Autriche : rapport annuel sur les drogues

Bundesministerium für Inneres | Juillet 2026

Le Bundeskriminalamt (BK, police judiciaire fédérale) autrichien dresse pour 2025 le tableau d’un marché des stupéfiants qui ne connaît pas de véritable recul. Le nombre d’infractions enregistrées diminue légèrement, mais les quantités disponibles, la pureté de certaines drogues, la progression des produits de synthèse et le degré d’organisation des réseaux conduisent les autorités à considérer le narcotrafic comme l’une des composantes majeures de la criminalité organisée en Autriche.

Le rapport insiste sur le caractère transnational du phénomène. Les réseaux criminels travaillent au-delà des frontières, adaptent rapidement leurs méthodes aux actions policières et utilisent de plus en plus les messageries chiffrées, les réseaux sociaux, le Darknet et différents moyens de paiement numériques. Les conséquences dépassent largement la consommation de drogues : blanchiment, corruption, violences, trafic d’armes et différentes formes de criminalité connexe accompagnent le trafic.

À partir notamment des analyses des eaux usées, des niveaux de consommation estimés, de la pureté des produits et des prix pratiqués au détail, le BK avance un ordre de grandeur d’environ cinq milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel pour le marché clandestin des drogues en Autriche. Il souligne qu’il ne s’agit pas d’un calcul comptable précis mais d’une estimation destinée à mesurer l’ampleur du phénomène. Cette somme correspond approximativement à 1 % de la production économique annuelle autrichienne.

En 2025, 36.801 infractions à la législation sur les stupéfiants ont été enregistrées, contre 37.310 en 2024, soit une diminution de 1,4 %. Cette baisse reste modeste et ne concerne pas de la même manière les faits les plus graves. Les infractions considérées comme des délits moins graves sont passées de 34.098 à 33.539, soit -1,6 %. À l’inverse, les infractions criminelles passibles de plus de trois ans d’emprisonnement sont passées de 3.212 à 3.262, soit +1,6 %.
La police a procédé à 2.293 arrestations liées aux stupéfiants. Parmi les personnes arrêtées, 1.468 étaient étrangères et 825 autrichiennes. Les ressortissants étrangers ont ainsi représenté environ 64 % des arrestations, proportion qui reste relativement stable depuis plusieurs années. Les affaires de trafic de stupéfiants ont constitué la principale cause de ces arrestations.
Après exclusion des auteurs non identifiés, les ressortissants étrangers ont représenté 42,3 % des personnes mises en cause en 2025, contre 39,6 % en 2024. Le nombre d’infractions attribuées à des suspects autrichiens est passé de 20.791 à 19.256, tandis que celles concernant des étrangers ont augmenté de 13.654 à 14.107. Parmi ces dernières figuraient 1.939 demandeurs d’asile.
Pour les infractions les plus graves, la proportion de suspects étrangers atteint 52,2 %, contre 49,5 % en 2024. Vienne se distingue avec 60,6 % de suspects étrangers dans les affaires de stupéfiants, devant Salzbourg avec 46,3 %, le Tyrol avec 44 % et le Vorarlberg avec 41,2 %.

La Syrie arrive en tête des nationalités étrangères enregistrées, avec 2.093 infractions, devant l’Allemagne avec 1.101, l’Afghanistan avec 929, la Serbie avec 911 et la Turquie avec 811. Le nombre concernant des ressortissants syriens a progressé de 43,1 % en un an. Le rapport apporte cependant une distinction importante : pour la criminalité grave liée aux stupéfiants, les groupes criminels originaires ou liés aux Balkans occidentaux demeurent considérés comme la principale menace. Les ressortissants serbes se distinguent notamment avec 320 mises en cause pour des infractions graves.

  • Cannabis

Le cannabis demeure la drogue illégale la plus présente sur le marché autrichien. Environ 2,841 tonnes ont été saisies en 2025, soit +11,6 % en un an. L’herbe de cannabis représente 2,608 tonnes, soit environ 92 % du total, et la résine de cannabis 233 kilos.
Cette augmentation intervient alors même que le nombre d’infractions liées au cannabis a diminué de 5,3 %. Pour le BK, cette combinaison traduit une disponibilité toujours élevée.

Le marché autrichien est alimenté à la fois par les importations et par une production nationale. Les petites installations indoor restent fréquentes, dans des appartements, maisons, caves ou anciens locaux professionnels. Les autorités observent parallèlement une professionnalisation de certaines structures.
En 2025, 290 plantations ont été découvertes, contre 490 en 2024, soit une diminution de 40,8 %. Parmi elles, 209 étaient indoor et 81 outdoor. Les petites installations dominent très largement : 109 « micro-plantations » et 138 « mini-plantations » ont été recensées. À l’autre extrémité, seules neuf plantations industrielles ont été découvertes.

La composition des groupes varie avec la taille des installations. Les petites plantations sont principalement exploitées par des Autrichiens. Dans les structures les plus importantes et notamment industrielles, les enquêteurs retrouvent davantage de ressortissants étrangers, particulièrement originaires des Balkans occidentaux et notamment de Serbie.

On constate également un trafic aérien de cannabis depuis la Thaïlande. En 2025, 20 affaires ont été détectées sur des vols en provenance de Bangkok, représentant environ 467 kilos d’herbe de cannabis. Les passeurs transportaient généralement entre 11 et 46 kilos dans leurs bagages. Certains auraient reçu leurs valises directement à l’aéroport de Bangkok contre rémunération, tandis que d’autres avaient été recrutés pendant leur séjour en Thaïlande. Vienne n’était généralement qu’une escale. Les principales destinations finales étaient le Royaume-Uni, mais également l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas. En 2024, 23 affaires avaient représenté environ 640 kilos. Malgré cette diminution, la liaison Bangkok-Vienne reste identifiée comme une route significative du trafic de cannabis vers l’Europe.

  • Cocaïne

La cocaïne constitue l’un des principaux motifs d’inquiétude. En 2025, 9.155 infractions comportant une saisie de cocaïne ont été enregistrées, soit 19,8 % des infractions liées à une substance. Leur nombre a augmenté de 13,5 % en un an.
Parmi ces affaires, 1.754 relèvent des infractions criminelles les plus graves, soit une progression de 19 %. Les 7.401 autres relèvent des infractions moins graves, en hausse de 12,2 %.

Les saisies ont atteint environ 274,6 kilos, contre 258,7 kilos en 2024 et seulement 80,5 kilos en 2021. En quatre ans, les quantités interceptées ont donc plus que triplé.

Les analyses des eaux usées indiquent parallèlement que la consommation réelle est beaucoup plus importante que ne le suggèrent les seules saisies. On observe une progression particulièrement marquée de la consommation de cocaïne au cours des dernières années. La disponibilité s’accompagne d’une hausse spectaculaire de la qualité. La pureté médiane de la cocaïne analysée en Autriche est passée de 64,01 % en 2021 à 81,51 % en 2025. Certains échantillons ont atteint 94,81 %.
Le phénomène est particulièrement significatif parce que les prix de gros ont parallèlement diminué. En 2025, le kilo de cocaïne s’est négocié entre 18.000 et 65.000 euros selon la qualité, les quantités et les régions. Le gramme au détail se situait entre 50 et 120 euros. Le rapport relie cette situation à la production record de cocaïne en Amérique du Sud. Il reprend les estimations internationales faisant état d’environ 3.700 tonnes produites en 2023. La Colombie représenterait environ 70 % de la production mondiale, devant le Pérou, entre 20 et 25 %, et la Bolivie, autour de 10 %.

L’approvisionnement de l’Europe reste dominé par le transport maritime et les grands ports de Belgique, des Pays-Bas, d’Espagne et d’Allemagne. Le rapport constate toutefois une diversification vers des ports secondaires afin de contourner les contrôles renforcés.
Pour l’Autriche, la route des Balkans prend également une importance croissante dans le commerce de cocaïne. Les réseaux originaires de Serbie, d’Albanie, du Monténégro et d’autres pays des Balkans occidentaux ne sont plus décrits comme de simples transporteurs ou intermédiaires. Certains disposent de relations directes avec les fournisseurs sud-américains et sont capables d’organiser l’ensemble d’une chaîne d’approvisionnement. L’Autriche intervient dans ce système comme marché de consommation mais aussi comme territoire de transit, de stockage et de redistribution au sein de l’espace Schengen.

Le BK relève également une progression des menaces et des projets violents associés aux conflits du marché de la cocaïne. Le niveau de violence reste inférieur à celui observé dans certains autres pays européens, mais les enquêteurs rencontrent davantage de menaces et de projets d’attaques dans les dossiers impliquant des réseaux criminels internationaux.

  • Héroïne

La situation de l’héroïne est paradoxale. Le nombre d’infractions comportant une saisie d’héroïne est passé de 1.919 à 1.487, soit une diminution de 22,5 %. Pourtant, les quantités saisies sont passées de 27,3 à 37,8 kilos, soit +38,8 %.
Les 25-39 ans représentent 54,5 % des suspects et les plus de 40 ans 20,6 %. Le rapport considère donc que le marché de l’héroïne concerne une population relativement stable et vieillissante, sans signe de diffusion importante vers les jeunes générations.

L’Afghanistan reste déterminant pour l’approvisionnement mondial. Malgré l’effondrement de la culture du pavot consécutif à l’interdiction imposée par les Talibans, les autorités autrichiennes n’observent pas encore de pénurie durable en Europe. Elles constatent cependant une baisse de la pureté de l’héroïne, qui pourrait constituer l’un des signes d’une tension sur les approvisionnements. La pureté médiane n’a atteint que 7,17 % en 2025, contre 12,35 % en 2021.

La route des Balkans reste la principale voie d’approvisionnement, avec des réseaux liés aux Balkans occidentaux et à la Turquie.

Le BK ne constate pas, en 2025, de contamination généralisée du marché autrichien de l’héroïne par le fentanyl ou d’autres opioïdes synthétiques.
Il surveille néanmoins particulièrement les nitazènes. Certains de ces opioïdes synthétiques peuvent être jusqu’à 500 fois plus puissants que l’héroïne et apparaissent notamment dans de faux médicaments imitant l’oxycodone.
Leur progression est déjà sensible dans le nord et l’est de l’Europe. En Autriche, aucune infiltration significative du marché de l’héroïne n’est encore observée, mais le risque est considéré comme stratégique, notamment si la réduction de la production afghane finit par créer une pénurie d’héroïne.

  • Méthamphétamine

L’une des évolutions les plus frappantes concerne la méthamphétamine. Les saisies sont passées de 12 kilos en 2024 à 37,2 kilos en 2025, soit +209,5 %.
Dans le même temps, le nombre d’infractions n’a augmenté que de 8,3 %. Pour le BK, cette différence entre une hausse limitée des affaires et un triplement des quantités saisies peut indiquer une disponibilité accrue, même si quelques grosses saisies peuvent fausser les comparaisons annuelles.
La méthamphétamine disponible est extrêmement pure : le taux médian atteint 78,65 %, et les valeurs sont restées comprises entre 76 et 79 % depuis 2021.

Le rapport attire surtout l’attention sur l’industrialisation de la production européenne aux Pays-Bas, en Belgique et en République tchèque. Il reprend également les analyses européennes faisant état d’un transfert de savoir-faire de groupes criminels mexicains vers des producteurs européens afin de fabriquer de la méthamphétamine de haute pureté.
Certains laboratoires européens produisent non seulement pour le marché continental mais également pour l’exportation vers des marchés particulièrement rémunérateurs, notamment l’Australie et le Japon.

Pour les autorités autrichiennes, le pays risque donc de devenir davantage qu’un simple marché de consommation et de s’imposer comme territoire de transit pour d’importants lots de méthamphétamine.

  • Ecstasy

L’ecstasy/MDMA connaît la progression statistique la plus spectaculaire de l’année. Les saisies sont passées de 25.286 comprimés en 2024 à 113.589 en 2025, soit +349,2 %. Quelques grosses saisies peuvent avoir une influence considérable sur le résultat annuel.

Contrairement à la cocaïne ou à l’héroïne, le MDMA est largement un produit européen. Les précurseurs chimiques proviennent notamment de Chine et d’Inde, mais la fabrication finale est principalement réalisée en Europe, avec les Pays-Bas et la Belgique comme principaux centres de production.

Les comprimés circulant en Europe contiennent régulièrement entre 120 et 250 mg de MDMA. Le rapport relève également l’apparition de produits comestibles contenant du MDMA, notamment des bonbons gélifiés et des sucettes.

Aucun site de production de MDMA n’a été découvert en Autriche en 2025. Le pays reste essentiellement un marché d’importation et de consommation.

Le commerce au détail se déplace vers les réseaux sociaux et les groupes de discussion fermés. Les drogues sont ensuite expédiées par colis ou déposées dans des caches, les « dead drops », permettant au vendeur et à l’acheteur de ne jamais se rencontrer.

  • Kétamine

La kétamine constitue l’une des principales nouveautés du rapport. Environ 259 kilos ont été saisis en Autriche en 2025. La quantité est particulièrement importante mais ne signifie pas que toute cette kétamine était destinée aux consommateurs autrichiens. Le rapport décrit l’Autriche comme une plateforme logistique utilisée pour des expéditions vers des marchés extra-européens, notamment l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.

Une grande partie de la kétamine alimentant l’Europe provient d’Inde et d’autres pays d’Asie du Sud. Des sociétés écrans permettent de faire entrer le produit dans l’Union européenne sous de fausses déclarations ou en simulant une utilisation pharmaceutique ou industrielle légitime.
ur le marché autrichien, son faible prix contribue à son attractivité auprès des jeunes consommateurs.

Le rapport signale également sa présence croissante dans la « Pink Cocaine ». Malgré son nom, ce produit ne contient pas nécessairement de cocaïne : sa composition peut associer kétamine, MDMA et différentes autres substances. Cette variabilité rend ses effets particulièrement imprévisibles.

  • Nouvelles Substances Psychoactives

Le système européen d’alerte surveille désormais environ 1.000 nouvelles substances psychoactives. Le marché est extrêmement mouvant, de nouvelles molécules apparaissant continuellement.
Environ 80 % des importations de NPS sont réalisées par voie postale. La production reste largement implantée en Chine et en Inde, mais le BK constate également une industrialisation croissante de certaines productions dans l’Union européenne.

Les cathinones synthétiques et la kétamine représentent une part très importante des volumes saisis au niveau européen.

Le rapport s’intéresse également aux faux médicaments. Des comprimés présentés comme de l’alprazolam, du diazépam ou d’autres benzodiazépines peuvent contenir des molécules totalement différentes, notamment des opioïdes synthétiques très puissants. L’apparence pharmaceutique peut alors donner au consommateur un sentiment de sécurité particulièrement dangereux.

  • Laboratoires

L’Autriche ne constitue pas un grand centre européen de production de drogues de synthèse. Trois laboratoires ou sites de finition actifs ou inactifs ont été découverts en 2025, contre 13 en 2024 et sept en 2023. Le nombre avait atteint 18 en 2021.

Les enquêteurs constatent que les producteurs ont modifié leurs méthodes d’approvisionnement. Les produits chimiques sont davantage commandés sur Internet ou achetés dans les pays voisins, notamment en République tchèque et en Pologne. Les suspects privilégient également des substances qui ne figurent pas encore parmi les précurseurs faisant l’objet d’une surveillance particulière.

Les trois installations découvertes en 2025 étaient principalement consacrées à la fabrication d’amphétamine ou de méthamphétamine. Elles se situaient surtout dans le nord-est du pays.

Les personnes impliquées étaient exclusivement de nationalité autrichienne, certaines ayant un parcours migratoire. Les laboratoires de méthamphétamine servaient notamment à une consommation personnelle et à l’approvisionnement régional. Aucun laboratoire destiné à produire pour l’exportation ou pour la vente sur le Darknet n’a été identifié.

  • Opération « Achilles »

Une partie importante du rapport est consacrée à l’opération Achilles, lancée en avril 2021 par le BK pour exploiter les données provenant de plusieurs messageries cryptées utilisées par le crime organisé, notamment ANØM et Sky ECC.

L’enquête associe le BK, les neuf Landeskriminalämter (LK, police judiciaire des Länder) et les autorités judiciaires. Elle bénéficie également d’une coopération avec le FBI, la DEA, Europol et plusieurs services étrangers. L’Autriche a notamment codirigé avec la Croatie l’Operational Task Force « Balkan Cartel » d’Europol, arrivée à son terme fin 2025.

Les données disponibles auprès d’Europol représentent environ un milliard de messages. Leur analyse a permis de documenter non seulement des trafics internationaux de stupéfiants, mais également des trafics d’armes et des projets ou faits de violence grave. Plusieurs milliers de suspects identifiés ou encore inconnus et de groupes criminels font toujours l’objet d’investigations.

Le rapport considère désormais Achilles comme le plus important complexe d’enquêtes criminelles jamais traité par la police autrichienne. Son exploitation devrait encore durer plusieurs années.Les condamnations déjà prononcées représentent au total plus de 1.300 années d’emprisonnement. Le Bundeskriminalamt souligne également qu’un trafiquant a, pour la première fois en Autriche, été définitivement condamné à la réclusion criminelle à perpétuité uniquement en raison de sa position dirigeante dans un trafic de stupéfiants.

Les données d’Achilles ont renforcé une conclusion déjà présente dans d’autres parties du rapport : les groupes criminels liés aux Balkans occidentaux jouent un rôle disproportionné dans les formes les plus graves de narcotrafic. Ils interviennent dans plusieurs marchés, notamment la cocaïne, l’héroïne et le cannabis.
Dans le cas de la cocaïne, certains groupes ont franchi une étape supplémentaire en établissant leurs propres relations avec les fournisseurs d’Amérique du Sud. Ils peuvent ainsi contrôler ou organiser une partie importante de la chaîne allant de l’achat du produit à sa livraison et à sa redistribution en Europe.

Le rapport montre donc une évolution du modèle criminel : des groupes autrefois essentiellement chargés du transport ou de la redistribution sont désormais capables d’intervenir beaucoup plus haut dans la chaîne internationale du narcotrafic.

  •  Numérisation

Le commerce de détail passe de plus en plus par les réseaux sociaux, les messageries classiques ou cryptées et les groupes privés. Les consommateurs peuvent commander directement depuis leur téléphone, puis recevoir le produit par un livreur, un colis postal ou récupérer la drogue dans une cache. Le Darknet conserve également un rôle important, auquel s’ajoutent les paiements en cryptomonnaies.

Pour la police, cette évolution modifie profondément le marché. Les réseaux peuvent être plus petits, plus décentralisés et moins visibles physiquement. La disparition d’un point de vente ou l’arrestation d’un dealer ne permet plus nécessairement de remonter une chaîne hiérarchique classique.
Le Bundeskriminalamt souligne par ailleurs les difficultés juridiques et techniques croissantes rencontrées pour surveiller les communications numériques.

  • Blanchiment

Le trafic de stupéfiants génère d’importantes sommes en espèces. Cet argent est ensuite intégré à l’économie légale par différents procédés : dépôts et virements bancaires, investissements, acquisition de véhicules, immobilier, entreprises, produits de luxe ou utilisation de sociétés écrans.
Les cryptoactifs et les prestataires de paiement prennent une importance croissante. Le rapport mentionne également les systèmes informels de transfert de fonds tels que la hawala.

Mais une contradiction apparaît dans les statistiques : les stupéfiants ne représentent qu’environ 1 % des 11 086 déclarations de soupçon de blanchiment enregistrées en 2024. Le BK ne considère absolument pas ce faible pourcentage comme le signe d’un risque limité. Il l’interprète plutôt comme la manifestation de la difficulté à identifier l’origine criminelle de flux provenant d’une activité très largement fondée sur les espèces.

La stratégie autrichienne accorde une place croissante aux enquêtes patrimoniales. En 2025, des biens liés à la criminalité des stupéfiants ont été saisis dans 1.361 affaires, contre 1.173 en 2024, soit environ +16 %. Leur valeur totale a atteint environ 5,67 millions d’euros, contre 5,45 millions l’année précédente.
L’essentiel correspond à des espèces : environ 4,3 millions d’euros dans 915 affaires. S’y ajoutent environ 318.000 euros de véhicules, 300.000 euros de biens immobiliers, plus de 216.000 euros de bijoux et montres, 153.000 euros d’avoirs bancaires et environ 142.000 euros de monnaies virtuelles.
L’objectif affiché est de ne plus seulement arrêter les trafiquants et saisir leurs produits, mais de s’attaquer aux ressources économiques permettant aux organisations de se maintenir, d’investir et de financer de nouvelles activités criminelles.

  • Surdoses

Les dernières données sanitaires consolidées disponibles dans le rapport concernent 2024. Cette année-là, 257 décès directement liés à la drogue ont été enregistrés en Autriche, contre 256 en 2023 et 153 en 2015.
La mortalité est ainsi passée de 2,6 à 4,3 décès pour 100.000 habitants entre 2015 et 2024.
L’âge moyen des victimes était d’environ 34 ans. La part des moins de 25 ans a fortement augmenté depuis 2020 et représentait encore environ un quart des décès en 2024.
Vienne a enregistré 84 décès, soit le nombre le plus important du pays. Des progressions significatives ont également été observées au Tyrol, en Haute-Autriche et à Salzbourg.

Les opioïdes demeurent le principal facteur de mortalité, généralement dans le cadre de poly-intoxications associant opioïdes, alcool, médicaments psychotropes ou autres drogues.

  • Analyses des eaux usées

L’Autriche analyse ses eaux usées à la recherche de traces de drogues depuis 2016. En 2025, 18 zones ont été étudiées, couvrant environ 3,5 millions d’habitants, soit 39 % de la population. Les chercheurs recherchent notamment des marqueurs du cannabis, de la cocaïne, de l’amphétamine, de la méthamphétamine et du MDMA.
Les estimations extrapolées à l’ensemble du pays donnent une idée de l’écart considérable entre les saisies et le marché réel. Selon les fourchettes présentées par le rapport, le marché pourrait représenter chaque année de 10 à 700 tonnes de cannabis, de 2 à 15 tonnes de cocaïne, de 200 kilos à 3,5 tonnes d’amphétamine, de 100 à 600 kilos de méthamphétamine et de 90 à 350 kilos de MDMA (soit approximativement 300 000 à 1,1 million de comprimés).
L’évolution de la cocaïne apparaît néanmoins particulièrement nette : les analyses des eaux usées montrent une augmentation sur plusieurs années, avec une croissance annuelle estimée autour de 15 % sur la période étudiée.

  • Évolutions :

Le Bundeskriminalamt ne prévoit pas d’amélioration notable en 2026. L’Autriche devrait continuer à cumuler plusieurs fonctions : marché de consommation, pays de production pour certaines drogues, mais surtout territoire de transit au centre de l’Europe.

La cocaïne et les drogues de synthèse sont identifiées comme les secteurs les plus dynamiques. Les enquêteurs s’attendent à l’apparition de nouvelles substances et de nouveaux procédés chimiques ainsi qu’à une complexification des mélanges disponibles sur le marché.
La numérisation devrait continuer à transformer le narcotrafic. Messageries cryptées, réseaux sociaux, Darknet, cryptomonnaies et colis postaux dissimulés devraient occuper une place toujours plus importante.
L’énorme quantité de données récupérées dans les crypto-messageries constitue paradoxalement aussi un problème pour les autorités : leur exploitation devrait mobiliser la police et la justice pendant plusieurs années.
Le rapport signale également que certains trafiquants condamnés poursuivent leurs activités criminelles depuis les prisons. La coopération entre police et administration judiciaire a donc été renforcée dans le cadre du projet CARCER.
Enfin, le Bundeskriminalamt insiste sur l’imbrication croissante entre narcotrafic et autres formes de criminalité : blanchiment, violences, infractions patrimoniales, trafic d’armes, corruption, mais également dommages environnementaux provoqués par les sites clandestins de production.

Voir le rapport ici
ou https://www.bundeskriminalamt.at/302/files/233_2026_lagebericht-suchtmittelkriminalitaet-2025_v20260706-web.pdf

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