (escrows) limitent les risques d’arnaque. L’usage exige une maîtrise technique significative (paiement crypto, chiffrement, navigation dark web), nécessitant parfois plusieurs semaines d’apprentissage, en échange de prix jugés attractifs et d’une grande diversité de produits, notamment de synthèse.

Un marché caractérisé par sa capacité d’adaptation

Les modalités de vente se diversifient : livraison, envoi postal, vente de rue, points fixes ou éphémères, avec des pratiques inspirées de l’économie légale (marketing, fidélisation, garanties de délai, présence lors d’événements festifs). Les paiements s’étendent aux virements bancaires, solutions en ligne et cryptomonnaies. Le recours aux outils numériques touche désormais aussi les publics précarisés, via des achats groupés pour atteindre les minimums de commande, et un démarchage direct par SMS ou appel envers les usagers les plus fragiles. Les meetups (rendez-vous fixés à l’avance via applications sécurisées) se généralisent, réduisant les risques et permettant parfois des tarifs plus avantageux. Les réseaux s’adaptent aussi aux opérations « Place nette », en recourant à des lieux temporaires ou discrets, notamment des locations de courte durée.

Une offre de cannabis en recomposition

Diversification des variétés et qualités, avec des « packs découvertes » mêlant fleurs et résine. Émergence de produits non fumables (edibles au THC, puffs jetables, liquides de vapotage), ciblant potentiellement une clientèle non fumeuse. Diversification des provenances de l’herbe : aux côtés du Maroc et de l’Espagne, des volumes croissants viennent de Thaïlande, des États-Unis et du Canada, pays dotés de marchés légaux : 2,3 tonnes en provenance des États-Unis en 2024 (contre 1,2 tonne en 2022) et 1,8 tonne depuis la Thaïlande, transitant majoritairement par voie aérienne (fret et passagers).

Une augmentation des enquêtes liées aux médicaments stupéfiants

5.521 enquêtes ouvertes en 2024 (+43 % par rapport aux 3 862 de 2023), la plus forte progression en sept ans, possiblement liée à une sensibilisation accrue des forces de l’ordre. Kétamine, prégabaline, méthadone et morphine concentrent près de 80 % des faits. Plus fortes progressions : kétamine (+82 %, passée de moins de 200 faits en 2017 à plus de 800 en 2023, soit +380 % sur la période) et méthadone (+94 % en 2024, après une quasi-stagnation entre 2017 et 2023).

Détail des enquêtes et prix courants : kétamine 1.532 enquêtes en 2024 (840 en 2023), 20 à 30 € le gramme ; prégabaline 1.331 enquêtes, 2 à 3 € le comprimé 300 mg ; méthadone 847 enquêtes, 5 € la fiole de 60 mg ou 3 à 5 € la gélule 40 mg ; morphine 649 enquêtes, 3 à 10 € la gélule de 100 ou 200 mg ; clonazépam 467 enquêtes ; buprénorphine 404 enquêtes, 2 à 5 € le comprimé de 8 mg.

Les unités de vente vont de la boîte complète à la gélule à l’unité, avec les gares et certains quartiers populaires comme lieux de vente privilégiés. Méthadone et Subutex sont parfois revendus à proximité des centres de soins qui les délivrent. Le trafic de prégabaline (Lyrica, plaquettes de Breika originaires de Grèce) se distingue par son ampleur et sa structuration internationale, illustrée par le démantèlement en 2024 d’un réseau après la saisie de plus de 10.000 comprimés sur une passagère en provenance de Grèce en octobre 2023 ; une partie provient aussi d’Inde.

La cocaïne gagne en part relative dans les infractions pour trafic

52.300 personnes mises en cause pour trafic de stupéfiants en 2024, 290.400 pour usage. Le cannabis reste la substance la plus impliquée (92 % des mises en cause pour usage, soit 260.900 personnes ; 78 % pour trafic, soit 39.400). La cocaïne est deuxième (29.500 pour usage, 21.900 pour trafic), suivie de l’héroïne (5.700 / 3.900) et de la MDMA/ecstasy (5.500 / 3.200). Ces quatre substances concentrent à elles seules 99 % des mises en cause. Depuis 2020, les mises en cause progressent de 6 % par an pour le trafic et 16 % pour l’usage, cette dernière évolution étant largement liée aux amendes forfaitaires délictuelles, qui concernent désormais plus des deux tiers des mises en cause pour usage. La part du cannabis dans les infractions pour trafic recule de 83 % en 2016 à 78 % en 2024, au profit de la cocaïne (+176 % depuis 2016, passant de 23 % à 43 % de part relative) et de la MDMA/ecstasy (+118 %).

Les infractions sont très concentrées territorialement : en 2022, 10 % des communes concentrent 93 % des mis en cause pour usage et 98 % pour trafic. Elles sont plus fréquentes dans les zones urbanisées, frontalières, touristiques ou dotées d’infrastructures de transport, et corrélées à un niveau de vie plus faible et un taux de chômage plus élevé.

Une baisse des violences liées au trafic en 2024

367 assassinats et tentatives recensés en 2024 (110 décès, 341 blessés), presque tous liés au trafic de stupéfiants, soit une baisse de 12 % par rapport au pic de 2023 (418 faits), mais un niveau restant supérieur à 2022 (303) et 2021 (275) : progression de 33 % entre 2021 et 2024. 173 communes concernées en 2024 contre 161 en 2023. Marseille, Grenoble et Toulouse restent les plus touchées, mais la hausse la plus marquée touche des villes moyennes comme Villeurbanne (10 faits contre 1 en 2023) ou Échirolles (9 contre 2). Ces violences se diversifient au-delà des homicides : enlèvements, séquestrations, mutilations (« jambisation »), incendies criminels, souvent exécutés par des individus extérieurs au réseau, recrutés spécifiquement. À Marseille, principal foyer de violences en 2023 en raison d’un conflit entre deux organisations, la situation s’apaise nettement en 2024 après l’arrestation de figures centrales des deux groupes : baisse de 82 % des homicides et tentatives dans les Bouches-du-Rhône, de 60 % à Marseille (45 faits contre 86, 24 décès contre 49), accompagnée d’une chute de 34 % des saisies d’armes à feu dans le département (209 armes contre 319).

La violence relève principalement de logiques de concurrence entre réseaux (contrôle de points de deal, monopoles territoriaux, relations de dépendance imposées), de vols de marchandises, et de recouvrement de dettes envers des acteurs subalternes ou des consommateurs endettés, parfois exposés via la diffusion de leur photo sur les plateformes de vente. Ces violences peuvent être filmées à des fins d’intimidation. Les phases d’instabilité (arrestation ou décès de figures centrales, sortie de détention de membres influents) créent des opportunités pour des groupes rivaux d’accroître leur emprise.

L’offre de résine et d’herbe de cannabis en France

Le cannabis reste la drogue illégale la plus consommée en France, avec près de 5 millions d’usagers en 2023. Les volumes consommés ayant fait l’objet d’une transaction marchande sont estimés à 397 tonnes (valeur centrale, entre 261 et 533 tonnes), pour un chiffre d’affaires estimé à 2,7 milliards d’euros, en hausse de 144 % par rapport à 2010, expliquée par la hausse du prix de vente et l’augmentation de la part des consommateurs réguliers.

Les saisies totales chutent à 101 tonnes en 2024 (-19 % par rapport à 2023, deuxième année consécutive de baisse), tirées par le recul de la résine : 64,7 tonnes contre 87 tonnes en 2023 (-26 %). L’herbe recule plus légèrement, de 37,7 à 36,3 tonnes (-4 %). Les saisies de pollen de cannabis progressent en revanche fortement, de 5,6 tonnes en 2022 à 20,3 tonnes en 2024. L’évolution complète 2014-2024 montre une trajectoire globale ascendante jusqu’à un pic en 2022 (128,6 tonnes), suivie d’un recul en 2023 (124,7 tonnes) puis 2024 (100,9 tonnes).

Les saisies de plants chutent de 40 % en 2024, à 67.607 unités, dont 61 % provenant des outre-mer. La Gendarmerie nationale réalise 81 % de ces saisies. La culture en extérieur reste la plus fréquente (41 % des cas, contre 25 % en intérieur), les grandes cultures ultramarines profitant du climat, tandis que dans l’Hexagone les départements frontaliers du Nord sont les plus exposés à la culture industrielle ; les cultures dépassant 500 plants sont généralement en intérieur pour limiter les risques de détection. Le vecteur routier reste dominant dans la logistique (68 % du cannabis saisi acheminé par la route).

La teneur moyenne en THC de la résine atteint 29,6 % en 2024, en hausse continue de 86 % depuis 2012 (15,9 %), attribuée à l’introduction de variétés hybrides européennes revendues aux agriculteurs marocains. La teneur de l’herbe reste stable à 14,3 % (14,1 % en 2023).

Concernant les prix, à l’exportation depuis le Maroc, la résine s’établit à 645 € le kilo. En Espagne, principal pays de transit, le prix de gros baisse de 1.943 € à 1.831 €/kg. En France, le prix de gros de la résine recule légèrement à 3.100 €/kg (contre 3.206 € en 2023, -3 %), le détail restant stable autour de 8 €/g (entre 7 € et 9 €). Ajusté à la hausse de teneur en THC, le prix du gramme de THC pur a baissé de 28 % depuis 2012 (de 38 € à 27 €) ; ajusté à l’inflation, le prix réel passe de 6 € en 2012 à 6,38 € en 2024. Pour l’herbe, le prix à l’exportation depuis l’Espagne baisse de 2.109 € à 1.815 €/kg (-14 %), le prix de gros français de 4.852 € à 4.329 €/kg (-11 %), le détail restant stable à 10 €/g (fourchette 8-11 €). Le prix du gramme de THC pur recule légèrement, de 73 € en 2012 à 70 € en 2024 ; ajusté à l’inflation, quasi-stagnation de 8 € à 7,97 €. Les produits très concentrés (wax, dry, extraits filtrés) se négocient entre 20 € et 50 € le gramme.

L’offre de cocaïne en France

47 tonnes de cocaïne (valeur centrale, entre 22 et 72 tonnes) auraient été consommées en France en 2023, pour un chiffre d’affaires estimé à 3,1 milliards d’euros, un quasi-doublement par rapport à 2017 (1,7 milliard), qui dépasse pour la première fois celui du cannabis. Le crack représente 4,7 tonnes consommées, pour 311 millions d’euros de chiffre d’affaires (+44 % depuis 2017).

Les saisies atteignent un record de 53,5 tonnes en 2024 (+130 % par rapport à 2023), portées par la hausse de production mondiale, la position géographique stratégique de la France (zone de transit entre Pays-Bas/Espagne et proximité des zones de production sud-américaines et antillaises via les outre-mer). Depuis 2020, le seuil des 20 tonnes annuelles est systématiquement franchi, mais 2024 marque un ordre de grandeur inédit. L’évolution 2014-2024 montre une trajectoire de 7 tonnes en 2014 à 53 tonnes en 2024, avec une accélération nette après 2021.

La teneur moyenne des saisies atteint 74,3 % en 2024 (73,6 % en 2023), en hausse de 41 % depuis 2014 (52,6 %). L’usage de produits de coupe diminue : 32 % des échantillons en contenaient en 2024, contre 34 % en 2023 et 41 % en 2022, le lévamisole restant l’agent le plus fréquent bien qu’en net recul.

Côté prix, l’exportation depuis la Colombie s’établit à 950 €/kg (-5 % par rapport à 2023), contre 2.871 €/kg pour le Pérou (+10 %) et 2.136 €/kg pour la Bolivie (-4 %). Le prix de gros français recule à 29.800 €/kg (-9 %). Le détail connaît une baisse inédite de 12 %, à 58 €/g contre 66 € en 2023, avec des prix pouvant descendre à 40-50 € en grandes villes, se situer entre 60 et 70 € en zones excentrées ou festives, et dépasser 100 € en stations de ski. Compte tenu de la hausse de teneur, le prix du gramme de cocaïne pure recule de 37 % en dix ans (123 € en 2014 contre 77 € en 2024) ; ajusté à l’inflation, la baisse réelle est de 28 % (64 € à 46 €). Le fractionnement croissant des unités de vente renforce l’accessibilité pour les usagers à faibles revenus.

L’offre d’héroïne en France

8,2 tonnes d’héroïne (valeur centrale, entre 5,5 et 10,9 tonnes) auraient été consommées en France en 2023, pour un chiffre d’affaires de 232 millions d’euros. L’héroïne reste disponible principalement en Île-de-France, dans le Grand Est, en Auvergne-Rhône-Alpes et dans les Hauts-de-France, avec de fortes variations spatio-temporelles de disponibilité, prix et composition.

Après une hausse continue entre 2018 et 2022 (pic à 1,4 tonne), les saisies reculent à 1,1 tonne en 2023 puis 1 tonne en 2024, un niveau qui reste néanmoins supérieur à une tonne pour la septième année consécutive. La France joue un rôle de transit, notamment vers le Royaume-Uni : 11 % de l’héroïne saisie en 2024 serait destinée à d’autres pays. Belgique et Pays-Bas restent les principaux pays de provenance, le vecteur routier dominant. La DNRED signale une hausse marquée (x8) des saisies de dérivés d’héroïne et d’opium en provenance d’Inde, notamment par voie aérienne, majoritairement issus de l’industrie pharmaceutique légale indienne.

La teneur moyenne chute à 12,7 % en 2024 (15,8 % en 2023, 18,6 % en 2022). La quasi-totalité de l’héroïne base analysée est coupée (98,9 %), l’association caféine-paracétamol étant de loin la principale modalité d’adultération. Cette forte variabilité des teneurs peut entraîner des reports vers d’autres opioïdes ou la cocaïne chez les usagers en recherche d’effets plus puissants, tandis que la présence ponctuelle d’héroïne plus concentrée peut engendrer des surdoses. Des perturbations d’approvisionnement et des cas d’adultération aux cannabinoïdes de synthèse sont observés en 2024, ainsi que la découverte en Seine-Saint-Denis d’héroïne blanche très concentrée, quasiment dépourvue d’alcaloïdes naturels du pavot et d’adultérants.

Côté prix, le kilogramme à l’exportation depuis l’Afghanistan est estimé à 1.908 €, le prix de gros français à 16.031 € (en hausse, contre 14.600 € en 2023 et 15.000 € en 2022). Le détail moyen s’établit à 32 €/g (28 € en 2023, 30 € en 2022), avec une variabilité de 10 à 60 €/g selon les territoires et réseaux, les prix au-delà de 40 € étant présentés comme « meilleure qualité ». La vente fractionnée (10 ou 20 € l’unité) reste fréquente, notamment à Lille, Lyon, en Bretagne et en Seine-Saint-Denis.

L’offre de stimulants de type amphétaminique (STA) en France

Le marché est largement dominé par la MDMA/ecstasy : 65,6 millions de comprimés consommés estimés en 2023 (+480 % depuis 2010, poussée principalement entre 2010 et 2017), pour un chiffre d’affaires de 312,5 millions d’euros, la plus forte progression en valeur de toutes les drogues illicites sur la période (+637 % depuis 2010). Une nouvelle présentation, le Pikachu, apparaît en Guyane : une préparation liquide en fiole colorée en forme de sucette, destinée à être versée dans des boissons alcoolisées et ciblant un public jeune. Le marché des amphétamines progresse aussi fortement, à 5,6 tonnes consommées estimées en 2023 (+600 % en treize ans), pour 73 millions d’euros de chiffre d’affaires, bien que d’ampleur plus limitée que la MDMA. La méthamphétamine reste marginale dans l’Hexagone, mais un marché spécifique s’est développé en Polynésie française sous forme cristallisée (ice) depuis le début des années 2010.

>Les saisies de MDMA/ecstasy atteignent un niveau historique de plus de 9 millions de comprimés en 2024 (9.090.510, soit +123 % par rapport aux 4.072.704 de 2023), expliqué en grande partie par deux opérations exceptionnelles : 2.168.000 comprimés en mai 2024 et 3.852.000 en octobre 2024, toutes deux destinées à l’Afrique du Nord. La France confirme son rôle de territoire de transit et de rebond, principalement vers l’Afrique du Nord et le Royaume-Uni, via des mules empruntant les voies aériennes ou maritimes, et des caches aménagées dans des véhicules. En 2024, 75 % des saisies à destination connue étaient acheminées vers l’étranger (70 % en 2023). 22 % des saisies d’amphétamine/méthamphétamine à destination identifiée visaient également des marchés extérieurs. Les saisies d’amphétamine et méthamphétamine, sans tendance linéaire, bondissent en 2024 à 618 kilos contre 265 kilos en 2023 (+133 %), une hausse ponctuelle à interpréter avec prudence.

La teneur moyenne des comprimés de MDMA/ecstasy atteint 32,9 % en 2024 (30,7 % en 2023), globalement stable depuis une décennie (entre 28 % et 37 %) mais en légère baisse depuis 2019. La teneur de l’amphétamine (poudre/pâte) s’établit à 28 % (24 % en 2023), celle de la méthamphétamine à 66 % (73 % en 2023) — résultats à interpréter avec prudence en raison du faible nombre d’analyses.

Côté prix, le comprimé d’ecstasy reste globalement stable depuis 2015 autour de 10 €, avec une légère baisse en 2024 à 9 € ; ajusté à l’inflation, le prix réel recule de 9,83 € (2015) à 7,17 € (2024). Le prix de gros de la MDMA, après une forte baisse entre 2012 et 2022 (2 500 € à 1 500 € les 1 000 comprimés, -40 %), remonte en 2024 à 1 957 €. Le prix courant de la MDMA en poudre ou cristaux se situe entre 30 et 40 €/g, avec des tarifs dégressifs. Pour les amphétamines, le prix de gros poursuit sa hausse à 5 715 €/kg (5 342 € en 2023, 5 150 € en 2022), le détail passant de 10 €/g en 2022 à 12 € en 2024 ; le « speed », souvent adultéré à la caféine et vendu en contexte festif, se négocie entre 15 et 20 €/g, avec des prix bas à 10 €.

Voir la note ici
ou https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2026-02/note-offre-stupefiants-2024.pdf

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