Rapport de situation sur le milieu criminel bikers en Suède et dans les pays nordiques

Acta Publica - Suède | 06.02.26

L’organisation suédoise « Acta Publica » (organisation suédoise spécialisée dans l’analyse de données publiques liées à la criminalité, à la justice et à la société) a publié son rapport sur la situation des clubs de motards criminalisés en Suède pour le quatrième trimestre 2025.

Les gangs criminels de motards ont montré, au fil du temps, une plus grande permanence que d’autres réseaux relevant de la criminalité organisée. Ils ne peuvent toutefois jamais considérer leurs positions comme acquises. Au cours du dernier trimestre 2025, il est apparu clairement que les menaces pesant sur la stabilité et le développement futurs des gangs de motards provenaient à la fois de l’extérieur, c’est-à-dire d’autres réseaux criminels, et de l’intérieur, au sein même de leurs rangs.

Les Hells Angels MC restent le plus stable des clubs « 1 % », mais à Göteborg, le club a été ébranlé par le départ de plusieurs membres expérimentés. Ces départs sont intervenus peu après l’incendie qui a touché le clubhouse de Gunnilse à l’automne, alors qu’une longue procédure judiciaire pour meurtre, présentant des liens évidents avec le chapitre de Göteborg, n’est toujours pas terminée. Les informations recueillies font également état d’un conflit opposant les Hells Angels de Stockholm à d’autres réseaux criminels.

L’autre acteur dominant du milieu biker suédois, les Bandidos MC, est confronté à un mécontentement interne dans plusieurs endroits. Le club compte les membres présentant l’activité criminelle la plus importante, et leurs infractions ont fréquemment des ramifications dans d’autres milieux criminels. Au cours du quatrième trimestre, un membre de longue date a été exclu en raison de ses relations avec le réseau Foxtrot, tandis qu’un ancien prospect a été condamné pour son implication dans une tentative de meurtre liée au conflit interne de ce même réseau. Deux autres membres des Bandidos ont été condamnés à de lourdes peines de prison pour des infractions graves liées aux stupéfiants, commises avec des personnes extérieures au club et que le tribunal a estimé ne pas pouvoir rattacher au MC lui-même.
Les Bandidos doivent également composer avec l’interdiction de l’organisation au Danemark depuis la fin du mois d’octobre. Il est encore trop tôt pour déterminer quelles en seront les conséquences à long terme, mais des répercussions devraient se faire sentir en Suède. La sphère Bandidos est fortement implantée dans la Scanie (sud de la Suède, en face du Danemark) voisine. Pour l’heure, aucune information n’indique cependant que l’organisation danoise envisage de transférer des structures de l’autre côté de l’Øresund.

Les Comanches MC sont, quant à eux, marqués par des luttes internes depuis leur implantation en Suède. La situation serait désormais suffisamment grave pour que le club ait des raisons de craindre pour sa survie à long terme. À cela s’ajoutent les conflits internes qui affectent également les Comanches danois, lesquels exercent une influence importante sur l’organisation suédoise.
Un exemple révélateur est celui d’un Danois, prospect du chapitre suédois de Malmö, retrouvé en décembre devant un chapitre des Comanches à Copenhague avec une arme chargée. Il est soupçonné d’avoir eu pour mission d’intervenir dans le cadre d’un conflit interne et a été placé en détention provisoire au Danemark pour infraction à la législation sur les armes.

Les principaux gangs de motards en Suède restent donc les Hells Angels MC et les Bandidos MC. Les deux sphères réunissent environ 740 personnes, réparties de manière relativement équilibrée, avec toutefois un léger avantage numérique pour les Hells Angels. Ce chiffre prend en compte toutes les personnes disposant d’un statut au sein des clubs, qu’elles soient ou non incarcérées, ainsi que leur environnement de soutien le plus proche.
Il apparaît clairement que les autres clubs de motards internationaux présents en Suède rencontrent des difficultés pour développer et étendre leurs organisations. Cela pourrait relever d’un choix stratégique visant à rester discrets, mais l’expérience montre que la plupart des clubs internationaux cherchent normalement à se développer. Les Outlaws MC en constituent un exemple : le club peine à prospérer, a fermé son chapitre de Dalécarlie et ne compte désormais plus qu’un seul chapitre en Suède.

Au quatrième trimestre 2025, le milieu criminel biker apparaît toujours globalement stable dans son rapport de forces. Il dispose également de ressources importantes, notamment de locaux et de contacts internationaux. Ces relations internationales passent aussi bien par les structures officielles des organisations que par des relations plus informelles et personnelles. Elles peuvent faciliter les échanges d’informations et la coordination transfrontalière, notamment à l’échelle nordique et européenne. L’ensemble de ces facteurs confère aux organisations une certaine résilience et une capacité d’adaptation, même lorsque leur activité ouverte et visible reste limitée.

Dans le même temps, la périphérie du milieu « 1 % » est plus mouvante qu’elle ne l’a été depuis longtemps : affaires récurrentes de violences et d’armes, renouvellement des membres au sein de certains chapitres et recompositions locales, avec des clubs subordonnés qui perdent de leur dynamisme ou disparaissent tandis que d’autres se renforcent.

Des contacts existent également entre les Bandidos, les Hells Angels et d’autres réseaux criminels dans les grandes agglomérations. Rien ne permet cependant d’établir l’existence de coopérations organisées et durables. Il s’agit plutôt de situations dans lesquelles les gangs de motards évoluent ponctuellement dans les mêmes milieux que d’autres réseaux criminels, avec lesquels ils peuvent aussi bien avoir des intérêts communs qu’entrer en conflit.

Conséquences possibles en Suède de l’interdiction des Bandidos au Danemark

Pour les Hells Angels et les Bandidos en Suède, un choix stratégique se dessine : soit réduire les liens visibles et pratiques entre la structure du club et les activités criminelles, soit risquer de faire progressivement l’objet d’une réglementation restrictive susceptible, à terme, de fragiliser leur infrastructure sociale, logistique et symbolique.
En décembre 2025, le gouvernement suédois et les Démocrates de Suède ont présenté au Parlement une proposition de révision constitutionnelle prévoyant notamment de pouvoir restreindre la liberté d’association dans le cas des gangs criminels. L’objectif est de permettre la criminalisation de la participation à ces groupes.
Une nouvelle législation ne pourrait entrer en vigueur qu’après les élections de l’automne 2026 et aurait, le cas échéant, des conséquences pour l’ensemble du milieu « 1 % » suédois.
Une telle restriction de la liberté d’association pourrait avoir des conséquences particulièrement importantes pour les clubs de motards, précisément parce que ceux-ci se caractérisent par des structures fixes, des hiérarchies clairement établies, des clubhouses et l’utilisation publique de symboles.

Cette visibilité pourrait rendre les clubs de motards plus faciles à cibler par une législation visant les organisations que les réseaux criminels plus informels. Une telle vulnérabilité spécifique pourrait conduire les autorités à concentrer leurs mesures sur le milieu biker alors que d’autres acteurs criminels fonctionnant en réseaux resteraient, dans les faitss, plus difficiles à atteindre.
Il existe cependant un risque que le milieu biker s’adapte en réduisant sa visibilité et son degré de formalisation. Si l’appartenance à un club, ses symboles ou l’utilisation de locaux communs deviennent juridiquement problématiques, les organisations pourraient évoluer vers des structures plus informelles et clandestines.

Cela pourrait détériorer la capacité des autorités à recueillir du renseignement et, à terme, favoriser un environnement criminel plus fragmenté et plus difficile à contrôler plutôt qu’une diminution réelle de la criminalité. Une importante étude néerlandaise a constaté ce type d’évolution après l’interdiction des Hells Angels, des Bandidos et de No Surrender aux Pays-Bas.

Situation des conflits en Suède

À l’échelle nationale, le niveau des conflits reste relativement faible en intensité, mais plusieurs zones de friction régionales et locales sont susceptibles d’évoluer rapidement.

Le rapport de forces général entre les deux principales organisations (Hells Angels et Bandidos) demeure stable. La périphérie est en revanche plus mouvante et instable, ce qui crée de nouveaux points de contact et de conflit, aussi bien à l’intérieur du milieu biker qu’avec d’autres réseaux criminels.
Les informations disponibles montrent également que les Hells Angels comme les Bandidos disposent d’un accès stable aux armes à feu et aux explosifs. Cette capacité joue un rôle dissuasif tout en permettant une escalade rapide si des antagonismes locaux venaient à s’aggraver.

Alors que les gangs de motards ne dominent plus la rue comme auparavant, cette capacité en matière d’armement fonctionne davantage comme une « assurance » stratégique et comme une ressource pouvant être mobilisée pour des actions ciblées, pour assurer la discipline interne ou pour affirmer leur statut face à d’autres acteurs criminels.
La combinaison entre une forte capacité de violence latente des grands clubs et l’instabilité croissante des organisations plus petites signifie que le potentiel de conflit reste important, même si aucune escalade généralisée ne s’est produite au cours du trimestre.

Pour les Hells Angels

#Le Hells Angels MC est présent dans les localités suivantes en Suède : Luleå, Uppsala, Stockholm (deux chapitres), Eskilstuna, Karlstad, Göteborg, Helsingborg, Hässleholm et Malmö. Des changements mineurs sont intervenus dans les différents chapitres suédois. Certaines des nouvelles recrues ont déjà été condamnées pour des infractions liées aux stupéfiants ou à la circulation routière.

Un membre danois a été transféré au Hells Angels MC Helsingborg et un membre allemand au Hells Angels MC Malmö. Les demandes de transfert sont relativement courantes au sein des Hells Angels, principalement pour des raisons sociales. La décision est prise conjointement par les présidents des deux clubs concernés.
Au moins trois membres de longue date du Hells Angels MC Gothenburg ont quitté le club en novembre 2025. Parmi eux figurent un homme qui occupait depuis longtemps les fonctions de secrétaire du chapitre et était parallèlement responsable des questions relatives à la marque Hells Angels pour l’ensemble de la Suède, ainsi qu’un autre qui avait exercé pendant plusieurs années les fonctions de trésorier.
Tous ont quitté le club avec le statut LEFT (statut d’un membre quittant volontairement les Hells Angels dans le cadre d’un accord et conservant le droit de fréquenter les autres membres). Ces départs pourraient indiquer l’introduction de nouvelles directives internes ou de changements organisationnels au sein du chapitre, qui n’auraient peut-être pas été acceptés par les membres ayant choisi de partir.

La direction des Hells Angels n’est probablement pas satisfaite de ne disposer aujourd’hui que d’un seul chapitre dans la région de Västra Götaland (ouest de la Suède avec comme capitale Göteborg). Dans ce contexte, il paraît vraisemblable qu’un nouveau chapitre soit créé dans la région au cours des prochaines années. Historiquement, le Västra Götaland constitue une région dite « rouge et blanche », où sont implantés plusieurs clubs de motards idéologiquement et organisationnellement proches des Hells Angels. Ces clubs constituent donc un vivier potentiel de recrutement et pourraient servir d’embryon à un futur chapitre Hells Angels.
Plusieurs nouveaux hangarounds ont également été recrutés par les autres chapitres suédois. Certains présentent des liens avec le milieu hooligan, mais aussi avec d’autres réseaux criminels. Après les départs enregistrés à Göteborg, les Hells Angels comptent en Suède un peu plus de 100 membres à part entière.

Plusieurs chapitres Hells Angels ont choisi d’organiser certaines de leurs réunions hebdomadaires dans les locaux de clubs appartenant au Svensk Bikermodellen (SBM, organisation nationale regroupant les clubs suédois soutenant les Hells Angels). Plusieurs raisons peuvent expliquer cette stratégie : un club impliqué dans un conflit peut chercher à éviter de s’exposer dans son propre local ; il peut souhaiter renforcer ses relations avec des clubs amis du SBM ; ou son clubhouse peut simplement être en travaux.

Les informations recueillies au cours des derniers trimestres montrent clairement que les Hells Angels suédois ont accès à d’importantes quantités d’armes à feu, comprenant des armes de poing, des armes automatiques et des armes adaptées au tir de précision. Plusieurs enquêtes préliminaires menées en 2025 ont conduit à d’importantes saisies d’armes liées à des chapitres suédois des Hells Angels. L’ensemble de ces éléments suggère que l’organisation conserve un arsenal relativement important et diversifié, lui permettant de mobiliser rapidement son potentiel de violence en cas d’escalade d’un conflit. Le phénomène n’est pas nouveau : depuis plus de trente ans, la police saisit régulièrement des armes illégales appartenant à des membres des Hells Angels.

Cette évolution doit être replacée dans un contexte où les clubs comme les Hells Angels et les Bandidos ne dominent plus aussi directement qu’autrefois la criminalité de rue. La diminution du contrôle territorial ne signifie cependant pas nécessairement une diminution de leurs capacités. Il pourrait plutôt s’agir d’un déplacement stratégique : le potentiel de violence et l’accès aux armes restent des composantes centrales de leur puissance, même lorsque leur utilisation devient plus sélective ou indirecte.
Dans un environnement criminel fragmenté, où les conflits peuvent éclater rapidement entre différentes constellations d’acteurs, la disponibilité permanente d’armes et d’explosifs fonctionne comme une forme d’assurance : elle permet à la fois de dissuader d’éventuels adversaires et d’agir offensivement lorsque la situation l’exige.

L’accès aux armes peut également remplir plusieurs fonctions simultanément. Outre leur utilisation dans des conflits concrets, les armes contribuent à la discipline interne, à la cohésion du groupe et au statut du club face aux autres acteurs criminels.
Même si le milieu biker est désormais concurrencé par des réseaux plus mobiles et davantage implantés localement, sa stabilité organisationnelle et son capital symbolique demeurent des ressources importantes. La possession d’armes n’est donc pas uniquement un outil opérationnel : elle constitue également un marqueur de la capacité des clubs à rester des acteurs pertinents et à « fixer les règles du jeu » dans certaines parties de l’économie criminelle.

Plusieurs clubs suédois à « diamond patch » (patch représentant un losange rouge portant le nombre 81 en blanc, attribué à des personnes ou clubs ayant démontré une forte loyauté envers les Hells Angels) ont accueilli de nouveaux membres, de même que plusieurs chapitres du Red Devils MC. Lorsque le club SBM Preppens MC Göteborg a inauguré son nouveau local à Gråbo, près de Göteborg, les participants à la fête ont été contrôlés par la police. Parmi eux figurait une personne occupant un poste de direction au sein d’une administration publique, mais également des membres des Hells Angels.

Par ailleurs, un membre d’un club à « diamond patch » s’est vu retirer ses armes de chasse par la police. Il existe en Suède une jurisprudence selon laquelle l’appartenance ou les liens avec les Hells Angels et les clubs proches peuvent justifier le refus ou le retrait d’un permis de détention d’armes. Le raisonnement repose généralement sur l’idée que l’appartenance, la fréquentation active ou l’exercice d’une fonction au sein d’un club de motards présentant des liens documentés avec la criminalité organisée augmente le risque d’utilisation abusive future des armes. Un membre d’un club SBM aurait même quitté son club parce qu’il ne voulait pas risquer de se voir retirer ses armes.

Pour les Bandidos

Le Bandidos MC est présent à Stockholm, Karlstad, Vänersborg, Skara, Kungälv, Göteborg, Växjö, Höör et Helsingborg, cette dernière ville comptant deux chapitres.

Plusieurs conflits internes sont actuellement en cours au sein des Bandidos suédois, certains membres étant mécontents de la situation dans les chapitres concernés. Ces tensions se traduisent notamment par l’exclusion de membres ou de personnes étroitement liées au club. Si ces conflits devaient se prolonger, ils pourraient avoir des conséquences négatives sur l’ensemble des activités des Bandidos en Suède.
Plusieurs chapitres ont par ailleurs perdu l’accès à leurs propres clubhouses, à la suite d’opérations coordonnées de la police et d’autres administrations.
Un membre de longue date du Bandidos MC Helsingborg City a été exclu avec le statut NO CONTACT. Cette décision serait probablement liée à des contacts considérés comme inappropriés avec des personnes appartenant à la structure gravitant autour du réseau Foxtrot.

Jusqu’ici, les Bandidos recrutaient presque exclusivement des personnes déjà installées dans un mode de vie criminel. Cette appréciation doit désormais être nuancée : le développement de nouvelles filières de recrutement, notamment au sein d’un environnement de supporters en expansion, conduit le club à attirer également des individus sans antécédents judiciaires ou condamnés uniquement pour des infractions mineures.

Selon plusieurs sources et informations policières, le X-team (groupe de soutien le plus proche des Bandidos) Falkenberg n’existe plus en tant que groupe. Son existence a été extrêmement brève et constitue un bon exemple d’une implantation qui n’avait pas été suffisamment réfléchie par les Bandidos. Le X-team s’est installé dans une ville où existaient déjà depuis longtemps des réseaux criminels locaux. Les tensions ont immédiatement éclaté et se sont accompagnées de violences graves, notamment des explosions et des fusillades.

Au moment de la rédaction du rapport, rien n’indique que les Bandidos danois envisagent de transférer structurellement leurs activités vers la Suède à la suite de leur interdiction au Danemark. Certains membres danois ont effectivement transféré leur appartenance, « patché », vers des chapitres situés dans d’autres pays européens, y compris en Suède. Il s’agit toutefois de transferts individuels, qui ne modifient pas l’organisation danoise des Bandidos. Selon les informations disponibles, celle-ci continue en grande partie à fonctionner, mais de manière beaucoup plus clandestine.

La police souligne qu’il existe d’importantes difficultés à distinguer clairement la criminalité individuelle des membres des infractions pouvant être considérées comme organisées dans le cadre des Bandidos.
Toutefois, l’expansion internationale de l’organisation, ses règles formalisées d’admission et ses importants mécanismes internes de contrôle social créent les conditions structurelles favorisant la loyauté et la coordination dans les activités criminelles. Les expériences accumulées en Suède comme à l’étranger, l’analyse des dossiers d’enquête et les renseignements disponibles indiquent l’existence d’une coopération criminelle organisée, notamment dans le trafic de stupéfiants et les activités de protection/extorsion. Ces coopérations semblent impliquer des individus appartenant à différents chapitres de la sphère Bandidos, aussi bien en Suède que dans le reste de l’Europe.

Les membres sont régulièrement impliqués dans des infractions routières, affaires de stupéfiants et de stéroïdes, infractions à la législation sur les armes et vols aggravés. Même si certaines de ces activités peuvent présenter une dimension organisée, elles sont généralement commises sans implication formelle du club en tant qu’organisation.
Les atteintes aux personnes, notamment les violences, sont fréquentes dans cet environnement. Les autorités considèrent en particulier l’extorsion comme l’un des domaines criminels centraux et prioritaires associés aux Bandidos.
La criminalité économique est également présente chez plusieurs membres, notamment sous la forme de fraudes aux prestations sociales. Certaines reposent sur des montages relativement sophistiqués utilisant des sociétés comme instruments. L’infiltration de secteurs économiques spécifiques, notamment les transports et le bâtiment, est également documentée. Dans certaines opérations, les individus concernés font appel à des personnes possédant des compétences professionnelles particulières : employés de banque, médecins, agents immobiliers, juristes ou avocats.

Durant l’été 2025, un conflit a éclaté entre les Bandidos et Brödraskapet Wolfpack (organisation criminelle créée par des détenus de la prison de Kumla au milieu des années 1990) dans la zone policière de Fyrbodal. L’origine est intéressante : des personnes victimes d’extorsion de la part de Brödraskapet auraient demandé la protection des Bandidos. Le conflit a entraîné plusieurs agressions. Des opérations de surveillance policière ont également révélé des projets de nouvelles violences graves, et éventuellement un enlèvement, que la police est parvenue à empêcher. Plusieurs armes à feu ont été saisies dans le cadre de cette confrontation.

Un homme travaillant sur un site protégé des forces armées suédoises, après avoir pourtant réussi les vérifications nécessaires, s’est vu refuser un permis de détention d’armes par la police en raison de sa « participation aux réseaux criminels Bandidos MC et Southern Bikers MC ». Il a contesté cette décision devant la juridiction administrative, affirmant n’avoir jamais été membre des Bandidos et avoir quitté Southern Bikers plusieurs années auparavant. Le tribunal a néanmoins donné raison à la police, soulignant notamment que son enquête était plus approfondie que celle réalisée par les forces armées et que la législation suédoise sur les armes devait être appliquée de manière restrictive.

Autres gangs pertinents

– Comanches MC Sweden : Plusieurs personnes auraient quitté le Comanches MC Rock County, et les turbulences qui ont marqué toute l’existence du club en Suède se poursuivent. Dans les conditions actuelles de fonctionnement, les Comanches ne parviendront jamais à se développer réellement en Suède. Le club ne disposerait pas non plus d’une stratégie claire lui permettant d’assurer sa survie à long terme. Les Comanches ont malgré tout légèrement augmenté leurs effectifs. Selon différentes sources, ils compteraient désormais un peu plus de 30 personnes en Suède, réparties dans seulement trois chapitres : « Westcoast », près de Göteborg ; « Rock County », dans la région de Jönköping ; et Comanches MC Malmö. Seul l’un de ces chapitres dispose d’un clubhouse.

Cette augmentation des effectifs pourrait notamment s’expliquer par le recrutement de personnes actuellement incarcérées : une partie des nouveaux membres ne se trouve donc pas encore physiquement « dans la rue ». Certains membres des Comanches auraient pris l’habitude d’extorquer des anciens membres exclus en leur réclamant parfois des dettes fictives. Cette pratique n’est pas autorisée par l’organisation et entraînerait l’exclusion si elle était découverte. Elle ne facilite évidemment ni le recrutement ni le développement d’un club qui rencontre déjà des difficultés à croître depuis sa création.

Les Comanches danois connaissent eux aussi d’importants problèmes internes, ce qui pourrait avoir des conséquences directes en Suède puisque, dans les faitss, l’organisation suédoise est placée sous une forte influence de la direction danoise. Une aggravation des divisions au Danemark pourrait donc entraîner un affaiblissement du contrôle central, une baisse de la discipline et davantage d’autonomie pour les chapitres suédois. Cela augmenterait le risque de dérives locales, de nouveaux conflits internes ou de changements d’alliances dans la structure suédoise.
Malgré cette instabilité interne, des membres des Comanches resteraient impliqués dans la manipulation de quantités importantes de stupéfiants et de différents types d’armes.

– Outlaws MC Sweden : Une confrontation interne survenue au printemps 2025 au sein des Outlaws de Rättvik semble avoir contribué directement au dépérissement de l’ensemble du chapitre. Les Outlaws ne disposent désormais plus que d’un seul chapitre en Suède : celui-ci se trouve à Enköping, mais utilise l’appellation Outlaws MC Sweden Stockholm. Le club n’a jamais été aussi affaibli en Suède et son recrutement serait actuellement quasiment à l’arrêt.

– Brödraskapet Wolfpack : le conflit opposant Brödraskapet Wolfpack aux Bandidos dans la région de Trestad durant l’été 2025 avait entraîné plusieurs épisodes violents et plusieurs situations dans lesquelles la police avait pu empêcher la commission de faits potentiellement beaucoup plus graves.

– Barbarian Clan MC Sweden : le club est un acteur relativement récent du milieu biker suédois. Il rassemble notamment d’anciens membres du Satudarah MC dissous. De nouvelles informations indiquent toutefois que plusieurs membres ont quitté l’organisation et que le club cherche actuellement à reconstituer ses effectifs par de nouveaux recrutements. Le Barbarian Clan MC au Danemark aurait pour sa part cessé ses activités.

En dehors de la Suède

– Danemark :
Après une longue procédure judiciaire, le tribunal de Helsingør a décidé de dissoudre le Bandidos MC Denmark en application de l’article 78 de la Constitution danoise. La décision a été rendue le 29 octobre 2025. Le tribunal a considéré que l’organisation ne fonctionnait pas uniquement comme un club de motards légal, mais poursuivait parallèlement un objectif illicite à travers une criminalité importante et systématique.
Un élément central de l’analyse du tribunal a été de considérer les Bandidos danois comme une association cohérente et unifiée, et non comme une simple fédération de chapitres locaux indépendants. Cette qualification a permis juridiquement de viser l’organisation entière.
Pour justifier la dissolution, le tribunal a notamment retenu le rôle du club dans des conflits violents entre gangs, la criminalité documentée de plusieurs membres et les manifestations publiques de l’organisation, considérées comme ayant contribué à créer de l’insécurité. Le tribunal a néanmoins précisé que cette décision ne privait pas les membres individuellement du droit de conduire une moto ou de pratiquer légalement leurs loisirs.

La décision marque un changement juridique et politique important au Danemark. Dans les faits, elle signifie que l’intérêt de l’État à protéger la sécurité, l’ordre et la tranquillité publics peut primer sur la liberté d’association lorsqu’une organisation est considérée comme poursuivant un objectif criminel.
Cela soulève une question de principe : jusqu’où peuvent aller les droits et libertés individuels lorsqu’ils entrent en conflit avec la responsabilité de l’État de protéger l’ordre social ?
L’interdiction possède à la fois une portée symbolique et pratique. Symboliquement, elle signifie que la criminalité organisée est de plus en plus perçue comme une menace structurelle pour l’État de droit et les institutions démocratiques. Dans la pratique, la dissolution vise à limiter la capacité de l’organisation à fonctionner de manière ouverte, visible et structurée. Reste toutefois à savoir si cette jurisprudence résistera dans le temps, notamment au regard de la procédure d’appel en cours.

La police danoise estime néanmoins, sans que cette appréciation soit totalement unanime, que les Bandidos continuent en pratique à exister malgré leur dissolution formelle. L’identité collective resterait forte parmi les membres. Dans certains cas, l’interdiction aurait même renforcé une mentalité de type « nous contre le reste du monde », plutôt que de faire disparaître les loyautés internes.
Cette adaptation apparaît notamment dans l’utilisation des symboles. Plusieurs membres danois ont été observés portant de nouveaux patchs secondaires ou latéraux indiquant leur rattachement à des chapitres internationaux situés notamment en Serbie, France, Angleterre, Espagne et aux Pays-Bas.
Cela peut être interprété comme une manière de maintenir une appartenance organisationnelle et une identité Bandidos malgré l’interdiction nationale. Le système transnational permet ainsi de contourner partiellement les restrictions juridiques nationales.

Les membres danois des Bandidos ont publiquement rejeté la décision judiciaire. Ils soutiennent que les Bandidos constituent une association légale et enregistrée et que les crimes commis individuellement par certains membres ne devraient pas pouvoir servir de fondement à la dissolution de toute l’organisation. Ils mettent en avant la passion de la moto, la camaraderie et les valeurs internes de respect et de loyauté. Ils soulignent également que les chapitres européens restent solidaires du Danemark et que la lutte pour la liberté d’association et la reconnaissance du club se poursuit. Certains membres danois auraient même choisi de quitter le pays afin de continuer à vivre au sein de l’environnement Bandidos sans être confrontés à l’incertitude juridique qui prévaut désormais au Danemark.

La décision contre les Bandidos a rapidement eu des conséquences politiques. Le Parti conservateur danois a proposé que les autorités examinent également la possibilité de dissoudre les Hells Angels, en raison de leur rôle historique et central dans la criminalité organisée. La proposition a été formulée peu après la fin du procès Bandidos et vise clairement à étendre le même outil juridique à d’autres organisations.
Le ministre de la Justice a lui aussi insisté sur la nécessité de poursuivre les efforts contre d’autres groupes criminels.

L’interdiction a entraîné une combinaison de dissolution formelle et de restructuration pratique. Des membres danois ont été officiellement rattachés à d’autres chapitres européens des Bandidos, notamment en Europe du Sud, où l’organisation reste autorisée. Cela leur permet de continuer à apparaître publiquement avec les couleurs Bandidos lorsqu’ils se trouvent hors du Danemark, alors que la branche danoise n’existe officiellement plus. Certains responsables danois ont même intégré des structures dirigeantes européennes, réduisant encore davantage l’impact pratique de l’interdiction à l’échelle individuelle.
Parallèlement, certains chapitres danois ont changé de nom et d’affiliation pour rejoindre d’autres clubs, notamment les Comanches MC. Cela leur permet de continuer à fonctionner collectivement sous une forme modifiée. Aucun transfert massif vers d’autres clubs n’a cependant été constaté. Environ 250 individus continueraient à se considérer comme membres des Bandidos dans des contextes informels et fermés.

L’interdiction a également modifié la culture interne. Les rituels et formes de socialisation traditionnellement liés aux clubhouses et aux déplacements entre chapitres ont été en partie remplacés ou adaptés. Des pratiques symboliques se sont recentrées autour des lieux de mémoire et des tombes de membres décédés, permettant de maintenir l’identité collective dans un contexte de répression accrue.

Les conséquences concrètes de l’interdiction ont rapidement commencé à apparaître : en décembre, une figure importante des Bandidos au Danemark a été arrêtée et présentée devant le tribunal de Glostrup. Elle est soupçonnée d’avoir poursuivi des activités au sein d’une organisation interdite par la loi danoise.

Côté Hells Angels, au printemps 2025, plusieurs projets d’attentat ont visé le Hells Angels MC de Kokkedal, dans le nord de Seeland. La police danoise décrit des tentatives de meurtre organisées, reposant sur l’utilisation d’exécutants extérieurs recrutés pour l’occasion. La logistique comprenait safe houses, véhicules et armes fournies aux tireurs. Un premier projet prévu en avril-mai a échoué lorsque le tireur recruté s’est révélé être un policier infiltré. Ce détail montre néanmoins que la préparation de l’opération était déjà très avancée. Peu après, une deuxième tentative a été organisée contre la même cible. Cette fois, un jeune Suédois a été recruté, armé et rémunéré : le 7 mai, il a tiré plusieurs fois, notamment avec un AK-47, sur une voiture dans laquelle se trouvait un membre important des Hells Angels de Kokkedal. La voiture a été touchée et la cible blessée, mais elle a survécu. En octobre, le tireur a été condamné par le tribunal de Helsingør à 12 ans de prison, à l’expulsion du Danemark et à une interdiction d’entrée à vie pour tentative de meurtre et infraction grave à la législation sur les armes.
La police présente cette affaire comme un exemple manifeste de « crime as a service » : des réseaux criminels commandent des violences à des exécutants recrutés à la demande, souvent à travers les frontières.

Cette série d’attentats doit également être replacée dans le contexte de tensions internes aux Hells Angels danois. En 2025, un membre danois très visible, âgé de 31 ans et installé en Turquie, a été soupçonné d’avoir commandité ou participé à des tentatives de meurtre contre ses propres camarades de club au Danemark, ainsi qu’à d’autres attentats, notamment une explosion devant un salon de manucure à Copenhague. Lors du World Run international des Hells Angels en Argentine en 2025, la direction du club a décidé de le suspendre provisoirement dans l’attente d’une enquête interne.

Les Comanches danois montrent eux aussi des signes de division interne et d’instabilité organisationnelle, malgré une apparence extérieure d’expansion. De nouveaux chapitres ont été créés notamment à Horsens, Aarhus, Roskilde et Kolding, mais cette expansion semble davantage traduire des conflits internes que de véritables gains d’effectifs.
Les Comanches constituent aujourd’hui le seul des trois grands clubs « 1 % » du Danemark à conserver des clubhouses ouverts. Les Hells Angels ont quitté leurs locaux en raison des interdictions policières prolongées, tandis que les Bandidos avaient déjà commencé à réduire leur présence physique avant leur interdiction.

Les Comanches sont eux-mêmes issus d’une transformation du Satudarah MC, plusieurs chapitres danois et étrangers ayant effectué un patch over vers la nouvelle organisation. Les effectifs sont restés relativement stables ces dernières années, autour de 200 personnes. La création de nouveaux chapitres résulte cependant souvent de divisions d’anciennes structures : à Esbjerg, l’ancien chapitre West End s’est ainsi scindé en trois groupes différents.

Certains anciens membres ont rejoint de nouvelles structures criminelles, parmi lesquelles A23, réseau basé à Amager impliqué dans plusieurs confrontations violentes dans la région de Copenhague. Les Comanches recrutent par ailleurs de plus en plus de membres sans passé biker traditionnel. Ces recrutements auraient parfois été effectués en dehors des critères habituellement appliqués dans cet environnement, ce qui a alimenté les tensions internes. La direction danoise aurait désormais un contrôle limité sur certains chapitres locaux.

Le nouveau chapitre Comanches King City de Roskilde constitue un exemple particulièrement intéressant des effets de l’interdiction des Bandidos. Selon la police, ce chapitre est principalement composé d’anciens membres des Bandidos. Il a conservé la même structure locale et même le même nom de chapitre que lorsqu’il appartenait encore aux Bandidos. King City illustre donc une possibilité de reconversion des anciens chapitres Bandidos : changer de club et de symbole tout en conservant le réseau, le statut et le contrôle local.

– Groenland :
La police du Groenland a signalé une présence croissante de personnes liées aux Hells Angels et aux Comanches danois, ainsi qu’au gang interdit LTF. Leur objectif serait notamment le trafic de stupéfiants, particulièrement attractif en raison des prix pratiqués sur l’île, qui peuvent atteindre jusqu’à dix fois ceux du Danemark. Les drogues arrivent principalement par des circuits commerciaux classiques, notamment cargo maritime et fret aérien.

– Norvège :
Lors du 30e anniversaire des Bandidos MC Norway, au début novembre 2025, les chapitres d’Arendal, Bergen et Oslo West ont été élevés au rang de chapitres Bandidos à part entière. Les Bandidos norvégiens sont donc en croissance et semblent connaître actuellement une dynamique positive. Leurs clubs de soutien Inmortales MC se développent également, contrairement à la tendance observée en Suède.

– Finlande :
Le chef de gang suédois Ismail « Jordgubben » Abdo a été placé en détention provisoire par contumace par le tribunal d’Helsinki dans deux affaires de trafic aggravé de stupéfiants concernant des faits commis au printemps 2024. Abdo, présenté comme dirigeant l’organisation criminelle « Rumba » (rival de « Foxtrot »), est soupçonné par la police finlandaise d’avoir organisé une importante activité de trafic de stupéfiants en Finlande en coopération avec des réseaux suédois.
La police le soupçonne également d’avoir commandité un attentat à la bombe contre le local des Bandidos à Tampere, dans le cadre d’une lutte pour le contrôle du trafic de drogue.

Des informations indiquent par ailleurs que les Comanches MC cherchent à s’implanter en Finlande. Un petit club biker pourrait devenir le premier chapitre finlandais des Comanches.
À cette date, les Comanches sont présents au Danemark, en Suède, Norvège, Espagne, Serbie, Pays-Bas, Belgique, Autriche, Monténégro, Maroc, Thaïlande, Vietnam et États-Unis.

– Allemagne :
Depuis l’interdiction en 2021 de la Bandidos MC Federation West Central, plusieurs nouvelles structures sont apparues en Rhénanie-du-Nord–Westphalie. Malgré les mesures judiciaires, l’idéologie et les réseaux de l’organisation ont survécu. Plusieurs anciens membres ont rejoint les Hells Angels, ce qui suggère davantage une recomposition stratégique qu’une disparition réelle : le schéma est toujours le même : changement de nom, de symboles ou de structure formelle, mais maintien des relations sociales et économiques.
Pour les autorités, cela signifie qu’une interdiction associative possède une efficacité limitée à long terme si elle ne s’accompagne pas d’une surveillance et d’un travail de renseignement continus.

– Pays-Bas :
En novembre 2025, le tribunal de Noord-Holland a condamné sept personnes à des travaux d’intérêt général et des peines de prison avec sursis pour avoir porté publiquement des gilets arborant des symboles liés à des clubs de motards interdits.
Le tribunal a considéré que cette utilisation des symboles constituait une forme de continuation des activités de Satudarah, Saudarah et Bandidos MC Holland, dissous après des décisions judiciaires en 2020.
Entre 2022 et 2024, les condamnés avaient participé à des sorties collectives à moto à Wormerland et Zaanstad, portant des gilets dont les logos, couleurs et inscriptions ressemblaient fortement aux anciens symboles des clubs. Le tribunal a estimé que cette utilisation permettait de maintenir la structure, le statut et la continuité publique des organisations interdites.


Désolé, cette page est seulement accessible aux abonnés de crimorg.com!