Drogues chez les adolescents : forte décrue du cannabis et des produits illicites

Observatoire Français des Drogues et des Tendances Addictives | Février 2026

Publiée en février 2026, la note de l’enquête nationale EnCLASS présente les consommations de substances psychoactives des collégiens et lycéens français en 2024. Réalisée entre mars et juin auprès de 11.397 élèves, de la sixième à la terminale, elle confirme une tendance engagée depuis plusieurs années : la majorité des indicateurs de consommation de tabac, de cannabis et de drogues illicites continuent de diminuer chez les adolescents. Deux évolutions se distinguent cependant de cette tendance générale : la reprise de l’expérimentation de l’alcool et surtout la progression de l’usage quotidien de la cigarette électronique chez les lycéens.

La baisse est particulièrement spectaculaire pour le cannabis. En 2024, 16,1 % des lycéens déclarent en avoir déjà consommé, contre 22,5 % deux ans auparavant. L’usage au cours des douze derniers mois chute de 17,6 % à 11,4 % et l’usage au cours des trente derniers jours de 10,6 % à 6,5 %. L’usage régulier, défini comme au moins dix consommations au cours du mois, concerne 2,2 % des lycéens contre 2,9 % en 2022 ; cette dernière différence n’est toutefois pas statistiquement significative.

Le recul apparaît beaucoup plus nettement encore lorsqu’on remonte à 2011. À cette date, 48,6 % des lycéens avaient déjà expérimenté le cannabis, contre 16,1 % en 2024. L’usage dans l’année est passé de 40,5 % à 11,4 %, l’usage dans le mois de 26,9 % à 6,5 % et l’usage régulier de 8,1 % à 2,2 %. Autrement dit, l’expérimentation du cannabis a été divisée par trois en treize ans et l’usage récent approximativement par quatre.

L’entrée dans la consommation reste toutefois fortement liée à l’avancée dans la scolarité. Seuls les élèves à partir de la troisième ont été interrogés sur le cannabis, son usage étant considéré comme rare avant cet âge. En troisième, 7,4 % déclarent avoir déjà essayé le produit. La proportion atteint 10,1 % en seconde, 18,1 % en première et 21 % en terminale. L’usage dans l’année passe parallèlement de 4,6 % en troisième à 14,5 % en terminale. Les garçons déclarent plus souvent consommer que les filles : parmi les lycéens, 17,4 % des garçons contre 14,9 % des filles ont expérimenté le cannabis ; pour l’usage dans le mois, les proportions sont respectivement de 7,9 % et 5,2 %.

Cette diminution générale ne signifie cependant pas la disparition des consommations problématiques. Le Cannabis Abuse Screening Test (CAST) estime qu’environ un consommateur de cannabis dans l’année sur quatre, 24,9 %, présente un risque élevé d’usage problématique ou de dépendance. Rapportée à l’ensemble de la population lycéenne, cette proportion représente environ 60.000 jeunes en 2024. Le phénomène concerne 3,3 % des garçons et 2,2 % des filles. Fait notable, la proportion de consommateurs présentant un risque élevé demeure relativement stable depuis l’introduction du CAST en 2011 : le nombre de jeunes concernés diminue surtout parce qu’il y a beaucoup moins de consommateurs.

La tendance n’est pas propre au cannabis. En 2024, 4,9 % des lycéens déclarent avoir expérimenté au moins une substance illicite autre que le cannabis, contre 6,6 % en 2022. En 2011, cette proportion atteignait encore 12,6 %. Elle a donc été divisée par environ 2,5 en treize ans.

Les niveaux restent faibles pour chaque produit pris séparément. En 2024, l’expérimentation concerne 2 % des lycéens pour la cocaïne, 1,8 % pour la MDMA/ecstasy, 1,6 % pour les amphétamines et 1,3 % pour la méthamphétamine. Le crack concerne 1,2 %, les champignons hallucinogènes et le GHB 1,1 %, le LSD 1 %, la kétamine 0,9 % et l’héroïne 0,8 %. Pour ces produits, il faut toutefois interpréter avec prudence les variations annuelles : les effectifs concernés dans l’échantillon sont parfois inférieurs à une centaine d’élèves.

Entre 2022 et 2024, la plupart de ces niveaux sont statistiquement stables. Deux évolutions ressortent néanmoins. L’expérimentation des champignons hallucinogènes diminue de 2,2 % à 1,1 %, tandis que celle de la méthamphétamine augmente de 0,8 % à 1,3 %. Cette dernière progression est statistiquement significative, même si elle porte sur des niveaux de consommation très faibles.

L’enquête mesure par ailleurs pour la première fois deux familles de nouveaux produits de synthèse. Les cannabinoïdes de synthèse auraient été expérimentés par 3,4 % des lycéens, soit une proportion supérieure à celle déclarée pour la cocaïne ou la MDMA. Leur expérimentation apparaît deux fois plus fréquente chez les garçons que chez les filles, 4,6 % contre 2,3 %. Les cathinones de synthèse restent beaucoup plus marginales, avec 0,8 % d’expérimentation.

L’OFDT appelle cependant à une forte prudence concernant les 3,4 % de cannabinoïdes de synthèse. Des enquêtes antérieures ont montré un nombre important de faux positifs : lorsque les adolescents ayant déclaré en avoir consommé devaient préciser le produit, seulement 10 % citaient réellement un cannabinoïde de synthèse, tandis que plus de la moitié mentionnaient une forme de cannabis classique, certains considérant notamment la résine comme un « produit de synthèse ». Le niveau réel pourrait donc être sensiblement inférieur à celui déclaré.

À côté des stupéfiants proprement dits, le protoxyde d’azote conserve une diffusion non négligeable. En 2024, 5,8 % des lycéens déclarent en avoir déjà consommé et 2,4 % au cours de l’année. Contrairement au cannabis et à la plupart des autres produits, cette expérimentation ne diminue pas : elle concernait déjà 5,4 % des lycéens en 2022. L’OFDT souligne cette stabilité malgré les campagnes de prévention et les mesures de régulation mises en œuvre ces dernières années.

La baisse de la consommation s’accompagne d’une diminution de l’accessibilité perçue de plusieurs produits. En 2024, 30,8 % des lycéens considèrent néanmoins qu’il leur serait assez facile ou très facile de se procurer du cannabis. La proportion tombe à 13,5 % pour la cocaïne, 9,5 % pour la MDMA/ecstasy et 8 % pour les amphétamines.

Sur longue période, la disponibilité perçue du cannabis recule fortement. La proportion de lycéens jugeant qu’il leur serait « très facile » de s’en procurer est passée de 23,1 % en 2011 à 14,1 % en 2024. La perception de l’accessibilité de la cocaïne est en revanche restée statistiquement stable.

Cette évolution est importante car elle accompagne une transformation beaucoup plus large de l’environnement social des adolescents. En 2011, 35,1 % des lycéens déclaraient qu’au moins la moitié de leurs amis consommaient du cannabis ; ils ne sont plus que 6,3 % en 2024. Inversement, la proportion déclarant n’avoir aucun ami consommateur de cannabis est passée de 19,1 % à 71,9 %.

Le lien entre entourage et expérimentation est extrêmement marqué : 67,4 % des lycéens dont au moins la moitié des amis consomment du cannabis l’ont eux-mêmes essayé, contre seulement 5,7 % de ceux qui ne comptent aucun consommateur parmi leurs amis. Les auteurs soulignent donc un phénomène potentiellement auto-entretenu : lorsque les consommations deviennent moins fréquentes dans les groupes de jeunes, elles deviennent également moins « normales », ce qui peut contribuer à leur recul.


Répartition des lycéens en fonction du nombre d’amis qui consomment de l’alcool, du tabac ou du cannabis

Autre transformation notable : les adolescents apparaissent davantage sensibilisés aux risques associés au cannabis. En 2024, 78,1 % des lycéens considèrent qu’une consommation régulière de cannabis comporte un risque important pour la santé. Pour une simple expérimentation, le jugement est beaucoup moins sévère : 29,2 % considèrent qu’essayer une ou deux fois constitue un risque important, 24,2 % un risque modéré, 28 % un risque léger et 12,8 % aucun risque.

Mais la comparaison historique révèle une évolution considérable. Entre 2015 et 2024, la proportion jugeant l’usage occasionnel du cannabis modérément ou fortement dangereux est passée de 56 % à 74 %. Pour la seule expérimentation, elle est passée de 31,2 % à 53,4 %. La dangerosité attribuée à l’usage régulier était déjà très élevée et reste proche d’un plafond.


Évolution de la part des lycéens estimant que les usages de substances constituent un risque modéré ou important

Le même mouvement touche certaines drogues dites « dures ». Entre 2018 et 2024, la proportion de lycéens considérant l’expérimentation de cocaïne comme présentant un risque modéré ou important est passée de 69,2 % à 73,5 %, et celle concernant la MDMA/ecstasy de 64,2 % à 67,4 %. Pour l’usage régulier, les perceptions sont très défavorables : 82 % considèrent la cocaïne comme présentant un risque important, 75,6 % la MDMA/ecstasy et 74,2 % les amphétamines.

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Tabac : une chute historique, mais le vapotage prend le relais

La transformation est tout aussi spectaculaire pour la cigarette. En 2024, seuls 7,7 % des collégiens et 30,6 % des lycéens ont déjà fumé du tabac. Le tabagisme quotidien concerne respectivement 0,9 % et 5,6 %. Depuis 2010, l’expérimentation a été divisée par quatre chez les collégiens et par deux chez les lycéens, tandis que le tabagisme quotidien des lycéens a été divisé par cinq.

Cette évolution est cependant partiellement contrebalancée par la cigarette électronique. 46 % des lycéens l’ont déjà expérimentée, 25,3 % ont vapoté au cours du dernier mois et surtout 6,8 % vapotent quotidiennement, contre seulement 3,8 % en 2022. L’usage quotidien de la cigarette électronique dépasse donc désormais légèrement le tabagisme quotidien classique, qui concerne 5,6 % des lycéens. L’OFDT cite cette évolution parmi les principaux sujets de vigilance.

La diffusion sociale du tabac s’est, elle aussi, effondrée. En 2011, 74,7 % des lycéens indiquaient qu’au moins la moitié de leurs amis fumaient ; ils ne sont plus que 18 % en 2024. À l’inverse, 43,9 % déclarent désormais n’avoir aucun ami fumeur, contre seulement 2,7 % treize ans auparavant.

Alcool : baisse des ivresses mais reprise de certains indicateurs

L’alcool constitue le tableau le plus ambigu. Il reste de très loin le produit psychoactif le plus diffusé : 54 % des collégiens et 72,7 % des lycéens déclarent en avoir déjà consommé. Même en classe de sixième, 37,5 % des élèves disent avoir déjà bu de l’alcool ; en terminale, la proportion atteint 73,3 %.

Après une baisse continue jusqu’en 2022, l’expérimentation repart à la hausse : de 43,4 % à 54 % chez les collégiens et de 68,3 % à 72,7 % chez les lycéens entre 2022 et 2024. Le rebond chez les collégiens atteint donc plus de dix points, même s’il intervient après une chute particulièrement importante entre 2018 et 2022.

Les indicateurs de consommation intensive donnent toutefois une image différente. Chez les lycéens, les alcoolisations ponctuelles importantes au cours du mois reculent de 34,5 % à 28,3 %, et la proportion ayant déjà connu une ivresse de 36,8 % à 31,7 %. En revanche, l’usage régulier d’alcool, au moins dix consommations dans les trente derniers jours, passe de 5,3 % en 2022 à 8,8 % en 2024.

L’alcool demeure par ailleurs extrêmement accessible malgré l’interdiction de vente aux mineurs : 73,4 % des lycéens considèrent qu’il leur serait assez ou très facile de s’en procurer, davantage que pour le tabac, la cigarette électronique ou le cannabis. L’OFDT estime aussi que le risque lié à une consommation quotidienne modérée reste sous-évalué par une partie des adolescents : seulement 30,6 % considèrent qu’un ou deux verres presque chaque jour représentent un risque important pour la santé.

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Au total, EnCLASS 2024 dessine donc une évolution assez profonde des comportements adolescents. Cannabis, cigarettes et autres drogues illicites ont perdu une grande partie de leur diffusion depuis le début des années 2010, et cette baisse touche simultanément la consommation, la présence de ces produits dans l’entourage et, pour plusieurs substances, leur accessibilité perçue. Le cannabis est probablement l’exemple le plus frappant : son expérimentation chez les lycéens est passée de près d’un sur deux en 2011 à environ un sur six en 2024. Les auteurs invitent néanmoins à ne pas interpréter cette évolution comme une disparition du problème : environ 60.000 lycéens présenteraient encore un risque d’usage problématique du cannabis, l’expérimentation de la méthamphétamine progresse légèrement, le protoxyde d’azote ne recule pas et la cigarette électronique quotidienne s’installe désormais à un niveau comparable à celui du tabagisme quotidien.

Voir le rapport ici
ou https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2026-03/note-enclass-2026.pdf

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