Irlande du Nord : la perception du crime organisé progresse dans la population

Département de la Justice d'Irlande du Nord | Octobre 2026

Le ministère de la Justice d’Irlande du Nord a publié les résultats de l’édition 2024-2025 de la Northern Ireland Safe Community Survey (NISCS), une enquête statistique officielle consacrée à l’expérience de la criminalité, au sentiment d’insécurité, à la confiance dans les institutions policières et judiciaires ainsi qu’à la perception du crime organisé. Les résultats font apparaître une progression de la perception de la criminalité organisée et de l’influence des groupes paramilitaires, alors même que la proportion de personnes déclarant avoir été victimes d’une infraction demeure relativement stable.

L’enquête repose sur 3.407 entretiens complets réalisés entre avril 2024 et mars 2025 auprès de personnes âgées de 16 ans et plus, résidant dans des ménages privés en Irlande du Nord. Le taux de réponse des personnes éligibles atteint 49 %. Pour cette édition, les chercheurs ont adopté une méthodologie mixte, combinant entretiens téléphoniques et entretiens en face à face. Cette enquête, conduite régulièrement depuis janvier 2005, permet de mesurer non seulement la criminalité subie, y compris lorsqu’elle n’a pas été signalée à la police, mais également les perceptions et les inquiétudes de la population.

Les résultats indiquent que 4,4 % des personnes ou ménages interrogés ont été victimes d’au moins une des infractions prises en compte au cours des douze mois précédant leur entretien, contre 4,5 % lors de l’édition 2023-2024. Le nombre total d’incidents correspondant aux catégories étudiées est estimé à 71.000. Ces données témoignent d’une relative stabilité de la victimisation déclarée, sans pour autant rendre compte de l’ensemble des activités criminelles, notamment celles qui ne touchent pas directement les personnes interrogées.

Un décalage important apparaît entre la perception de la criminalité à l’échelle locale et celle de l’ensemble de l’Irlande du Nord. Seulement 23 % des répondants considèrent que la criminalité a augmenté dans leur quartier au cours des deux années précédentes, tandis que 68 % estiment qu’elle a progressé dans l’ensemble du territoire. Cette dernière proportion est identique à celle observée en 2023-2024, mais supérieure aux 55 % enregistrés en 2020-2021.

Les stupéfiants occupent une place importante dans les préoccupations locales. Parmi les différentes formes de comportements antisociaux examinées, la consommation ou la vente de drogues constitue le problème le plus fréquemment signalé, cité par 28 % des répondants, devant les déchets et détritus abandonnés dans l’espace public (26 %). Au total, 7 % des personnes interrogées estiment que les comportements antisociaux atteignent un niveau élevé dans leur secteur, une proportion inchangée par rapport à l’année précédente.

Le volet consacré au crime organisé, étudié tous les deux ans, révèle une évolution plus marquée. En 2024-2025, 20 % des répondants considèrent que la criminalité organisée est très ou assez répandue dans leur environnement local, contre 17 % en 2022-2023. Cette augmentation de trois points est statistiquement significative. Par ailleurs, 28 % estiment que le niveau du crime organisé a augmenté dans leur secteur au cours des douze mois précédents, contre 22 % lors de l’enquête 2022-2023. Il s’agit toutefois d’indicateurs de perception, qui ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à une augmentation effective de l’activité des organisations criminelles.

L’enquête examine également la manière dont les citoyens envisagent leur contribution à la lutte contre le crime organisé. Interrogés sur le rôle qu’ils pourraient personnellement jouer, 56 % des répondants mentionnent le signalement des activités suspectes à la police ou à d’autres organismes chargés de l’application de la loi. Cette réponse constitue de loin la forme de participation la plus fréquemment évoquée dans les principaux résultats publiés.

La question des groupes paramilitaires constitue une autre dimension importante de l’étude, compte tenu de l’histoire particulière de l’Irlande du Nord et de la persistance de certaines structures issues du conflit nord-irlandais. La proportion de répondants estimant que les activités paramilitaires sont très ou assez répandues dans leur quartier est passée de 11 % en 2022-2023 à 14 % en 2024-2025.
Parmi les personnes considérant que des activités paramilitaires existent dans leur secteur, 48 % estiment que les groupes concernés exercent une certaine influence ou une influence importante sur leur environnement, contre 40 % lors de l’enquête précédente. Cette influence est majoritairement perçue de manière défavorable : 55 % des répondants de ce sous-groupe la qualifient de négative et 27 % de davantage négative que positive. Ces résultats mettent en évidence la persistance d’une perception d’emprise paramilitaire dans certaines communautés, sans permettre de mesurer directement l’étendue territoriale ou économique de cette influence.

Concernant les institutions, 79 % des répondants expriment une confiance globale dans la police et les mécanismes destinés à garantir sa responsabilité, selon un indicateur composite reposant sur sept dimensions, contre 80 % l’année précédente. En revanche, seulement 52 % considèrent que leur police locale accomplit un travail excellent ou satisfaisant, une proportion inchangée. La confiance générale dans la police de proximité atteint 66 %, contre 68 % en 2023-2024.

L’enquête révèle également une dégradation progressive de certains indicateurs concernant les relations entre la population et les institutions chargées de la sécurité. En 2024-2025, 27 % des répondants estiment que la police et les autres organismes compétents sollicitent l’avis des habitants sur les problèmes locaux de criminalité et de comportements antisociaux, contre 42 % en 2020-2021. De même, 33 % considèrent que les problèmes signalés font effectivement l’objet d’un traitement, contre 50 % en 2020-2021. Ces évolutions suggèrent un affaiblissement de la perception de la participation citoyenne aux politiques locales de sécurité.

Enfin, 58 % des personnes interrogées déclarent avoir confiance dans l’efficacité générale du système de justice pénale nord-irlandais et 62 % le considèrent comme équitable. Ces proportions demeurent proches de celles observées lors de l’édition précédente, respectivement 60 % et 63 %.

Dans l’ensemble, cette enquête met en évidence un contraste entre la relative stabilité de la victimisation déclarée et la progression du sentiment de présence du crime organisé et des groupes paramilitaires. Les résultats soulignent également l’importance des problématiques liées aux stupéfiants dans la perception des désordres locaux. Ils ne démontrent toutefois pas une augmentation objective de la criminalité organisée, mais documentent une évolution des perceptions de la population, particulièrement importante dans un territoire où les structures paramilitaires et les activités criminelles peuvent entretenir des relations historiques et sociales complexes.

Voir l’étude ici
ou https://www.justice-ni.gov.uk/sites/default/files/2026-10/Findings%20from%20the%202024-25%20Northern%20Ireland%20Safe%20Community%20Survey.pdf

Désolé, cette page est seulement accessible aux abonnés de crimorg.com!