Cannabis : quand l’exposition précoce au THC dérègle les circuits de la mémoire

Journal of Biological Chemistry - États-Unis | Mai 2026

Une étude publiée en 2026 dans le Journal of Biological Chemistry s’est intéressée aux conséquences d’une exposition au THC (tétrahydrocannabinol) pendant le développement du cerveau. Le THC est la principale substance responsable des effets psychoactifs du cannabis.
L’expérience a été menée sur des rats. Des femelles ont reçu quotidiennement du THC pendant leur gestation et durant les premiers jours suivant la naissance de leurs petits. Les chercheurs ont ensuite attendu que ceux-ci atteignent l’adolescence pour étudier leur mémoire et leur cerveau.

Le premier résultat est assez net : les animaux exposés au THC présentent plus tard des difficultés dans certaines tâches de mémoire. Ces troubles apparaissent alors que l’exposition au THC a cessé depuis longtemps. Il ne s’agit donc pas des effets immédiats de la drogue, mais de conséquences associées à une exposition intervenue pendant une période où le cerveau était encore en développement.
Les chercheurs se sont particulièrement intéressés à l’hippocampe, une région du cerveau essentielle à l’apprentissage et à la formation des souvenirs. Pour fonctionner correctement, les neurones doivent maintenir un équilibre entre deux types de signaux. Certains stimulent l’activité des cellules nerveuses ; d’autres servent au contraire de frein et diminuent cette activité. On pourrait comparer le système à une voiture qui a besoin simultanément d’un accélérateur et d’un frein correctement réglés. Chez les rats exposés au THC, cet équilibre est modifié : le « frein » neuronal prend davantage le dessus sur « l’accélérateur ». Les circuits de l’hippocampe deviennent ainsi moins capables de modifier et de renforcer leurs connexions lorsque le cerveau doit apprendre ou mémoriser quelque chose.

Normalement, lorsqu’un souvenir se forme, certaines connexions entre les neurones deviennent durablement plus efficaces. Ce phénomène, appelé potentialisation à long terme, constitue l’un des mécanismes fondamentaux de la mémoire. Chez les animaux exposés au THC, cette capacité est diminuée. À l’inverse, le mécanisme permettant d’affaiblir certaines connexions est davantage présent.

Le cerveau possède naturellement un système endocannabinoïde. Celui-ci n’existe évidemment pas pour recevoir du cannabis : il utilise des molécules fabriquées par l’organisme pour réguler de nombreuses fonctions cérébrales. Le THC peut agir sur ce système parce qu’il se fixe notamment sur les récepteurs cannabinoïdes CB1. Or ces récepteurs jouent un rôle important pendant le développement du cerveau. Une exposition répétée au THC à cette période semble provoquer une réorganisation durable de leur fonctionnement et de leur localisation dans l’hippocampe.
Les chercheurs constatent paradoxalement davantage de récepteurs CB1 dans certaines zones, mais ceux-ci ne sont plus nécessairement placés aux endroits où ils devraient normalement exercer leur fonction. Le système chargé de réguler l’activité des neurones se retrouve donc en partie désorganisé.

Les chercheurs n’observent pas simplement ce qui arrive au cerveau pendant qu’il est soumis au THC. Ils constatent des anomalies plusieurs semaines après la fin de l’exposition, lorsque les animaux atteignent l’adolescence. L’exposition pendant une période critique du développement semble donc avoir laissé une empreinte durable sur l’organisation et le fonctionnement de certains circuits cérébraux.

Ces résultats ne permettent cependant pas d’affirmer qu’un enfant exposé au cannabis pendant la grossesse développera nécessairement des troubles de mémoire ou une baisse de ses capacités intellectuelles. L’expérience est réalisée sur des animaux et avec un protocole d’exposition contrôlé. Le développement du cerveau humain, les doses réellement consommées, la fréquence de consommation, les autres substances éventuellement utilisées et de nombreux facteurs sociaux ou médicaux rendent la situation humaine beaucoup plus complexe.

L’intérêt de cette étude est différent : elle apporte une explication biologique possible à l’association entre exposition au cannabis pendant le développement et difficultés cognitives. Elle montre expérimentalement qu’une exposition au THC à une période où le cerveau se construit peut modifier durablement les mécanismes neuronaux indispensables à la mémoire.

Voir l’étude ici
ou https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC13315650/pdf/main.pdf

Désolé, cette page est seulement accessible aux abonnés de crimorg.com!